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Une culture d'entrepreneuriat à bâtir au Québec
Photo André Pichette, archives La Presse
Jacques Bernier, associé principal de Teralys - plus important réservoir de capital-risque du Québec et de tout le Canada avec 700 millions sous gestion -, dit se rendre en Israël en moyenne une fois par année. «En Israël, l'entrepreneuriat, on le sent. C'est dans l'air», dit-il.
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Quelles leçons le Québec peut-il tirer de la machine à inventer israélienne? Ce qui est clair, en tout cas, c'est qu'il est impossible de calquer bêtement les programmes israéliens pour les reproduire ici.
Jacques Bernier, de Teralys, est par exemple fasciné par Yozma, une initiative du gouvernement israélien qui a attiré des investisseurs étrangers et permis de bâtir de toutes pièces l'industrie du capital-risque du pays dans les années 90.

Mais le Québec ne pourra recréer le miracle de Yozma, avertit Jacques Bernier. D'abord parce que, contrairement à Israël, il ne peut compter sur une puissante diaspora pour attirer du capital étranger.
«Il y a une question de timing, dit aussi M. Bernier. Dans les années où ils ont fait Yozma, les fonds américains étaient en pleine expansion et il y avait de l'argent disponible. Aujourd'hui, ça a beaucoup diminué.»
Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, croit toutefois que le Québec peut s'inspirer d'Israël dans le transfert du savoir universitaire aux entreprises.
«Si on veut que l'argent public investi en recherche se traduise en création de richesse, il faut créer ces liens-là. De ce côté, il y a des leçons à tirer d'Israël.»
Lors de ses recherches, Céline Bak, du Russell Mitchell Group, a découvert que moins de 30% des entrepreneurs québécois en technologies propres cherchent à exporter leurs produits - une aberration, à ses yeux, dans un monde où les marchés sont mondiaux.
«En Israël, les ambitions des entrepreneurs sont toujours internationales, note Jacques Bernier. L'Israélien sait que son marché intérieur est nul, et ce n'est certainement pas aux pays voisins qu'il va vendre. C'est l'une des choses fondamentales qu'on essaie d'amener ici.»
Pour ceux qui ont étudié Israël, toutefois, la principale différence réside dans cette culture du risque qui incite tant d'Israéliens à lancer des entreprises. Et pour recréer ça chez nous, il n'y a pas de recette miracle.
«En Israël, l'entrepreneuriat, on le sent. C'est dans l'air, dit Jacques Bernier. J'ai le même plaisir à être là-bas que dans la Silicon Valley. Personnellement, c'est l'aspect qui me tue le plus du Québec. J'espère qu'on va relever l'esprit d'entrepreneuriat de nos jeunes.»
«L'entrepreneuriat n'est pas autant dans nos gènes qu'en Israël, constate aussi Raymond Bachand. C'est clair que mon collègue Clément Gignac travaille sur ça, mais ce n'est pas à l'État à tout faire non plus.»
Ce climat d'entrepreneuriat provient en partie du fait que les jeunes Israéliens les plus prometteurs sont repérés très tôt et poussés au maximum, notamment au moyen des programmes d'élite de l'armée. Un esprit d'élitisme qui contraste avec les valeurs québécoises.
«Il y a eu une tentation «égalitarienne» dans les années 70 au Québec, mais je pense que c'est en train de changer, indique Raymond Bachand. On est en train de comprendre que ce n'est pas parce qu'on a de grandes valeurs de partage et de justice sociale qu'il faut étêter et empêcher les meilleurs de pousser.»
«Vous n'avez pas besoin d'envoyer tout le monde dans l'armée! lance d'ailleurs Eitan Yudilevich, financier de Tel-Aviv qui a visité le Québec. Vous pouvez le faire d'une autre façon. De ce que je comprends du Québec, vous avez un certain esprit nationaliste. Je crois que cette énergie peut être canalisée d'une façon très similaire à ce qu'on voit ici. Il faut du soutien financier, une infrastructure. Mais il faut surtout un message qui dit: regardez. L'entrepreneuriat contribue à la société.»
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