Quand les États-Unis éclipsent le BRIC

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Alors que l'activité manufacturière a atteint en juin un creux en sept mois, le gouvernement chinois doit maintenant faire des efforts pour attirer l'argent des étrangers.

Richard Dupaul

(Montréal) Avec la crise européenne, l'attrait exotique des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) s'étiole dans l'esprit des investisseurs nerveux, qui s'interrogent sur l'avenir des économies émergentes.

Ils sont même de plus en plus nombreux à retourner en terrain connu pour trouver un refuge en ces temps difficiles.

Depuis le début de 2012, des milliards en capitaux échappent au BRIC pour aboutir entre les mains des Américains - phénomène dont témoigne la forte hausse des investissements étrangers aux États-Unis.

Ce changement d'attitude des investisseurs est aussi apparent sur le marché des devises, où les pays du BRIC voient leurs monnaies s'effondrer depuis quelque temps.

Une chute de 10 à 12%

Au cours des trois derniers mois, les devises du Brésil, de la Russie et de l'Inde ont perdu au moins 10% de leur valeur par rapport au billet vert américain. Une glissade qui tend à s'accélérer depuis 15 jours.

Le real brésilien a reculé de 12% par rapport à la même période de l'an dernier, le rouble russe de 12% aussi et la roupie indienne de 10%, selon l'agence Bloomberg. Même le yuan chinois, inconvertible et sévèrement encadré, a reculé de 1,2% depuis le mois de mars.

Si bien que l'Inde vient d'annoncer des mesures destinées à soutenir sa monnaie, dont le relèvement du plafond pour les investissements étrangers dans les obligations d'État.

À 57 roupies pour 1 dollar américain, la monnaie indienne est tombée récemment à un creux historique. Elle n'a presque rien repris depuis, malgré les mesures prises par New Delhi.

Ancien économiste au Fonds monétaire international et aujourd'hui président de la firme SLJ Macro, Stephen Jen est pessimiste. Le club du BRIC est «exposé à de nombreux problèmes», résume-t-il dans une note financière.

Les pays du BRIC ont beau être un marché gigantesque - avec un PIB (produit intérieur brut) de plus de 13 000 milliards US -, la chute de leurs monnaies pénalise les entreprises étrangères, qui comptaient sur eux pour compenser le ralentissement en Europe et aux États-Unis.

Procter&Gamble, géant américain des produits domestiques, et le fabricant de cigarettes Philip Morris viennent d'ailleurs de réviser à la baisse leurs projections financières. La raison: le plongeon des devises étrangères. Et les autres multinationales en prennent bonne note.

Sans oublier que pour le club du BRIC, la dépréciation du taux de change augmente le coût des importations, dont le pétrole et les métaux qui sont libellés en dollars américains.

Et ce n'est pas fini. D'ici à la fin de 2012, M. Jen prévoit un recul additionnel de 15% en moyenne des monnaies du BRIC.

Les États-Unis en profitent

Quant au billet vert, il doit en bonne partie sa vigueur aux investisseurs internationaux qui affluent en sol américain.

Selon Washington, les États-Unis ont attiré quelque 29 milliards US en investissements directs étrangers (IDE) au premier trimestre. Il s'agit d'un 12e trimestre d'affilée d'entrées «nettes» de capitaux. (Les IDE sont aussi en hausse cette année au Canada, qui affiche cependant un solde négatif.)

Les IDE incluent les investissements dans des sociétés ou des biens immobiliers, mais excluent les achats de titres financiers (obligations et actions). Autrement dit, les IDE témoignent d'un engagement à long terme des investisseurs à l'endroit d'un pays. Une marque de confiance, en somme.

L'an dernier, les États-Unis ont attiré pour 234 milliards US d'investissements étrangers, un bond de 14% en un an. Les deux tiers de ces sommes sont venus d'Europe.

Pendant ce temps, la Chine semble perdre son pouvoir d'attraction.

En avril dernier, les investissements étrangers étaient en baisse pour le sixième mois consécutif, surtout à cause de l'Europe, affirme le ministère du Commerce. Pour les quatre premiers mois de 2012, on parle d'un recul inquiétant de 2,4% sur un an.

Alors que l'activité manufacturière a atteint en juin un creux en sept mois, le gouvernement chinois doit maintenant faire des efforts pour attirer l'argent des étrangers. Pékin vient d'annoncer des mesures pour «ouvrir les marchés des capitaux» - un petit clin d'oeil aux investisseurs qui attendaient ces avances depuis longtemps.

En Russie, l'État vient de mettre de côté 40 milliards US pour 2012-2013 afin de «répondre à une éventuelle crise dans le pays», la chute des prix du pétrole ayant réduit les revenus de l'État et des sociétés locales.

En Inde, les IDE ont chuté d'environ 40% depuis 2008, selon les dernières statistiques officielles.

En somme, la tempête européenne fait basculer le balancier en faveur des Américains en exposant les faiblesses des économies émergentes.

Les crises ont souvent cet effet. «C'est lorsque la marée se retire qu'on découvre qui se baignait nu», a dit un jour Warren Buffett.

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