Riadh Ben Aïssa pourrait être extradé

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Riadh Ben Aïssa

Isabelle Hachey

Détenu en Suisse depuis sept mois, Riadh Ben Aïssa pourrait être extradé au Canada dès que les procureurs helvétiques auront bouclé une enquête colossale sur des dizaines de millions de dollars versés par SNC-Lavalin au fil des ans pour obtenir des contrats dans la Libye de Mouammar Kadhafi.

M. Ben Aïssa, ancien grand patron de SNC-Lavalin en Afrique du Nord, fait l'objet d'un mandat d'arrestation pour fraude dans l'affaire du contrat du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Le gouvernement canadien a entamé des démarches auprès de la Suisse pour obtenir son extradition.

Le 10 avril dernier, M. Ben Aïssa a été arrêté dans un hôtel de Genève. Depuis, il est détenu dans une prison de Berne. Aucune accusation officielle n'a encore été portée contre lui.

L'ancien haut dirigeant est plutôt en détention provisoire. «À ce stade de la procédure, il lui est reproché des actes de corruption, d'escroquerie et de blanchiment, liés à des affaires conclues en Afrique du Nord», souligne Jeannette Balmer, porte-parole du ministère public de la Confédération suisse.

Riadh Ben Aïssa n'est pas inculpé, mais en «prévention formelle» - un stade intermédiaire dans la justice suisse, explique le journaliste d'enquête Yves Steiner, qui couvre cette affaire pour la Radio Télévision Suisse (RTS).

«Les soupçons sont tellement forts contre lui que les procureurs ont estimé d'intérêt pour l'enquête de le mettre en prison. Il y avait des risques de fuite et de collusion entre les différents acteurs impliqués pour arranger les versions», explique M. Steiner.

Jusqu'ici, les procureurs auraient retrouvé la trace de 139 millions de dollars versés par SNC-Lavalin dans les comptes suisses de deux sociétés incorporées aux îles Vierges britanniques. Ces transactions avaient pour but d'obtenir des contrats, essentiellement en Libye.

Les procureurs travaillent sans relâche pour boucler rapidement ce dossier titanesque, qui comporte l'analyse financière de centaines de transactions réparties sur près d'un quart de siècle. La Suisse pourrait ensuite livrer M. Ben Aïssa au Canada pour qu'il soit jugé dans l'affaire du CUSM.

Les deux dossiers sont complètement distincts. Au Québec, on enquête sur des paiements irréguliers de 22 millions de dollars pour obtenir le contrat de construction du mégahôpital. En Suisse, on s'intéresse plutôt à des contrats obtenus en Afrique du Nord, où M. Ben Aïssa entretenait d'étroites relations avec le clan Kadhafi.

SNC-Lavalin confirme avoir retenu les services de deux sociétés extraterritoriales «afin d'agir en qualité d'agents commerciaux pour des projets en Libye entre 2001 et 2011», selon la porte-parole, Leslie Quinton. La firme n'aurait pas eu connaissance d'une quelconque malversation.

Selon les sources d'Yves Steiner, les millions versés par le géant du génie québécois passaient par ces sociétés-écrans pour aboutir dans les coffres d'intermédiaires proches du défunt dictateur libyen.

En début de semaine, Rafik Benaissa, frère de l'ancien haut dirigeant, a remis en question l'honnêteté des enquêteurs suisses. Médecin, mais aussi marchand de pétrole établi à Dallas, il a dénoncé une «justice conçue sur mesure pour plaire au nouveau régime en Libye et subvenir aux besoins de la Suisse en pétrole libyen».

M. Benaissa affirme que son frère est détenu dans une cellule de deux mètres sur quatre mètres, sans fenêtre. Il n'aurait droit qu'à une sortie d'une heure par jour.

«Comme mon frère a quitté la Libye pendant les bombardements de l'OTAN, il souffre du syndrome du stress post-traumatique», prétend aussi M. Benaissa dans un communiqué.

Ces allégations n'ont pas été confirmées par la Suisse. Rafik Benaissa a entamé une poursuite de 5 millions de dollars contre SNC-Lavalin, l'accusant d'avoir fait de son frère un «bouc émissaire». Il poursuit aussi le Globe and Mail et La Presse en diffamation.

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