Naufrage dans les Caraïbes

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Le Bélize a fait ça discrètement. Le 14 août dernier, la Banque centrale a affiché sur son site internet que le pays n'avait plus les moyens de rembourser un paiement de 23 millions US dû sur une dette de 548 millions US.

Hélène Baril

C'est arrivé cet été, dans l'indifférence à peu près totale. Le Bélize, petit pays d'Amérique centrale bien connu de ceux qui font de la plongée, a arrêté de rembourser sa dette.

La faillite d'un pays - on aime mieux employer le terme défaut de paiement, plus politiquement correct - est assez rare. Il y a eu la Grèce, récemment, mais il faut remonter 10 ans en arrière pour trouver le précédent défaut de paiement d'un pays souverain, celui de l'Argentine en 2002.

Le Bélize a fait ça discrètement. Le 14 août dernier, la Banque centrale a affiché sur son site internet que le pays n'avait plus les moyens de rembourser un paiement de 23 millions US dû sur une dette de 548 millions US.

L'annonce a pris plusieurs observateurs par surprise. Le Bélize n'est pas le plus mal pris des pays de la région. Il a un peu de pétrole, et des touristes. Et il n'est pas en récession. Sa croissance économique a été de 2,7% en 2010 et de 2% en 2011, ce qui est mieux que bien des pays en ces temps difficiles.

La dette totale du Bélize, à 80% du PIB, n'est pas non plus la plus alarmante, même parmi les pays comparables comme la Barbade (117%) ou la Jamaïque (139%).

Mais avec seulement 330 000 habitants et des ressources limitées, le pays a fait des choix risqués. Sa fiscalité accommodante en a fait un havre pour les entreprises et les nantis de ce monde.

Parce qu'il n'est qu'à une heure de vol de Miami et que l'anglais y est la langue d'usage, le Bélize avait pris les moyens pour devenir une terre d'accueil pour les riches retraités américains, en leur accordant une exemption complète d'impôt. Plusieurs d'entre eux ont ainsi pu acheter des îles désertes du pays et se bâtir des palaces à bon compte.

Pour séduire les touristes fortunés, le pays s'est aussi lancé dans la modernisation de ses infrastructures et a nationalisé les secteurs des télécoms et de l'électricité. Le réseau électrique était d'ailleurs contrôlé par une entreprise canadienne, Fortis, rachetée contre son gré par le gouvernement.

Le Bélize avait malgré tout réussi à traverser sans trop de mal la crise financière de 2008. Mais voilà, on n'a plus d'argent, a fait savoir le gouvernement nouvellement réélu de Dean Barrow.

Il propose aux créanciers différentes options, comme leur accorder un congé de paiement de 15 ans, réduire le taux d'intérêt actuel de 8,5% à 2%, et étirer l'échéance de la dette à 50 ans. Toute autre combinaison de ces solutions qui lui permettrait de passer au travers de ses difficultés est bienvenue, a-t-il fait savoir.

Les créanciers se sont rebiffés. La période de grâce de 30 jours après l'annonce de l'arrêt des paiements, qui devait servir à en arriver à une entente, a pris fin mercredi dernier sans résultat.

Les options sont pourtant assez limitées. Contrairement à la Grèce, aucun pays ne se portera au secours du Bélize, même s'il est membre du Commonwealth. Ou les créanciers acceptent de perdre une grosse partie de leur mise et s'entendent avec le gouvernement, ou ils acceptent de tout perdre et de poursuivre le pays devant les tribunaux.

La voie des tribunaux est rarement empruntée par les créanciers, parce que la justice est souvent incapable de saisir les biens d'un pays souverain. Dans le cas du Bélize, les biens saisissables seraient probablement bien insuffisants pour permettre aux créanciers de se rembourser.

C'est ce qui fait dire à un analyste de l'agence de crédit Moody's que le gouvernement du Bélize semble avoir le gros bout du bâton de cette négociation.

Mais la réputation du pays en souffrira, et sa population aussi. Il lui sera désormais plus difficile, sinon impossible de financer son développement en recourant au financement étranger.

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