Nicolas Sarkozy hanté par le chômage

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Le taux de chômage en France se situe aujourd'hui légèrement sous la moyenne des pays de la zone euro, estimée à 10,4% par Eurostat dans son plus récent relevé.

(Paris) Durant la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait promis de faire baisser, en cinq ans, le taux de chômage sous la barre des 5%. La journaliste qui l'interviewait lui avait alors demandé ce qui arriverait s'il ne respectait pas cette promesse une fois au pouvoir.

«Je dis aux Français: c'est un échec, j'ai échoué. Et c'est aux Français d'en tirer les conséquences», avait rétorqué le candidat qui s'est fait rappeler ses propos la semaine dernière dans un débat télévisé avec l'ex-premier ministre socialiste Laurent Fabius.

La crise économique aidant, le chômage dans le pays frôle aujourd'hui la barre des 10% et figure haut dans la liste des préoccupations de la population.

Selon un sondage Ipsos paru il y a quelques semaines, 59% des Français évoquent l'emploi et le chômage comme l'enjeu qui aura le plus d'impact sur leur vote le 22 avril prochain.

L'importance de la question n'a pas échappé à l'équipe du président Sarkozy, qui cherche à minimiser l'importance du taux actuel en évoquant la sévérité de la crise économique ayant frappé le continent européen.

Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, fait notamment valoir que la France «a mieux résisté» à la crise puisque le nombre de chômeurs a proportionnellement moins augmenté dans l'Hexagone que dans des pays comme la Grande-Bretagne, l'Italie ou l'Espagne, touchée de plein fouet.

Hervé Boulhol, économiste de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), relève que le taux de chômage a effectivement moins augmenté que dans plusieurs pays, mais en partant d'un niveau relativement élevé. Il se situe aujourd'hui légèrement sous la moyenne des pays de la zone euro, estimée à 10,4% par Eurostat dans son plus récent relevé.

En France, dit M. Boulhol, ce sont surtout les jeunes, moins protégés contre les mises à pied en raison de la précarité de leur statut, et les travailleurs plus âgés - les plus de 50 ans - qui ont fait les frais de la crise.

Le chômage de longue durée dans ces deux catégories est en hausse. «Les jeunes mettent beaucoup plus de temps à intégrer le marché du travail et les personnes âgées mises à pied ont plus de mal à se réinsérer», indique l'analyste.

Projet de réforme

C'est en partie pour répondre à cette problématique de la réinsertion que Nicolas Sarkozy a annoncé en février, au moment du lancement de sa campagne de réélection, son intention de réformer le programme d'indemnisation des chômeurs.

Il a indiqué que «toute personne au chômage sans perspective sérieuse de reprise d'emploi» devrait choisir «une formation qualifiante» et serait tenu par la suite d'accepter «la première offre d'emploi» correspondant à son nouveau métier d'adoption. Un refus serait sanctionné par une suspension des indemnisations.

Le camp socialiste a accusé Nicolas Sarkozy de «vouloir s'en prendre aux plus fragiles» au lieu de s'attaquer aux causes véritables du chômage.

L'initiative a aussi été décriée par les principaux syndicats, qui accusent le candidat de vouloir courtiser la frange de l'électorat qui caricature les chômeurs comme des profiteurs.

Le chef d'État a aussi promis de favoriser l'adoption par les entreprises «d'accords de compétitivité» visant à faciliter l'ajustement des salaires et des heures de travail aux fluctuations du marché.

Une proposition qui ne sourit guère non plus aux syndicats. «Nous ne laisserons pas l'État démanteler les droits des travailleurs et des demandeurs d'emploi», indique Morad Rabhi, qui est chargé de l'emploi et du chômage à la CGT, l'un des principaux syndicats du pays.

Selon lui, la France a d'abord et avant tout besoin, pour relancer l'emploi, d'une politique industrielle «stable et durable» qui encourage les investissements dans le pays et lie, par exemple, toute subvention gouvernementale au maintien d'emplois locaux.

Il souhaite par ailleurs que le gouvernement aille au-delà de l'austérité pour favoriser la création d'emplois. «Il faut un dosage plus fin pour libérer la croissance», relate le syndicaliste.

Génération précaire, qui milite pour l'emploi des jeunes, voit d'un bon oeil que le gouvernement veuille assurer une meilleure adéquation entre les formations offertes et les débouchés sur le marché du travail.

L'idée de «contraindre» les chômeurs à accepter une formation donnée n'est cependant rien de plus qu'une stratégie de stigmatisation visant à faciliter la suspension des indemnisations, déplore l'une des porte-parole de l'organisation, Valentine Umansky.

Selon elle, la situation des jeunes dans le pays est «extrêmement critique» et tend à se détériorer. Le taux de chômage chez les personnes de 18 à 25 ans, de l'ordre de 23%, cache une réalité beaucoup plus difficile puisqu'il ne capte pas ceux qui occupent des stages non rémunérés ou des postes «sous-salariés».

«Il faut maintenant faire six ou sept stages avant de pouvoir espérer accéder à son premier emploi stable, habituellement autour de 26 ou 27 ans. J'ai moi-même dû faire une dizaine de stages avant de me trouver un contrat à durée déterminée. Ce n'est pas normal», déplore Mme Umansky.

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