Norvège: les syndicats font «de la surveillance»

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La CSN, qui ne digère toujours pas la fermeture de deux dépanneurs Couche-Tard, a organisé des rencontres avec le syndicat norvégien de Statoil Fuel and Retail.

Maxime Bergeron, envoyé spécial
La Presse

(OSLO) «On va les garder à l'oeil. On fait de la surveillance.»

Ove Magnus Halkjaer, porte-parole du syndicat norvégien Handel og Kontor i Norge (HKN), est calme lorsqu'il aborde l'acquisition de Statoil Fuel & Retail (SFR) par Couche-Tard. La transaction de 2,8 milliards US n'a pas suscité de remous immenses en Norvège, dit-il. Du moins, jusqu'à ce que certaines pratiques du groupe québécois soient publicisées dans ce pays très syndiqué.

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) a organisé en avril dernier des rencontres avec son homologue norvégien, pour discuter de la situation au Québec. La CSN ne digère toujours pas la fermeture de deux dépanneurs Couche-Tard qui ont tenté de mettre en place une convention collective à Montréal, une pratique jugée "antisyndicale".

«On n'a pas eu de problèmes avec SFR depuis l'acquisition par Couche-Tard, mais de savoir qu'ils sont des briseurs de syndicats au Canada, cela suscite des inquiétudes», a fait valoir M. Halkjaer dans son bureau du centre-ville d'Oslo.

Le syndicat HKN représente 282 membres répartis dans 112 dépanneurs SFR en Norvège. Fait à noter, SFR, racheté l'an dernier par Couche-Tard, accorde à peu près les mêmes conditions de travail à ses employés non syndiqués, à quelques différences près.

Pour les employés âgés de plus de 18 ans, le revenu mensuel de base s'élève à 21 553 couronnes norvégiennes, l'équivalent de 3732$ CAN (environ 45 000$ par année). Ceux-ci reçoivent en outre des primes de 3 à 5$ CAN l'heure pour le travail de soir et de nuit. Des salaires élevés, mais collés de près au coût de la vie en Norvège.

Selon Ove Magnus Halkjaer, Couche-Tard n'a pas bousculé les façons de faire depuis l'acquisition des 2300 dépanneurs SFR l'an dernier. Cela serait d'autant plus difficile que les conventions collectives de tous les magasins sont négociées en même temps, dit-il.

«Il semble qu'ils ont peut-être adopté la culture norvégienne. Mais la vraie question demeure: peut-on leur faire confiance? On ne peut pas, quand on regarde la façon dont ils agissent au Canada.»

Syndicats puissants

Ketil Johannessen, représentant syndical et membre du conseil d'administration de SFR, doute de son côté que Couche-Tard s'attaque aux conditions de travail des syndiqués norvégiens.

«Nous ne vivons pas la même pression sur les syndicats qu'au Canada, dit-il. Cela serait impossible en Norvège, car les syndicats sont beaucoup plus forts ici. Ils ne pourraient pas s'en tirer avec de telles pratiques.»

M. Johannessen dit néanmoins ressentir «une pression plus grande sur les salaires et les avantages sociaux». La relation syndicat-employeur est aussi tout à fait différente avec le nouveau propriétaire, note-t-il.

Selon Martin Landry, spécialiste du commerce de détail chez GMP Securities qui a visité le réseau norvégien de SFR l'an dernier, il apparaît improbable que Couche-Tard attaque de front les syndicats locaux.

«Les gens de Couche-Tard sont entièrement au fait que les Européens ont leurs façons de faire, et qu'il faut être très diligent et ne pas brusquer les choses, explique-t-il. Ils ont pris les mesures pour que les changements viennent des gens localement plutôt que du siège social au Québec.»

Couche-Tard entend-elle renégocier les conditions de travail de ses employés européens? Dans un bref courriel à La Presse, le chef des finances, Raymond Paré, a indiqué offrir «des conditions compétitives en fonction de chacun des marchés».

M. Paré affirme par ailleurs que son équipe «travaille positivement en collaboration avec les représentants des travailleurs». Au total, le réseau de SFR a ajouté environ 17 500 nouveaux employés au groupe Couche-Tard.

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