La mondialisation a la mine basse

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Depuis 20 ans, le commerce mondial a connu un essor bien supérieur à celui de l'économie. Sur la photo, un débardeur veillait au déchargement de conteneurs, dans le port de Qingdao, en Chine, le mois dernier.

Richard Dupaul

Crise européenne, ralentissement chinois, incertitudes américaines...

Ces facteurs, faut-il le rappeler, ont grandement affecté l'économie planétaire cette année. De plus, des indices montrent que la grisaille actuelle provoque aussi un repli sur soi à l'échelle internationale -phénomène confirmé par le regain des conflits commerciaux.

Si bien que 2013 pourrait marquer le début d'une longue déprime pour la mondialisation, qui a déjà la mine basse après une période frénétique de 20-25 ans.

La semaine dernière, le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, a sonné l'alarme en dévoilant les dernières prévisions de son organisme.

L'OMC a de nouveau revu à la baisse les perspectives du commerce mondial, qui ne devrait croître que de 2,5% cette année contre le taux de 3,7% espéré encore en avril dernier.

Et bien qu'on table toujours sur une reprise l'an prochain, avec une croissance de 4,5%, cet objectif semble de plus en plus incertain et reste en dessous de la moyenne des 20 dernières années (5,4%).

M. Lamy a même mis le poing sur la table.

«Le monde a besoin que tous les gouvernements prennent l'engagement [...] de relancer le système commercial multilatéral de façon à pouvoir restaurer la sécurité économique [...]. L'économie mondiale a besoin de davantage de commerce pour éloigner le danger de la récession», a-t-il clamé.

Tensions commerciales

La mondialisation, qui a eu la voie libre pendant des années, se bute cette année à un nombre croissant de litiges commerciaux et à des tensions tous azimuts entre partenaires.

À l'OMC, le nombre de différends a triplé durant les 11 premiers mois de 2012, comparé à l'année dernière.

Et selon le recensement de Global Trade Alert, organisme établi en Suisse, quelque 1640 mesures protectionnistes ont été implantées par divers pays depuis novembre 2008 -soit une par jour en moyenne!

Le protectionnisme a plusieurs visages: barrières à l'entrée, lois antidumping, quotas d'exportation, etc. Des pays multiplient les mesures pour décourager les importations et protéger leurs industries nationales.

Dans le secteur des énergies renouvelables, par exemple, Washington frappe depuis cet été le matériel photovoltaïque chinois d'un droit de douane compris entre 31%... et 250%. Fini les panneaux solaires bon marché.

Et début novembre, la Commission européenne a renchéri et planche aussi sur une plainte déposée par les fabricants européens de panneaux solaires contre la Chine, accusée de faire du dumping.

En marche arrière

Ainsi va le commerce mondial: on adore échanger avec les étrangers quand le moteur économique tourne à plein régime, mais tout le monde blâme son voisin quand il cale.

Depuis 20 ans, le commerce mondial a connu un essor bien supérieur à celui de l'économie. À leur apogée, soit avant la crise financière américaine de 2007, les échanges commerciaux internationaux avaient augmenté d'environ 8% en 2006, alors que l'économie mondiale progressait de 3,6%.

À l'opposé, l'OMC aime rappeler qu'en 2009, au pire de la crise financière made in the USA, le commerce mondial a plongé de plus de 12% -pire culbute depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette baisse n'est pas étrangère au fait que le protectionnisme a recommencé à montrer son vilain nez cette année-là.

Pourtant, l'histoire nous enseigne que le chacun-pour-soi est à déconseiller en période de récession. Un bel exemple: la loi Smoot-Hawley, une étrange stratégie des Américains conçue il y a trois quarts de siècle pour sortir leur pays de la Grande Dépression.

En juin 1930, à peine neuf mois après le krach boursier à Wall Street, le représentant au congrès W.C Hawley et le sénateur Reed Smoot, deux républicains, ont fait adopter une loi qui augmentait les tarifs à un niveau record sur plus de 20 000 produits importés.

Des centaines d'économistes avaient alors signé une pétition dénonçant ce geste. Avec raison. Car leur pire crainte s'est matérialisée: plusieurs pays ont riposté en érigeant leurs propres barrières tarifaires.

S'ensuivit une guerre commerciale aux effets désastreux: le commerce entre les États-Unis et l'Europe a chuté des trois quarts en deux ans, aggravant la récession mondiale.

De nos jours, certains se réjouissent de la perte de vitesse de la mondialisation, accusée à tort ou à raison de tous les maux en Occident. Ses opposants, qui sont de plus en plus nombreux en France notamment, marquent des points ces temps-ci.

L'Europe menace de représailles les producteurs de produits électroniques, de pièces d'autos... et même de vaisselle en porcelaine made in China. Les États-Unis, pour leur part, viennent de bloquer le projet d'éoliennes d'un industriel chinois pour des raisons ... de sécurité nationale.

À l'autre bout du monde, deux fonds d'investissement chinois ont décidé le mois dernier de se concentrer davantage sur l'Asie pour contrer ce qu'ils perçoivent comme une montée du protectionnisme en Occident.

Difficile de prédire comment cela va se terminer. Sauf que les belligérants pourraient s'inspirer de cette réflexion de Benjamin Franklin: «Jamais le commerce n'a causé la ruine d'un pays.»

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