Où va l'économie? Surveillez la mer

En Chine, comme ailleurs sur la planète, les... (PHOTO QILAI SHEN, ARCHIVES BLOOMBERG)

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PHOTO QILAI SHEN, ARCHIVES BLOOMBERG

En Chine, comme ailleurs sur la planète, les chantiers navals sont paralysés ou tournent au ralenti - un indicateur de ce qui attend l'économie mondiale au cours des prochains mois.

Richard Dupaul

(Montréal) Si vous allez en Chine ces jours-ci, dans la ville côtière de Yueqing (province de Zhejiang), vous verrez plusieurs navires en cale sèche. Certains ont été remisés, d'autres sont toujours inachevés et semblent attendre qu'on s'occupe d'eux.

Mais les travailleurs ne reviendront pas de sitôt, selon des médias locaux.

Le ralentissement de l'économie mondiale porte un coup très dur à la jusqu'ici florissante industrie maritime. En Chine, comme ailleurs sur la planète, les chantiers navals sont paralysés ou tournent au ralenti - un indicateur de ce qui attend l'économie mondiale au cours des prochains mois.

Mauvaises nouvelles

Une déferlante de mauvaises nouvelles s'est abattue ces derniers temps dans ce secteur baromètre.

China Cosco, premier armateur chinois et quatrième transporteur au monde, et Rongsheng Heavy Industries, l'un des plus grands chantiers navals d'Asie, viennent d'annoncer de très mauvais résultats.

Cosco a creusé ses pertes de plus de 50% au premier semestre de 2012. Ses livraisons ont baissé de 21% et, à la fin juillet, l'action est tombée à un creux historique.

La baisse du trafic sur les mers se fait ressentir dans les chantiers maritimes chinois. L'un des plus importants, Ronghseng, dit avoir reçu des commandes de navires pour 58 millions US au premier semestre. Deux bateaux. C'est très loin des 725 millions US de commandes enregistrés au second semestre de 2011.

En fait, près du tiers (30%) des chantiers de l'empire du Milieu n'ont pas reçu la moindre commande depuis la fin de 2010, selon le courtier maritime français Barry Rogliano Salles (BRS).

Au premier trimestre, les commandes ont chuté de 49% pour l'ensemble du secteur. La moitié des 160 chantiers chinois pourrait en fermer d'ici deux ans.

En crise

Les vents ne sont guère plus favorables en Occident.

Deuxième exportateur mondial derrière la Chine, l'Allemagne dispose d'une flotte commerciale de quelque 3700 bateaux, représentant 34% des porte-conteneurs de la planète, selon la fédération maritime allemande.

Or, d'après un sondage de PricewaterhouseCoopers (PwC), la majorité des armateurs allemands estime que leur situation économique va se dégrader prochainement, avec de nombreuses faillites à la clé.

La source des malheurs du monde maritime? Trop de navires et pas assez de commandes, essentiellement.

Les chantiers maritimes ont vu trop grand et ont construit beaucoup trop de bateaux depuis 10 ans. Le déséquilibre entre l'offre et la demande signifie que céréales, minerais et autres marchandises voyagent à des tarifs fortement réduits.

L'indice Baltic Dry, qui représente la moyenne des prix pratiqués sur 24 routes maritimes de matières sèches, a plongé de 55% depuis le début de 2012, dont 35% depuis le début du mois de juillet.

C'est une bonne nouvelle pour les expéditeurs, qui profitent de tarifs avantageux. Mais les armateurs crient famine.

«Le marché est déprimant, affirme la banque JPMorgan Chase&Co dans une note financière. Trop de chantiers et pas assez de commandes, ce qui affecte la profitabilité et les prix.»

Les experts citent souvent le cas des cargos de type «Capesize». Leur nom vient de leur taille imposante, qui les empêche de transiter par le canal de Panama et les oblige à naviguer au large des caps Horn et Bonne-Espérance pour relier l'Orient et l'Occident. Or, la crise européenne a littéralement coulé le marché de ces mastodontes.

Affréter un «Capesize» coûtait 55 000$US par jour en moyenne, il y a cinq ans. Le tarif est tombé récemment à 10 000$US environ, selon le courtier britannique Clarkson.

Que réserve l'avenir? Un responsable de la division conteneurs du géant danois A.P. Moller Maersk résumait ainsi ses projections la semaine dernière.

La demande restera «faible» en Europe pour les prochains mois et, au mieux, plutôt timide en Asie, croit Maersk. Par contre, on espère des conditions plus favorables aux États-Unis à l'approche de la saison des Fêtes.

Les vieux marins vous diront qu'on pourrait très bien utiliser cette projection pour l'ensemble de l'économie. Mieux vaut donc s'y préparer. «Le pessimiste se plaint du vent. L'optimiste espère qu'il va changer. Le réaliste ajuste ses voiles», dit un vieux dicton marin.

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La fin d'un vieux loup de mer

Le plus vieux transporteur maritime au monde vient de jeter l'ancre pour la dernière fois. La société britannique Stephenson Clarke Shipping Ltd, fondée en 1730, a vendu son dernier navire et s'est mise en faillite il y a trois semaines.

Au dire de la compagnie, le marché actuel «est l'un des pires depuis de nombreuses années».

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