Réseau cellulaire Digicel en Haïti: 2,2 millions d'abonnés en quatre ans

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Peu après le séisme de janvier dernier, des Haïtiens ont pu recharger leur téléphone cellulaire devant les locaux de Radio Caraïbes, équipés d'une génératrice. En quatre ans, Digicel a gagné 2,2 millionsd'abonnés, soit le quart de la population. L'entreprise doit toutefois composer avec l'incertitude politique et les infrastructures déficientes.

(Montréal) Quand Digicel a installé son réseau de télécommunication cellulaire en Haïti, en 2006, elle espérait gagner 300 000 clients en cinq ans. L'objectif a été atteint en un mois. Quatre ans et 300 millions de dollars plus tard, Digicel Haïti est devenu le plus important réseau au pays, avec 2,2 millions d'abonnés - le quart de la population.

«C'est une indication de ce qu'on peut faire malgré les défis d'Haïti, observe Greg Van Koughnett, chef du conseil juridique et réglementaire de Digicel Haïti.

L'avocat canadien est à Montréal pour participer au Forum des affaires Québec-Haïti, afin de montrer qu'«on peut travailler en Haïti».

On peut y travailler, mais il faut abandonner certains réflexes acquis dans les marchés riches et faire preuve de souplesse et de créativité.

Digicel, entreprise incorporée aux Bermudes, a été fondée en 2001 par l'entrepreneur irlandais Denis O'Brien, afin d'implanter un réseau cellulaire en Jamaïque. Son succès immédiat lui a permis d'étendre la formule à 32 autres pays des Antilles et du Pacifique.

Avant son arrivée en Haïti, le marché haïtien était occupé par un opérateur national, propriété de l'État, et une entreprise publique américaine. Tous les deux visaient la frange riche de la population.

«C'était le pays le plus pauvre des 32 marchés de Digicel et on ne savait pas combien d'abonnés on pourrait avoir, relate Greg Van Koughnett. L'Haïtien moyen gagne 2$US par jour et 71% des Haïtiens gagnent moins que 2$US par jour.»

Avant l'arrivée de Digicel, les cellulaires coûtaient au minimum 70$US. «Nous avons commencé à 20$US, et atteint très rapidement 15$US, et nous avons maintenant un appareil à 12,50$US.»

Les frais d'abonnement ont été supprimés. «On paie de meilleurs salaires que la plupart des employeurs, mais ils sont quand même moins élevés qu'en Jamaïque, observe-t-il. On peut donc demander des frais moins élevés.»

La structure tarifaire a été édifiée de telle manière que les appels entrants soient gratuits. Grâce à un message texte préprogrammé, un abonné peut donc demander à un interlocuteur mieux loti que lui de le rappeler, réduisant ainsi ses frais. «J'ai appelé ma femme de ménage ce matin, d'ici à Montréal, et ça ne lui a rien coûté», donne en exemple M. Van Koughnett.

La corruption existe, admet-il. «On ne donne aucun pot-de-vin, assure-t-il toutefois. On essaie de travailler correctement, on ne fait rien d'illégal, et c'est un succès. C'est plus de travail, ce n'est pas nécessairement très simple, mais on le fait.»

Résultat, Haïti est le pays le plus pauvre des 32 marchés de Digicel, mais se place au deuxième rang pour les revenus qu'il procure.

Infrastructures et politique incertaines

Digicel doit toutefois composer avec l'incertitude politique et les infrastructures déficientes.

Les 700 tours et antennes de communication sont surveillées en permanence par des gardiens armés. Faute de distribution électrique fiable, la plupart sont alimentées par des groupes électrogènes. La livraison du diesel nécessaire aux génératrices est elle-même aléatoire, sur des routes incertaines.

Les élections du 28 novembre prochain ajoutent encore au chaos. «Il y a des manifestations un jour sur deux, narre M. Van Koughnett. J'ai suggéré à ma femme de rester au Canada jusqu'à la fin du processus électoral.»

Lui-même circule en voiture blindée, accompagné par un garde du corps, pendant que sa maison est sous la surveillance permanente de gardiens armés. «Au début, c'est difficile, mais on s'habitue, dit-il. Les restos et les bars sont superbes, on peut aller dans les montagnes sans danger. Ce n'est que dans la capitale que c'est dangereux.»

Il est arrivé en Haïti en janvier 2010, au moment du séisme. Une importante partie du réseau s'est alors écroulée. Malgré l'effondrement de son édifice, le système de commutation est demeuré en état de fonctionner. Cependant, l'air conditionné ayant rendu son dernier souffle, la surchauffe imposait des interruptions de service à intervalle de quatre heures. Huit mois après le séisme, l'essentiel du réseau a été remis en fonction.

De nouveaux produits, encore une fois adaptés aux conditions du pays, seront bientôt mis sur pied. Ainsi, alors qu'une faible proportion de la population haïtienne possède un compte de banque, Digicel Haïti lance cet automne un service bancaire par téléphone cellulaire. Un peu comme il achèterait des cartes prépayées, l'abonné peut verser des fonds dans un compte lié à celui de son cellulaire. Chez un marchand abonné, il peut faire des achats qui seront payés par transfert d'un compte cellulaire à l'autre. Alors que la manipulation d'argent comptant risque d'attirer la convoitise, un abonné pourra ainsi déposer des fonds dans le compte cellulaire de sa mère, qui habite à l'autre bout du pays.

Les occasions sont nombreuses en Haïti, et le succès est possible, mais les investisseurs doivent trouver des moyens originaux de contourner l'obstacle de la pauvreté généralisée. «Le peuple haïtien veut être plus moderne, conclut Greg Van Koughnett, mais il lui manque les moyens de le faire.»

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