La sphère privée, c'est fini, selon des experts

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Les violations de la sphère privée vont se faire de manière «de plus en plus pernicieuse», a prédit une professeure de science informatique à l'université Harvard.

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Richard CARTER
Agence France-Presse
DAVOS

Imaginez un monde où des robots de la taille de moustiques volent autour de vous et s'emparent d'échantillons de votre ADN.

Ou imaginez qu'un grand magasin connaît toutes vos habitudes d'achat, et qu'il sait que vous êtes enceinte avant même que vous ayez prévenu votre famille.

Cette effrayante «contre-utopie» a été décrite jeudi par un groupe de professeurs de Harvard au Forum économique de Davos, où les participants à ce sommet de l'élite économique et politique mondiale ont appris que la sphère privée était définitivement morte.

«Bienvenue dans ce monde, nous y sommes déjà», a déclaré Margo Seltzer, professeure de science informatique à l'université Harvard.

«La sphère privée telle que nous la connaissions ne peut plus exister, la façon dont nous envisagions avant la sphère privée, c'est fini», a-t-elle ajouté.

Pour un autre chercheur de Harvard, cette fois en génétique, il est «inévitable» que des données génétiques personnelles entrent petit à petit dans le domaine public.

Sophia Roosth estime que des agents du renseignement ont d'ores et déjà été chargés de collecter des informations génétiques concernant les leaders étrangers afin de savoir s'ils sont susceptibles de contracter telle ou telle maladie, ou quelle est leur espérance de vie.

«Nous sommes à l'aube d'une ère de Maccarthysme génétique», a-t-elle dit, en faisant allusion à la chasse aux sorcières aux États-Unis contre les communistes dans les années 50.

La «génération Google» serait moins regardante

En outre, Mme Seltzer a imaginé un monde dans lequel de petits drones volent autour de vous, de la taille d'un moustique, pour extraire un échantillon de votre ADN afin de l'analyser, pour le compte d'un gouvernement ou d'une compagnie d'assurances.

Les violations de la sphère privée vont se faire de manière «de plus en plus pernicieuse», a-t-elle prédit : «Nous vivons déjà dans un état de surveillance».

Cependant, en dépit de cette vision pessimiste rappelant celle d'Aldous Huxley et de son «Meilleur des mondes», les universitaires ont relevé que les aspects positifs de ces développements de la technologie étaient plus importants que leurs aspects négatifs.

«De la même façon que nous pouvons envoyer de petits drones pour espionner les gens, nous pouvons envoyer les mêmes appareils dans les régions touchées par Ebola et supprimer les germes», a déclaré Mme Seltzer.

«La technologie est là, c'est à nous de décider comment nous en servir», a-t-elle ajouté.

«Grosso modo, la technologie a fait plus de bien que de mal», a-t-elle jugé, relevant les «extraordinaires» avancées en matière de santé dans certaines zones rurales de pays en développement, rendues possible grâce à la technologie.

Au cours d'une session consacrée à l'intelligence artificielle, les débatteurs ont semblé résignés, comme s'ils acceptaient les limites de la sphère privée, induites par la société moderne.

Rodney Brooks, président de la société Rethink Robotics, une société technologique américaine, a pris l'exemple de Google Maps que l'on consulte lorsqu'on veut théoriquement savoir où on va, mais qu'on utilise aussi à d'autres fins.

Anthony Goldblum, un jeune entrepreneur dans les hautes technologies, a déclaré devant cette même session que ce qu'il appelle la «génération Google» était beaucoup moins regardante quant à la protection de sa sphère privée que les précédentes.

«Je considère ma sphère privée en fonction de ce qui me convient, la sphère privée n'est pas quelque chose qui m'inquiète», a-t-il dit.

«De toute façon, les gens se comportent souvent mieux lorsqu'ils savent qu'ils sont peut-être observés», a-t-il conclu.

Le Forum économique de Davos réunit environ 2500 décideurs politiques et économiques mondiaux, jusqu'à samedi.

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