Inde: la roupie glisse et la fébrilité s'accroit

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La roupie a perdu 57 % de sa valeur... (PHOTO VIVEK PRAKASH, REUTERS)

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La roupie a perdu 57 % de sa valeur face au billet vert depuis son niveau le plus haut en février 2008. La devise indienne a atteint un nouveau plus bas vendredi, à 62,03 roupies pour un dollar américain.

Penelope MACRAE
Agence France-Presse
NEW DELHI

À quelques mois des élections, la fébrilité semble gagner le gouvernement indien, qui multiplie les mesures pour enrayer la dégringolade de la roupie, en proie à sa pire crise depuis plus de 20 ans. Mais jusqu'à présent, ses décisions sont sans effet.

La devise indienne a atteint un nouveau plus bas vendredi, à 62,03 roupies pour un dollar américain. La Bourse de Bombay a elle essuyé vendredi sa plus forte baisse (près de 4 %) depuis deux ans.

«Et aucune des ''mesures-pansement'' ne semble marcher. Aucune n'a pu renverser la vapeur», déclare à l'AFP Rajeev Malik, économiste chez CLSA.

La roupie a perdu 57 % de sa valeur face au billet vert depuis son niveau le plus haut en février 2008, lorsqu'elle valait 39,40 roupies pour un USD. Depuis début 2013, sa baisse s'est accélérée. Elle a reculé de 13 % en moins de huit mois, soit la baisse la plus forte pour la monnaie d'un grand pays d'Asie (avec le yen japonais) sur cette période.

Samedi, le premier ministre Manmohan Singh a tenté de calmer les esprits en assurant ne pas redouter une répétition de la crise de 1991, lorsque le pays avait été à deux doigts de faire défaut sur sa dette. «Il n'est pas question de revenir à la crise de 1991», a déclaré M. Singh, qui était alors ministre des Finances et qui est crédité d'avoir sorti le pays de la crise en engageant un vaste de programme de réformes.

Il a rappelé que les réserves en devises étrangères ne représentaient alors que 15 jours d'encours de paiements. «Aujourd'hui nous avons de six à sept mois. Il n'y a donc pas de comparaison», a-t-il affirmé.

Certaines raisons de l'affaiblissement de la roupie n'ont rien à voir avec l'Inde. Les devises des grands pays émergents connaissent actuellement des accès de faiblesse en raison d'un départ des capitaux étrangers vers les États-Unis, où la croissance et les taux devraient remonter.

Mais plusieurs facteurs sont propres au pays: une croissance en berne (5 % pour l'année budgétaire 2012/13, soit le taux le plus faible depuis dix ans), un agenda de réformes économiques quasiment au point mort, le gouvernement optant pour le statu quo avant les élections générales du printemps prochain, une corruption endémique et un déficit courant au plus haut.

Depuis le 1er juin, les fonds étrangers ont retiré quelque 11,58 milliards de dollars (8,68 milliards d'euros) en actions et titres sur la dette, selon les statistiques officielles. Malgré le fort potentiel de croissance de la troisième puissance économique d'Asie, les investisseurs estiment que «les choses ne vont pas bien actuellement», selon Sonam Udasi, chef de la recherche chez IDBI Capital.

Ces dernières semaines, gouvernement et Banque centrale ont annoncé plusieurs mesures pour enrayer la glissade de la devise et freiner le déficit courant, mesure la plus large des échanges commerciaux de l'Inde avec l'étranger.

Hausse des droits de douane pour limiter les importations d'or - dont les Indiens sont friands -, émissions d'obligations «quasi-souveraines» pour permettre aux sociétés étrangères de lever des capitaux à l'étranger et soutenir ainsi la croissance, restrictions sur les sorties de capitaux pour les particuliers et les entreprises.

Cette dernière mesure a suscité la consternation dans les milieux économiques, qui craignent que le pays renoue avec sa politique d'avant la libéralisation du début des années 90. Les investisseurs étrangers, que l'Inde cherche à attirer, pourraient s'inquiéter d'être les prochaines cibles de cette mesure, selon les analystes.

«Les autorités cherchent à réduire la volatilité sur le marché des changes, mais je crains que cela finisse par envoyer un signal de panique», déclare Sonal Varma, économiste chez Nomura. Pour le moment, il n'y a cependant aucun signe de fuite des capitaux indiens.

Mais avec les élections prévues pour mai 2014, les économistes estiment que le gouvernement ne prendra pas de réformes décisives pour sortir l'économie de sa torpeur. «Je pense que nous sommes en train d'entrer dans une phase de crise. Lentement mais sûrement», soupire Param Sarma, du cabinet de consultants NSP Forex.

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