De zéro à l'euro: 20 ans de l'indépendance de la Slovaquie

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Le président slovaque Ivan Gasparovic et son homologue tchèque Vaclav Klaus.

Tatiana Bednarikova
Agence France-Presse
Bratislava

Vingt ans après leur divorce à l'amiable d'avec les Tchèques, les Slovaques sont dans la zone euro et bénéficient d'une croissance solide, alors que leurs voisins pâtissent de la récession et ne veulent pas de monnaie européenne.

Créée en 1918 sur les ruines de l'empire austro-hongrois, la Tchécoslovaquie s'est divisée en deux pays le 1er janvier 1993, trois ans après la «Révolution de velours» qui avait mis fin au régime communiste en place depuis 1948.

Le difficile passage à l'économie de marché a été plus laborieux pour la Slovaquie et ses 5,4 millions d'habitants, en raison d'une structure moins avantageuse de son industrie par rapport à la République tchèque, forte de 10,5 millions d'habitants.

Jadis un pays agricole, la Slovaquie avait connu après la Seconde Guerre mondiale une industrialisation rapide, avec une orientation sur la métallurgie, l'exploitation minière et l'industrie d'armement.

Après la chute du communisme, «la Slovaquie a perdu un bon nombre de ses marchés à l'exportation. D'où la fermeture de nombreuses usines et une hausse rapide du chômage», a indiqué à l'AFP Vladimir Balaz, économiste de l'Académie slovaque des Sciences.

La République tchèque a poursuivi après la disparition de l'État commun les réformes libérales, engagées par le gouvernement de l'économiste Vaclav Klaus, devenu par la suite président de la République.

La Slovaquie traversait alors une période difficile, sous la houlette du Premier ministre autoritaire Vladimir Meciar, épinglé par l'Occident pour un «déficit démocratique».

Les investisseurs étrangers évitaient ce pays, exclu en 1997 des négociations d'adhésion à l'UE et stigmatisé comme un «trou noir de l'Europe» par la secrétaire d'État américaine, Madeleine Albright.

«D'énormes investissements publics dans la construction du réseau autoroutier ont certes dopé la croissance, mais ont également provoqué une hausse de la dette et celle du déficit des finances publiques», déclare Vladimir Vano, analyste en chef de la Volksbank.

«En 1998, les coûts d'emprunt pour les obligations du Trésor ont atteint sur les marchés internationaux un niveau insoutenable de 29,9%», rappelle-t-il.

La victoire électorale en 1998 d'une large coalition anti-Meciar dirigée par Mikulas Dzurinda n'a pas pu empêcher un atterrissage brutal d'une économie surchauffée, avec une montée du taux de chômage à 20% et une forte dépréciation de la monnaie.

Le cabinet Dzurinda a aussitôt procédé à une série de réformes douloureuses, mais hautement efficaces.

En 2004, Bratislava a introduit l'impôt à taux unique (flat tax) de 19% sur les revenus et les sociétés. Le pays a bientôt attiré un nombre imposant d'investisseurs étrangers, notamment dans les secteurs automobile (Volkswagen, PSA Peugeot Citroën, Kia) et électronique (Samsung, Foxconn).

Un écart ne cessait toutefois de s'accroître entre les régions plus riches à l'ouest du pays incluant Bratislava, et celles à l'est, plus pauvres.

«Les disparités régionales de niveaux de salaires sont aujourd'hui plus importantes en Slovaquie comparé à la République tchèque», dit M. Vano.

Au cours des vingt dernières années, la croissance slovaque augmentait cependant en moyenne de 4,6%, contre 2,8% seulement en République tchèque, selon une analyse effectuée par l'hebdomadaire Trend.

L'adoption en 2009 de l'euro a été très bénéfique pour la Slovaquie dont l'économie est essentiellement tirée par les exportations vers les pays de la zone euro, l'Allemagne en tête.

Les analystes à Bratislava estiment que l'adhésion à l'euro serait aussi bénéfique pour la République tchèque, mais Prague refuse de fixer une date pour son entrée dans l'eurozone.

La Slovaquie est censée afficher l'an prochain une croissance économique de 2,0%, l'une des plus fortes au sein de la zone euro. La République tchèque espère de son côté sortir de la récession de 0,8% attendue en fin de l'exercice 2012.

«Nous sommes toujours derrière les Tchèques, mais vu les précipices dans lesquelles nous aurions pu tomber après la partition, la Slovaquie représente aujourd'hui une véritable histoire à succès», déclare à l'AFP un analyste slovaque, Juraj Mesik.

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