Impasse budgétaire: la Chine pourrait larguer ses dollars US

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Photo Yusuf Ahmad, Reuters

La Chine est le principal détenteur de dette américaine, avec 1277 milliards de dollars en bons du Trésor, suivis de près par le Japon avec 1140 milliards, selon les derniers chiffres du gouvernement américain.

Bill SAVADOVE
Agence France-Presse
Shanghai

Le risque d'un défaut de paiement des États-Unis pourrait conduire la Chine à accélérer la diversification de ses immenses réserves de devises, à l'heure où Pékin appelle à «désaméricaniser» l'économie mondiale et souhaite internationaliser le yuan.

Faute d'un accord budgétaire in extremis au Congrès, le Trésor américain ne sera plus autorisé à emprunter à partir de mercredi soir et les États-Unis pourraient se trouver en défaut de paiement d'ici la fin du mois pour la première fois de leur histoire.

Le choc de confiance diminuerait alors la valeur des actifs en dollars de la Chine -- en premier lieu ses énormes réserves de devises, les plus importantes du monde avec 3660 milliards de dollars fin septembre, constituées très majoritairement de billets verts.

«Si vraiment un défaut se concrétise, le gouvernement chinois accélérera avec détermination la diversification de ses réserves en devises, et se reportera sur des émissions obligataires d'autres pays jugés plus sûrs», a souligné Liao Qun, économiste de Citic Bank International.

«La Chine pourrait ainsi réduire le volume de bons du Trésor (américains) en sa possession. Elle aurait ses raisons pour le faire, même si ce serait extrêmement difficile», a-t-il indiqué à l'AFP.

La Chine est le principal détenteur de dette américaine, avec 1277 milliards de dollars en bons du Trésor, suivis de près par le Japon avec 1140 milliards, selon les derniers chiffres du gouvernement américain.

Pékin devrait cependant se garder de se séparer d'une trop grosse partie de ses actifs, ce qui risquerait d'amplifier le désarroi des marchés financiers... et de réduire en conséquence la valeur des bons du Trésor et dollars encore en sa possession.

D'autant que Pékin n'a guère d'alternative: très rares sont les autres types d'actifs dans le monde en volume suffisant pour offrir un débouché aux gargantuesques liquidités chinoises, avertissent les experts.

À plus long terme, le Japon pourrait lui aussi entreprendre de rééquilibrer son portefeuille, même si la dépendance de Tokyo vis-à-vis de Washington empêchera toute évolution brutale, a noté Yoshikiyo Shimamine, économiste en chef de l'institut Dai-ichi à Tokyo.

«Aucun instrument financier n'est aussi liquide que les bons du Trésor», et il serait difficile pour une économie majeure de s'en passer, a-t-il cependant tempéré.

Mais la Chine se montre également très inquiète de l'onde de choc que provoquerait un défaut de paiement de Washington pour l'économie mondiale et la croissance chinoise encore cruellement dépendante des exportations et investissements étrangers.

«Un défaut aurait bien entendu un impact très net sur l'économie aux États-Unis et aurait donc des conséquences négatives pour l'économie chinoise», avertit Sun Junwei, économiste de HSBC.

Signe de leur inquiétude grandissante, dirigeants et médias d'État chinois ont multiplié ces derniers jours les avertissements et appels au compromis entre parlementaires américains, pointant les relations «inséparables» qui lient les économies des deux pays.

«Nous exigeons que les États-Unis, comme pays émetteur de la principale devise de réserve dans le monde, et en tant que première puissance économique, prennent leur responsabilité», a martelé le vice-ministre des Finances Zhu Guangyao mardi.

De son côté, l'agence officielle Chine nouvelle a estimé dimanche dans un commentaire cinglant que c'était «peut-être le bon moment pour une planète abasourdie de commencer à envisager la construction d'un monde désaméricanisé».

«Les économies émergentes doivent avoir davantage leur mot à dire dans les institutions financières internationales», a-t-elle plaidé, évoquant «la création d'une nouvelle devise de réserve» pour remplacer le dollar, et une évolution du Fonds monétaire international (FMI), où Pékin ne pèse guère plus que l'Italie.

Une réforme de la gouvernance du FMI est préparée depuis trois ans mais son entrée en vigueur est bloquée par le veto de fait des États-Unis qui doivent la faire ratifier par le Congrès.

Dans le même temps, Pékin semble très désireux de promouvoir l'internationalisation du yuan, dont la convertibilité reste pourtant farouchement contrôlée.

La Chine a ainsi conclu mardi un accord avec le Royaume-Uni pour renforcer le rôle du renminbi (autre nom de la monnaie chinoise) à Londres -- où des entreprises émettent depuis le printemps 2012 des émissions obligataires en yuans, ce qui demeure encore aujourd'hui exceptionnel en dehors de Hong Kong.

De son côté, la banque centrale chinoise a récemment passé des accords de swap monétaire avec ses homologues européenne et britannique, facilitant l'accès aux yuans des établissements financiers basés en Europe.

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