Le retour du chacun-pour-soi

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Avec la crise européenne et le ralentissement économique mondial qui en découle, on assiste à une prolifération de mesures protectionnistes. Chine, Indonésie, Russie, Brésil, États-Unis et Argentine sont souvent mentionnés parmi les coupables.

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Richard Dupaul

(Montréal) «Le protectionnisme est comme le cholestérol. La lente accumulation de mesures restrictives depuis 2008 peut conduire au blocage des flux commerciaux.»

C'est par cette allégorie médicale plutôt frappante que Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondial du commerce (OMC), vient de sonner l'alarme au sujet d'un phénomène inquiétant.

Avec la crise européenne et le ralentissement économique mondial qui en découle, on assiste à une prolifération de mesures protectionnistes. Chine, Indonésie, Russie, Brésil, États-Unis et Argentine sont souvent mentionnés parmi les coupables.

Le protectionnisme - un fléau qui avait aggravé et prolongé la récession après la Grande Dépression de 1929 - montre encore son vilain nez en 2012.

Selon un nouveau rapport de la Commission européenne, 123 nouvelles restrictions aux échanges ont été adoptées sur les huit derniers mois. Cela marque un bond de 25% en un an, portant le nombre cumulatif de mesures à 534 depuis 2008.

Autre rapport: le Global Trade Alert, organisme situé en Suisse, affirme que la montée du protectionnisme en 2010 et 2011 a été «plus rapide» que ce qu'on avait d'abord cru.

Les pays émergents se referment

Curieusement, les mauvais élèves sont surtout les économies émergentes - ces mêmes pays qui ont profité du boom du commerce mondial depuis 20 ans.

Depuis octobre 2008, c'est l'Argentine qui a pris le plus de mesures défensives devant la concurrence extérieure (119), suivie de la Russie (86 mesures) et de l'Indonésie (59), selon la Commission européenne.

Les vedettes du BRIC, comme le Brésil, la Chine, et l'Inde, ont introduit récemment des mesures visant à promouvoir certains secteurs industriels, mais celles-ci sont combinées à des distorsions commerciales destinées à les protéger.

À titre d'exemple, le Brésil a décrété en mai une hausse de 35 à 55% des droits de douane sur une centaine de produits provenant hors de la zone du Mercosur, une tactique maladroite pour protéger son industrie malmenée par la crise mondiale.

Auparavant, le milieu du textile a été secoué par cette interdiction d'export de coton brut annoncée en mars par l'Inde, deuxième producteur mondial de coton.

Les «pays riches» du G20 ne sont pas sans reproches. Le 18 mai, Washington a imposé des taxes antidumping sur les importations de panneaux solaires chinois - un secteur en difficulté aux États-Unis. Suntech, visé par ces taxes au même titre que 59 autres fabricants chinois, doit désormais compter avec une taxe à l'importation de 31%.

Une menace à la reprise

Cette montée du «chacun-pour-soi» arrive à un bien mauvais moment.

Selon l'OMC, le commerce mondial devrait croître de seulement 3,7% cette année, contre 5% en 2011 et une moyenne annuelle de 6% pour la période de 1990 à 2008.

Plusieurs banques centrales, notamment au Brésil et aux États-Unis, ont récemment annoncé des mesures pour requinquer l'économie. Or, le protectionnisme agit comme un frein à la reprise.

Pourtant, les gouvernements qui favorisent l'ouverture des marchés ont toutes les chances de stimuler la croissance et créer des emplois de valeur, indique une nouvelle étude sous l'égide de 10 organisations internationales.

Le rapport, intitulé Policy Priorities for International Trade and Jobs (PPITJ), montre que les mesures commerciales discriminatoires ne protègent pas les emplois.

Au contraire, la fermeture des marchés risque de soumettre les marchés du travail à des tensions supplémentaires.

Par leurs effets sur la productivité, les échanges contribuent aussi au relèvement des salaires moyens. De 1970 à 2000, les ouvriers des secteurs manufacturiers des économies ouvertes ont bénéficié d'une rémunération de trois à neuf fois plus élevée que ceux des économies fermées, selon la région.

Au Chili, les travailleurs des secteurs les plus ouverts gagnaient en moyenne 25% de plus que ceux des secteurs peu ouverts.

Craintes exagérées

Les craintes suscitées par les délocalisations d'usines sont aussi exagérées. Des enquêtes menées au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Allemagne montrent que la délocalisation est souvent sans effet, ou que ses effets sont positifs sur l'emploi comme sur les salaires.

Cependant, le rapport PPITJ souligne aussi que l'ouverture aux échanges ne suffit pas. Il faut en même temps des mesures économiques saines, un environnement favorable à l'investissement et un marché du travail souple pour que les pays tirent pleinement parti des échanges commerciaux.

L'OMC aime rappeler qu'en 2009, au plus fort de la crise financière américaine, le commerce mondial a chuté de 12% - la plus forte baisse depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon l'organisme, le regain du protectionnisme cette année-là a «grandement» contribué à ce repli sur soi.

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