Accord commercial Europe-Japon: un «message» à Trump

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«Nous avons abouti aujourd'hui à un accord de principe» en faveur d'un «Accord de partenariat économique», a déclaré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (droite) lors d'une conférence de presse commune avec le président du Conseil européen Donald Tusk (gauche) et le Premier ministre nippon Shinzo Abe (centre), réunis en sommet à Bruxelles.

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Clément ZAMPA
Agence France-Presse
BRUXELLES

En s'accordant jeudi, à la veille d'un sommet du G20, sur les grandes lignes d'un ambitieux traité commercial, l'Union européenne et le Japon ont voulu envoyer «un message» en faveur du libre-échange, destiné en particulier à Donald Trump.

«Aujourd'hui, nous avons convenu des principes d'un Accord de partenariat économique dont l'incidence dépasse largement nos frontières», s'est félicité le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker lors d'une conférence de presse commune avec le président du Conseil européen Donald Tusk et le premier ministre nippon Shinzo Abe, réunis en sommet à Bruxelles.

«Ensemble, nous lançons un message fort au monde: nous défendons une politique commerciale ouverte et équitable. En ce qui nous concerne, il n'y a pas de protection dans le protectionnisme», a poursuivi M. Juncker.

Ce discours vise principalement le président américain Donald Trump, dont la politique protectionniste inquiète ses partenaires.

Les deux parties ont d'ailleurs mis les bouchées doubles ces dernières semaines pour parvenir à cet accord avant le G20 de vendredi et samedi à Hambourg, en Allemagne, auquel il participera.

Dès son arrivée au pouvoir en janvier, M. Trump avait retiré son pays du Traité transPacifique (TPP) signé avec 11 pays de la région Asie-Pacifique, dont le Japon, la troisième puissance économique mondiale.

Les Japonais s'étaient alors recentrés sur les négociations avec l'UE, au point d'en faire une priorité.

Pas avant 2019

«Nous avons été capables de manifester une forte volonté politique afin que l'UE et le Japon hissent haut le drapeau du libre-échange», s'est réjoui jeudi le premier ministre nippon Shinzo Abe.

Les négociations sur le JEFTA (Japan-EU Free Trade Agreement) avaient été lancées en mars 2013 dans une quasi-indifférence, contrairement aux accords négociés par l'UE avec le Canada (CETA) ou les États-Unis (TTIP/TAFTA).

Il a fallu attendre la toute récente intensification des pourparlers pour que des voix s'élèvent, comme celle notamment de l'ONG Greenpeace, qui a dénoncé des discussions menées «derrière des portes closes».

L'entrée en vigueur du traité commercial définitif n'est pas attendue avant début 2019, mais en parvenant jeudi à cet «accord politique», Européens et Japonais officialisent leur entente sur la plupart des sujets importants.

L'accord pèsera lourd: l'UE est le troisième partenaire commercial du Japon, tandis que le Japon - 127 millions d'habitants - arrive en sixième position pour le Vieux Continent.

Selon un négociateur, le texte final couvrira «99% des échanges» entre les deux puissances.

Côté européen, le secteur agroalimentaire sort «grand vainqueur» des discussions: «zéro droit de douane pour presque tous les produits alimentaires», mais parfois après une période transitoire, résume cette même source.

Les deux parties sont même parvenues à un compromis sur la question sensible des produits laitiers, et notamment des fromages importés des pays de l'UE, sur lesquels les lourdes taxes japonaises vont progressivement être réduites.

Tribunal d'arbitrage

«Pour nos agriculteurs, c'est une grande chance de pénétrer sur un marché avec un grand pouvoir d'achat où l'on apprécie nos vins européens» et sur lequel «plus de 200 produits régionaux» seront protégés, a résumé M. Juncker dans une tribune publiée jeudi dans un quotidien allemand.

Les Japonais obtiennent de leur côté un libre accès au marché européen pour leur industrie automobile, mais seulement à l'issue d'une période de transition de plusieurs années.

Les deux parties doivent maintenant s'entendre sur des détails techniques afin d'aboutir à un texte finalisé.

Ils doivent aussi poursuivre leurs discussions sur un dernier point de discorde majeur, la délicate question du règlement des différends entre États et investisseurs.

Les Japonais sont favorables à un système d'arbitrage classique, à l'instar de ceux que l'on retrouve dans la plupart des accords commerciaux du monde.

Ce mécanisme très contesté par les ONG a par exemple permis à Philip Morris d'attaquer l'Uruguay pour sa politique anti-tabac ou au géant minier OceanaGold de poursuivre le Salvador pour lui avoir refusé un permis d'exploitation pour raisons environnementales.

Les Européens, eux, espèrent les convaincre d'accepter le principe novateur d'un tribunal multilatéral permanent et aux audiences publiques, à l'image de celui qu'ils vont mettre en place dans l'accord récemment signé - dans la douleur - avec le Canada.




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