Barcelone, la capitale des start-ups en Europe

L'environnement enchanteur de Barcelone, ville vibrante, à deux heures... (Photo Rob Colonna, Archives La Presse)

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L'environnement enchanteur de Barcelone, ville vibrante, à deux heures des grandes villes d'Europe et à la qualité de vie incomparable, attire à lui seul son lot d'entrepreneurs.

Photo Rob Colonna, Archives La Presse

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Émilie Côté

Envoyée spéciale

La Presse

(Barcelone) Barcelone, ville la plus branchée d'Europe selon le magazine Wired. Une ville aux charmes reconnus, hôte du congrès annuel de la téléphonie mobile mondiale, où des start-ups modèles sont devenues des forces économiques majeures. Tout pour inspirer des entrepreneurs.

«Regarde à gauche, tu as les montagnes. Et à droite, la mer», lance Christopher Pommerening.

En plein coeur de Barcelone, la vue depuis la terrasse de l'entreprise qu'il a fondée, Active Venture Partners, est à couper le souffle en cette journée ensoleillée où les touristes défilent dans les rues à défaut d'être à la plage, en ville, au bord de la Méditerranée.

Situés à quelques pas de la Casa Batlló, l'un des chefs-d'oeuvre du célèbre architecte Gaudí, les bureaux d'Active Venture Partners incarnent le succès. À l'image de l'entreprise, mais aussi de l'écosystème techno de Barcelone qui donne de l'espoir à la capitale catalane lourdement affaiblie par la crise économique.

L'environnement enchanteur de Barcelone attire à lui seul son lot d'entrepreneurs. «Les gens tombent amoureux de la ville. Comme moi, un Allemand d'Hambourg, dit Christopher Pommerening. Barcelone est une ville vibrante, intéressante du point de vue des affaires et à deux heures des grandes villes d'Europe. Il y a surtout une qualité de vie incomparable. La bouffe, la mer, le climat, les montagnes, les arts, le coût de la vie... Je vois beaucoup d'entrepreneurs de San Francisco qui déménagent à Barcelone avec leur famille.»

Christopher Pommerening a fondé sa première entreprise à la fin des années 90 alors qu'il commençait ses études à l'Université de Barcelone. Il s'agissait du premier site web européen de petites annonces avec des voitures usagées.

Aujourd'hui, il infuse du capital de risque dans les entreprises qui ont franchi les étapes de l'incubateur et de l'accélérateur. À Barcelone, sa firme a investi et collaboré de près avec ReviewPro (qui analyse la réputation en ligne des hôtels), Restalo (spécialisée dans les réservations en ligne des restaurants) et Zyncro (un réseau social pour entreprises). «Les entrepreneurs sont de plus en plus formés. Ils n'aiment pas avoir des investisseurs arrogants et distants dans leur entreprise à qui ils doivent rendre des comptes et quémander de l'argent. Ici, nous voulons agir d'égal à égal», fait valoir Christopher Pommerening.

Dans l'écosystème européen des start-ups, Londres incarne la tradition, Berlin est branché, alors que Barcelone est «unique». Christopher Pommering et sa femme ont par ailleurs créé la plateforme Foundum qui permet aux entrepreneurs de consulter l'écosystème des start-ups de plusieurs villes dans le monde en quelques clics.

Le Mobile World Congress

À quelques pas des bureaux d'Active Venture Partners se trouve l'immeuble du Mobile World Center qui surplombe la vibrante Plaça de Catalunya, au début de la célèbre Rambla.

Au mois de mars, Barcelone est l'hôte du très couru Mobile World Congress, qui réunit plus de 80 000 personnes liées au secteur de la téléphonie. En marge du congrès a lieu la conférence «4 Years From Now», organisée spécialement pour les start-ups.

L'État favorise également de plus en plus la venue des entrepreneurs. Ouvert au printemps dernier, l'impressionnant Barcelona Growth Center est un centre spécialement voué aux entrepreneurs qui veulent tenter leur chance à Barcelone. Il se situe dans le «district de l'innovation», le 22@Barcelona, qui réunit près de 4500 entreprises, dont de nombreuses start-ups.

Vicenç Martí nous accueille dans les bureaux d'Akamon avec ses deux jeunes enfants. Son entreprise développe des jeux de casinos sociaux. Elle compte 62 employés et deux studios à Valence et Tel-Aviv en plus de son siège social à Barcelone. «Nous avons 500 000 membres actifs au quotidien et 3,7 millions sur une base mensuelle.»

«Les jeux de casinos sociaux sont nés il y a trois ans, avec Playtika qui a été racheté par Caesars. Ils ont la même dynamique que Candy Crush, par exemple. On ne gagne pas d'argent, mais on joue en interaction avec d'autres pour le plaisir», explique Vicenç Martí.

