SNC a versé 160 millions de pots-de-vin à Saadi Kadhafi

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Saadi Kadhafi... (Photo: AFP)

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Photo: AFP

Saadi Kadhafi

Isabelle Hachey

SNC-Lavalin a versé pas moins de 160 millions en pots-de-vin au régime Kadhafi, ce qui lui a permis d'obtenir de juteux contrats en Libye pendant des années, selon la Gendarmerie royale du Canada (GRC). La source ne s'est tarie qu'avec la chute du dictateur, Mouammar Kadhafi, en 2011.

Au coeur de cet imposant stratagème de corruption: Riadh Ben Aïssa, ancien vice-président directeur de la firme, détenu depuis avril 2012 dans une prison de Berne, en Suisse, où il est accusé de fraude, de corruption et de blanchiment d'argent.

La manoeuvre est détaillée dans un document de 59 pages soumis à la justice l'an dernier par le Groupe de lutte contre la corruption internationale de la GRC, qui cherchait alors à obtenir un mandat pour fouiller les bureaux montréalais de SNC-Lavalin. La perquisition a eu lieu le 13 avril dernier.

Au fil des ans, SNC-Lavalin a régulièrement versé des dizaines de millions de dollars à des entreprises d'outre-mer appartenant à Riadh Ben Aïssa, ancien grand patron de la firme en Afrique du Nord.

«Ces compagnies auraient servi de caisse noire, c'est-à-dire, au paiement de pots-de-vin dans le but de sécuriser divers contrats d'infrastructures octroyés par les gouvernements étrangers», lit-on dans la déclaration sous serment, que La Presse a obtenue hier par la voie des tribunaux.

Dans le cas libyen, l'argent était ensuite transféré à des entreprises d'outre-mer contrôlées par Saadi Kadhafi, fils du défunt dictateur. «Il est allégué que ces sommes d'argent lui ont été versées à titre de récompense pour avoir influencé l'octroi de contrats majeurs à SNC-Lavalin International.»

SNC-Lavalin n'a pas voulu dire comment des sommes aussi considérables ont pu disparaître de ses coffres sans éveiller le moindre soupçon. Dans un communiqué, le géant de l'ingénierie affirme que certains éléments de la dénonciation lui étaient «inconnus à ce jour».

«C'est la première fois que SNC-Lavalin prend connaissance de cette déclaration.» Bien que les allégations qui figurent dans le document aient été faites «sous serment», il s'agit encore d'«information non prouvée», tient à souligner l'entreprise.

Il reste que SNC-Lavalin a bien profité de l'ère Kadhafi. En 30 ans, elle a obtenu des milliards de dollars en contrats en Libye. La GRC s'intéresse tout particulièrement à quatre d'entre eux: la Grande rivière artificielle, l'aéroport de Benghazi, la réhabilitation d'un lac à Benghazi et la controversée prison de Gharyan, au sud de Tripoli.

Dans le projet de réhabilitation du lac de Benghazi, le document de la GRC souligne qu'un «formulaire de certification d'intégrité a été signé entre les deux parties contractantes dans le but de garantir que les sommes versées par SNC-Lavalin ne soient pas utilisées à des fins illégales».

Ironiquement, «Riadh Ben Aïssa a signé la certification d'intégrité au nom de son employeur [SNC-Lavalin], sachant que l'autre partie contractante était sa propre compagnie».

Une mission d'extraction

«Gary, j'ai besoin de toi... je suis dans le pétrin. S.»

Gary Peters, ancien garde du corps de Saadi Kadhafi, a reçu ce courriel le 25 février 2011, lorsque la révolte grondait en Libye. Selon la GRC, S. signifie Saadi.

En juillet 2011, M. Peters a convaincu SNC-Lavalin de financer une «mission d'établissement des faits» en Libye avec la consultante ontarienne Cynthia Vanier. Le but: montrer le régime aux abois sous un jour positif au reste du monde. SNC-Lavalin a payé 740 000 $ pour cette mission.

C'est Stéphane Roy, alors vice-président aux finances de la division construction de SNC-Lavalin, qui finançait les activités de M. Peters et de Mme Vanier. M. Roy agissait sous les ordres de M. Ben Aïssa.

Après enquête, la GRC a conclu que le groupe avait comploté pour orchestrer l'exil de Saadi Kadhafi et de sa famille vers le Mexique.

Après sa «mission» en Libye, Mme Vanier s'est rendue au Mexique.

Le 23 août 2011, elle a écrit un courriel à M. Roy pour lui demander une copie de leur entente de médiation, au cas où elle devrait dissimuler ses pistes. «Aussi, pour me couvrir les fesses... au cas où nous devrions reculer... une trace écrite soutient l'intention...», a-t-elle écrit.

Le 1er septembre 2011, Mme Vanier a envoyé à M. Roy trois actes de naissance mexicains pour Amira Sayed Nader, Moah Bejar Sayed et Sofia Bejar Sayed. La GRC pense qu'il s'agit de faux fabriqués pour la femme et les enfants de Kadhafi.

Mme Vanier a été arrêtée en novembre. Les autorités mexicaines l'accusent de conspiration pour faire passer la famille Kadhafi au Mexique sous de fausses identités. La consultante, qui a toujours clamé son innocence, devrait connaître son sort dans les prochains jours.

- Avec Philippe Teisceira-Lessard

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