Quand l'avenir passe par l'exil

Les jeunes de pays européens frappés par la... (PHOTO PAUL HANNA, ARCHIVES REUTERS)

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Les jeunes de pays européens frappés par la crise économique comme ici, en Espagne sont de plus en plus nombreux à s'exiler en quête d'un avenir meilleur.

Richard Dupaul

C'est un évènement à première vue cocasse, qui serait passé inaperçu il y a quelques années. Or, c'est maintenant un symbole de la pire menace qui guette l'Europe.

Au début de l'été, des immigrés clandestins espagnols ont été interceptés sur la côte... algérienne! La grave crise économique qui frappe l'Espagne a poussé ces quatre jeunes gens à chercher du travail en terre africaine, en faisant la traversée dans une embarcation de fortune. Bref, c'est le monde à l'envers.

En apprenant l'affaire, les médias français ont d'abord tourné l'événement en dérision, imaginant un dialogue entre deux gardes-côtes algériens: «Omar, tu as raison, ils viennent vers nous. Et qu'est-ce qu'on fait dans ce cas-là? Moi, je sais gérer les départs, pas les arrivées», a ironisé Le Courrier international.

En ce début d'automne, plus personne ne rit. Surtout en voyant les derniers chiffres sur la vague d'émigration qui secoue les pays européens les plus touchés par la crise.

En Espagne, le nombre de résidants qui ont quitté le pays a bondi de plus de 44% au premier semestre 2012 (variation annuelle), vient de révéler l'Institut national des statistiques.

Près de 270 000 personnes ont choisi l'exil en six mois, dont une large part de ressortissants étrangers qui retournent dans leur pays natal dans l'espoir de trouver un boulot.

L'Espagne est plongée dans une grave récession, faut-il le rappeler, avec un taux de chômage officiel d'environ 25%. Alors que la population espagnole avait augmenté d'un cinquième, à 47 millions, durant les 10 années qui ont précédé la crise financière en 2008, elle a depuis diminué à 46 millions. Sur le plan économique, c'est une catastrophe.

L'exode

En Irlande, le dernier bilan migratoire est aussi fort inquiétant: quelque 87 000 citoyens et résidents - un record - ont quitté le pays durant les quatre premiers mois de 2012, contre 80 000 durant la même période l'an dernier.

Selon les données publiques, les jeunes sont les plus enclins à partir. Au total, près de 183 000 personnes de 15 à 24 ans ont décidé de trouver refuge à l'étranger depuis que la crise a débuté, en 2008. Pour un petit pays comme l'Irlande, qui compte 6,1 millions habitants, cela ressemble à une hémorragie.

«Ils vont aux États-Unis, en Australie ou au Canada entre autres dans l'espoir de trouver un travail», affirme un travailleur social dans un récent entretien avec l'Irish Times. Environ le tiers des 15-24 ans, qui ont grandi dans une économie fébrile à l'époque du fameux Tigre celtique des années 90, sont maintenant sans emploi en Irlande.

Difficile pour eux aussi d'imaginer un avenir meilleur: la Banque centrale d'Irlande a elle-même prévenu, jeudi dernier, qu'il faudra au moins 22 ans (!) avant que les prix des maisons au pays - qui ont plongé de 47% en quatre ans - puissent remonter à leur sommet. Or, l'effondrement de l'immobilier est justement à la source de la crise financière et de la récession, tant en Irlande qu'en Espagne.

»Partez»

Sans surprise, l'Allemagne est l'un des seuls pays européens à profiter des flux migratoires. Le pays des Mercedes et BMW a accueilli 958 000 personnes l'an dernier, 20% d'arrivées de plus qu'en 2010, selon les données officielles. En 2011, 679 000 personnes ont quitté l'Allemagne, soit un solde migratoire positif de 279 000 personnes - un sommet en 15 ans.

Les autorités de Munich indiquent que 20 000 Grecs se sont installés en ville en seulement deux ans.

Peut-être la meilleure preuve du désarroi dans l'Europe du Sud ces jours-ci est ce commentaire, plutôt étonnant, du premier ministre du Portugal, Pedro Passos Coleho.

En juillet, le leader portugais en est venu à appeler ses compatriotes à quitter le pays, rien de moins. L'an dernier, plus 120 000 Portugais avaient déjà choisi le chemin de la sortie. Cette année, les experts prévoient qu'on franchira aisément la barre des 150 000.

Les Portugais, a précisé M. Coleho, devraient «laisser leur zone de confort» en cherchant du travail ailleurs. Et que dire de ce message destiné aux enseignants sans travail: émigrez en Angola ou au Brésil, les anciennes colonies, a-t-il lancé en substance.

Loin de combattre l'exode des cerveaux, Lisbonne récidive et a annoncé la semaine dernière de nouvelles mesures budgétaires - dont une autre hausse d'impôt - qui s'ajoutent à une série de coupes draconiennes déjà implantées pour assainir les finances publiques, dont des baisses de salaires et des pensions. Bref, encore et toujours l'austérité.

On comprend les jeunes Européens qui sont en train de faire leurs valises.

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L'exode irlandais en chiffres

87 000

Nombre de citoyens et résidents qui ont quitté l'Irlande de janvier à la fin avril 2012, un record pour une si courte période.

53%

Proportion des Irlandais de souche s'étant joints à cette vague d'émigration en 2012.

49%

Proportion des émigrants irlandais (2012) qui sont âgés de 44 ans ou moins.

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