Forces armées israéliennes: la machine à entrepreneurs

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Les Talpions sortent de l'armée avec le sentiment que rien n'est à leur épreuve. «La grande force de Talpiot, c'est de former des généralistes, capables de penser «hors de la boîte» et de s'attaquer à toutes sortes de problèmes», croit M. Levanon.

(Israël) Avec sa voix posée et ses manières affables, Amikam Levanon a davantage l'air d'un bon père de famille que d'un personnage du film Full Metal Jacket.

L'homme est pourtant l'un des rares citoyens de son pays à avoir gradué de Talpiot - le programme d'élite le plus exigeant de toute l'armée israélienne.

Pourquoi aborder le sujet? Parce que malgré la controverse internationale qu'elles soulèvent immanquablement, les forces armées israéliennes demeurent l'un des plus puissants catalyseurs d'innovation et d'entreprenariat du pays.

Repéré dès l'école secondaire, le jeune Amikam est choisi pour joindre la troisième cuvée de Talpiot. À l'époque, le programme forme 30 garçons chaque année. Aujourd'hui, après 31 ans d'existence, il admet 50 jeunes par an, autant garçons que filles.

Pendant six ans, ceux qu'on appelle les «Talpions» alternent les cours de sciences et d'informatique à l'apprentissage de la stratégie militaire.

«À travers ça, vous avez l'entraînement militaire, qui est aussi très difficile. Cette fois pas intellectuellement, mais physiquement et psychologiquement - vous dormez peu, vous vous entraînez fort», raconte M. Levanon.

Les Talpions sortent de l'armée avec le sentiment que rien n'est à leur épreuve. «La grande force de Talpiot, c'est de former des généralistes, capables de penser «hors de la boîte» et de s'attaquer à toutes sortes de problèmes», croit M. Levanon.

À sa sortie de l'armée, M. Levanon décroche un doctorat en génie à Tokyo, puis fonde une entreprise qui met en contact des investisseurs asiatiques et des entrepreneurs israéliens.

Il part ensuite rouler sa bosse en Europe, puis revient pour prendre les rênes d'un incubateur technologique. Aujourd'hui, il dirige une firme de capital-risque liée à la Israel Electric Corporation, l'Hydro-Québec du pays, qui investit dans des entreprises d'énergie renouvelable.

«Un concept qui n'existe pas ailleurs. Encore une fois, je crois que ça en dit beaucoup sur l'innovation israélienne», lance-t-il.

Talpiot n'a formé qu'environ 650 gradués jusqu'à maintenant, mais ceux-ci jouent pratiquement tous des rôles-clés dans la société israélienne. Plusieurs fleurons technologiques, dont Compugen, Check Point ou NICE Systems, ont été fondés par des Talpions.

Et ce programme d'élite n'est évidemment que la pointe de l'iceberg, le service militaire étant obligatoire pour tous en Israël.

«Quand, à 20 ans, tu es en charge d'une application logicielle critique au succès d'une mission militaire qui a coûté des centaines de milliers de dollars, tu sors de l'armée à 22 ans en disant: je suis capable de faire n'importe quoi», dit Jack Levy, un financier qui a quitté Wall Street pour lancer une entreprise de capital-risque à Tel-Aviv.

David Dan, un consultant qui travaille à attirer des immigrants-investisseurs au pays, croit que l'armée israélienne a fait un «coup de génie» en ne protégeant pas sa propriété intellectuelle. Ceux qui en sortent peuvent ainsi l'appliquer au monde civil et fonder des entreprises.

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