G20: la Chine met en avant la Banque des Brics

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Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20 sont réunis à Shanghai pour deux jours.

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Benjamin CARLSON
Agence France-Presse
SHANGHAI

La réunion des ministres des Finances du G20 donne à la Chine l'occasion de mettre en avant un de ses outils pour redéfinir l'architecture financière internationale, la banque des Brics imaginée par les grands pays émergents et installée à Shanghai.

Imaginée par les cinq membres des Brics - Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud - en juillet 2014 et inaugurée l'été dernier, la Nouvelle banque de développement (NBD) est censée être dotée d'un capital de 100 milliards de dollars, avec pour vocation de financer des grands travaux d'infrastructure et de renforcer la coopération financière entre ces grands pays.

Mais son véritable objectif est d'être «une alternative au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale (BM) dominés par les États-Unis», comme elle l'explique sur son site internet.

L'installation de son siège à Shanghai -qui fera l'objet d'un accord formel samedi - suit d'ailleurs de près l'établissement à Pékin de la BAII (Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures), un autre outil du pouvoir financier chinois.

Là encore, cette structure, créée à l'initiative de la Chine, constitue de facto un contrepoids au contrôle exercé par les États-Unis sur la BM et, aux côtés du Japon, sur la Banque asiatique de développement.

Gouvernance «prudente»

La NBD serait donc pour les Brics une façon de bousculer le système de gouvernance économique mondiale né dans l'après-guerre et d'en corriger les déséquilibres.

Les pays en développement se plaignent volontiers de leur représentation restreinte dans les institutions de Bretton Woods (FMI et BM) - en particulier la Chine, soucieuse d'acquérir une influence diplomatique à la hauteur de son statut de deuxième économie mondiale.

Mais pour Claire Huang, analyste de la Société Générale, la nouvelle banque se montrera «bien moins exigeante» pour accorder des prêts que les institutions multilatérales de Washington.

«Les négociations seront beaucoup plus directes et rapides, étant donné le nombre limité de pays membres», a-t-elle indiqué à l'AFP.

Une perspective qu'a réfutée vendredi le président de la NBD, l'ancien banquier indien K.V Kamath, un financier expérimenté: la structure «fonctionnera comme une banque prudente», délivrant des prêts avec des marges appropriées, a-t-il insisté devant la presse.

Les premiers projets devraient être approuvés en avril, et entre 10 et 15 recevront un feu vert cette année, plus de la moitié dans les énergies renouvelables, a précisé M. Kamath.

Routes de la Soie

Sur le papier, l'égalité est parfaite: chacun des cinq pays possède 20% de parts dans la NBD, aucun n'a de pouvoir de veto, et les prêts ne seront accordés qu'aux pays membres.

Mais Pékin a su tirer son épingle du jeu, en convainquant ses partenaires d'établir le siège de la banque dans la métropole shanghaïenne.

Une «brique» supplémentaire pour bâtir son influence financière internationale, parallèlement à la BAII (véritable succès diplomatique, avec une cinquantaine de membres fondateurs dont une vingtaine de pays occidentaux) et aux nouvelles «Routes de la Soie».

Ces dernières, la Chine entend les établir à coups d'investissements colossaux en Asie centrale, au Moyen-Orient et jusqu'en Europe - pour conforter ses approvisionnements d'hydrocarbures mais surtout pour s'assurer de nouveaux débouchés, alors que l'industrie lourde chinoise, des aciéristes aux fabricants de ciment, souffre de sévères surcapacités de production.

«Le compte n'y est pas», estime cependant Joerg Wuttke, président de la Chambre de commerce de l'Union européenne à Pékin. Les besoins des pays concernés sont «trop petits pour absorber un pourcentage significatif des excédents de production chinois», dit-il.

Cela «reste une liste d'envies grandioses et abstraites, plutôt qu'un programme d'investissements interconnectés et cohérents», abondent Michal Meidan et Luke Patey, analystes du Danish Institute of International Studies, pointant des «incertitudes financières et risques politiques».

La NBD, pour sa part, pourrait bien être confrontée à des défis encore plus grands.

Sur la souscription initiale de 50 milliards de dollars, les cinq pays membres n'ont à l'heure actuelle versé que... 1 milliard de dollars.

Alors que le Brésil et la Russie s'enfoncent dans la récession, et que la croissance chinoise ralentit au plus bas depuis 25 ans, les déboires économiques des Brics pourraient-ils nuire à leur banque?

C'est tout le contraire, à en croire le ministre russe des Finances Anton Siluanov, qui préside le conseil d'administration de la NBD: «En ces temps difficiles, la banque est d'autant plus importante pour apporter des ressources de financement» qui se tarissent ailleurs, a-t-il fait valoir.

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