Fils d'une écrivaine et d'un homme d'affaires, l'entrepreneur a étudié au lycée français, puis aux États-Unis. Il a travaillé pour la compagnie aérienne à bas prix Vueling avant de fonder Akamon, il y a trois ans, à l'aide de deux fonds d'investissement de Madrid.

«Barcelone est une ville ouverte, culturelle et libérale, ce qui est propre à l'univers des start-ups, dit l'entrepreneur. J'ai des employés français, américains, israéliens, italiens... Les étrangers veulent vivre ici. Il y a également deux universités, ESADE et EAE, dont le MBA est dans le top des meilleurs au monde.»

Une lacune, selon Vicenç Martí: le manque de ressources humaines locales en génie informatique. «C'est difficile à trouver, malgré un taux de chômage de 20%. Cela illustre l'incompatibilité entre ce qui est enseigné et les prérequis dans les entreprises», dit-il.

Comme toutes les autres personnes interviewées, l'entrepreneur affirme aussi que «la faible connaissance de l'anglais est un problème majeur pour les Barcelonais».

Partir pour mieux revenir

«Désolé, le tournoi de volleyball prévu demain est annulé à cause de la pluie et remis à la semaine prochaine.»

Le courriel vient d'Hermés Piqué, un jeune entrepreneur de 31 ans qui organise une foule d'événements de réseautage à Barcelone pour les gens des start-ups, surtout pour les plus jeunes boîtes en phase de développement.

Il est notamment derrière le groupe Barcelona.io et Barcelona Startup Digest, en plus d'être membre du club Hackers&Founders. Des réseaux dont il aurait souhaité l'existence à ses débuts comme entrepreneur, il y a une dizaine d'années. «Il manquait d'informations pour bâtir une entreprise et trouver les bonnes personnes ressources, dit-il. Nous avons aussi fait de la promotion en anglais auprès de la presse étrangère pour vendre Barcelone.»

À voir le calendrier des événements de réseautage pour les gens des start-ups de Barcelone, il y a de quoi sortir pratiquement tous les jours de la semaine. Des 5 à 7, des journées portes ouvertes, un tournoi de volleyball, des conférences, sans compter le festival FEST-UP!, qui a lieu en mai.

Né en Uruguay de parents espagnols qui ont fui la guerre civile, Hermés Piqué est revenu dans le pays de ses ancêtres il y a une dizaine d'années. Il a bossé comme consultant avant de fonder avec des investissements étrangers en 2009 sa propre start-up, Robot Media, qui édite des livres pour enfants sur des tablettes et des plateformes mobiles.

Depuis, il est profondément attaché à Barcelone. Facebook vient malgré tout de le convaincre après plusieurs mois de tentatives d'accepter un emploi qui l'amènera de Londres à San Francisco.

«Je dois fermer l'entreprise. Une grosse décision», dit-il, dans un restaurant végétarien situé près de la célèbre Rambla, alors qu'il ne lui reste que quelques jours pour finaliser sa transition.

«Le salaire que je peux obtenir ici comme entrepreneur est plus petit que ce je peux avoir comme employé à Londres et en Californie. Cela me permettra de faire des économies.»

Comme beaucoup d'entrepreneurs ou de futurs entrepreneurs de Barcelone, Hermès Piqué veut partir de la capitale catalane pour mieux y revenir. 

«C'est facile de commencer une start-up ici, mais plus difficile de la faire grandir. Je ne ferme pas mon entreprise, mais je la mets en veille.»

«Les crises économiques libèrent le talent»

«C'est ma dernière journée chez Twitter», lance-t-il. Le jour de notre entretien téléphonique, Sylvain Carle en était à ses dernières heures de travail comme évangéliste techno chez Twitter à San Francisco. De retour à Montréal depuis juillet dernier, l'entrepreneur porte maintenant le chapeau de directeur général de FounderFuel, un accélérateur d'entreprises technologiques dont le fonds est chapeauté par Real Ventures.

Figure connue dans le milieu des start-ups à Montréal, l'ex-ambassadeur officieux du Québec dans la Silicon Valley répond à nos questions.

Q Qu'est-ce qui rend une ville fertile aux start-ups?

R Il suffit que quelqu'un fasse deux ou trois pas pour que d'autres le suivent et qu'il se crée un écosystème. Dans la culture de la côte Ouest, les gens sont généreux et ouverts. Des gens super occupés sont intéressés à jaser avec toi pendant 30 minutes sur un sujet qui les touche. Il y a une curiosité intellectuelle et une générosité personnelle assez extraordinaires. Montréal a ce côté-là. [...]

Culturellement, Barcelone ressemble à Montréal et même à San Francisco. Ce ne sont pas des capitales financières (comme Madrid, Toronto et New York), mais elles font partie d'un réseau de villes créatives avec le petit côté rebelle des start-ups.

Q Barcelone a beaucoup de start-ups dans le domaine du voyage et du tourisme. Comment les villes peuvent-elles se distinguer?

R Chaque ville doit trouver ses racines. Je dis souvent qu'il faut plus de start-up de bouffe et de jeux vidéo à Montréal. À Barcelone, le tourisme est très fort.

Q La crise économique de Barcelone peut-elle avoir joué un rôle dans l'éclosion des start-ups?

R Les crises économiques sont la meilleure chose pour les start-ups, car elles libèrent le talent. La renaissance des start-ups à New York est arrivée après la chute des banques. Des gens sont consciemment des entrepreneurs et d'autres sont des entrepreneurs accidentels, et les deux se valent. Que Montréal ait moins de sièges sociaux que Toronto en finance est une bonne chose pour les start-ups. Le super hacker qui sort de l'université, va-t-il aller chez Bell, chez Ubisoft ou dans une start-up? S'il est bright, il va aller dans une start-up. Il y a une tension entre l'écosystème des start-ups et celle des grandes entreprises.

Q Les crises économiques semblent stimuler les start-ups comme elle favorise l'émergence artistique. Ce fut le cas à Berlin. Ou à Seattle où la morosité du début des années 90 a participé au mouvement du grunge. Cela crée-t-il un effet d'entraînement?

R Oui. Un groupe de musique à succès (comme Nirvana à Seattle, par exemple) va aider les autres qui suivent. Le groupe a le choix de signer avec un major, un label indie ou de rester dans l'esprit punk.

Peu de personnes savent qui est le groupe montréalais Godspeed You! Black Emperor. C'est ultraspécialisé. Mais leur succès (d'estime) leur a permis d'ouvrir la Casa del Popolo, la Sala Rossa... Puis a suivi Arcade Fire.

Il est arrivé la même chose il y a 10 ou 15 ans avec les start-ups. Des gens pas nécessairement hyper connus ont aidé d'autres gens derrière eux.

Six start-ups à succès

Knok

Créée par Laura Martinez et son mari, l'application Knok offre à ses 30 000 membres un service d'échanges de maisons situées partout dans le monde, de Melbourne, Rome, Berlin à Tel-Aviv et même Montréal. Les abonnés paient un tarif de 29 euros par mois ou 180 euros par année. Beaucoup de start-ups de Barcelone évoluent autour du tourisme et du voyage. Laura Martinez souligne l'importance d'eDreams, la start-up superstar de Barcelone avec son site web similaire à Expedia. «Ils ont inspiré d'autres entrepreneurs.»

www.knok.com/fr

Softonic

Softonic est une start-up «superstar» de Barcelone. Offerte en 10 langues, la plateforme du leader mondial en matière de téléchargement de logiciels reçoit 125 millions visiteurs uniques chaque mois. En 2012, l'entreprise fondée en 1997 a réalisé un chiffre d'affaires de 52,5 millions d'euros.

www.softonic.fr

Social&Beyond

Cette start-up a créé une plateforme wi-fi qui permet aux boutiques et détaillants de recueillir une foule de données sur les routines d'achat de leurs clients pour mieux les cibler et cerner leurs habitudes de consommation par la suite. C'est assorti d'un outil permettant aux clients de partager les rabais et les nouveautés de la bannière qu'ils visitent sur les réseaux sociaux. Pas étonnant que Social&Beyond vienne de signer un contrat avec le géant suédois H&M et qu'elle compte Nike et Häagen-Dazs parmi ses clients.

www.socialandbeyond.com

Wallapop

Lancé en juin 2013, Wallapop est un marché aux puces mobile d'échanges et de proximité. Téléchargée 1,5 million de fois, l'application compte 500 000 utilisateurs mensuels actifs. Imaginez une sorte de croisement entre Airbnb et Kijiji avec un système de cartes et de courriels, enrobé dans une application qui rend les objets aussi attrayants que sur Pinterest.

www.wallapop.com

Social Point

Autre fleuron des start-ups de Barcelone, Social Point crée des jeux pour Facebook depuis 2008. Aujourd'hui, l'entreprise est au troisième rang des plus importants développeurs de jeux à utiliser ce réseau social comme plateforme. Social Point compte 50 millions de joueurs mensuels et veut faire de Barcelone la capitale des jeux vidéo mobiles. L'un de ses récents succès: Monster Legends.

www.socialpoint.es

ReviewPro

L'outil de ReviewPro permet aux propriétaires hôteliers d'analyser tout ce qui se dit en ligne au sujet de leurs établissements. «La réputation sur le web de votre hôtel influence directement votre revenu», fait valoir la start-up qui veut aussi offrir son service aux restaurants. En novembre 2013, ReviewPro a annoncé une hausse de revenus de 47% (3,5 millions d'Euros). Elle comptait alors 6000hôtels comme clients.

www.reviewpro.com

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