Location d'appartements: fraudes en série sur le web

«La seule chose que le propriétaire peut exiger,... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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Photo Martin Chamberland, archives La Presse

«La seule chose que le propriétaire peut exiger, c'est un mois de loyer à la signature du bail. C'est seulement à la signature, et c'est un mois maximum», précise France Émond, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec.

Le logement répondait à tous les critères d'Hélène Frigault. Assez grand, avec ses 58 mètres carrés, bien situé, moderne. Et surtout, très abordable: à peine 470$ par mois.

La jeune femme a répondu sans tarder à la petite annonce publiée sur le site Kijiji dans l'espoir de mettre la main sur cette aubaine. Les propriétaires ont accepté de lui louer l'appartement du quartier Rosemont, pourvu qu'elle fournisse une série de renseignements personnels par courriel. «Je savais que c'était trop beau pour être vrai, mais je voulais continuer», raconte-t-elle.

Avant même la visite, les proprios - M. et Mme Djimon, du Bénin - exigent un dépôt de 1100$, transférable par l'entremise de Western Union. Une simple formalité, pour éviter un déplacement inutile, affirment-ils. Hélène Frigault flaire l'arnaque et refuse net.

L'étudiante relance sa recherche du logement parfait et tombe peu après sur une autre annonce alléchante. Elle reçoit une réponse... du même M. Djimon! «C'est sûr qu'il y a du monde qui va se faire avoir, il y a des gens qui ne sont pas trop smart», dit-elle en rétrospective, amusée de sa mésaventure.

Des milliers de victimes

Isolées, les fraudes à la M. et Mme Djimon? Loin de là, révèlent des données obtenues par La Presse Affaires.

Selon les statistiques compilées à notre demande par le Centre antifraude du Canada (CAC), 285 Canadiens ont porté plainte pour une arnaque du genre l'an dernier. Du total, 185 personnes ont effectivement transféré de l'argent à de pseudo-propriétaires, une arnaque de 925$ en moyenne.

Or, le nombre réel de victimes est beaucoup plus élevé, dit Daniel Williams, porte-parole du CAC. «On est très chanceux si 1% à 5% des victimes portent plainte. Bien souvent, lorsque les gens réalisent que leur argent est bel et bien perdu, ils se disent que ça ne vaut pas la peine de porter plainte.»

Le nombre réel de Canadiens arnaqués l'an dernier serait donc d'au moins 3700, et il pourrait atteindre près de 19 000, selon les calculs du CAC. Des gens qui ont tous subi, à quelques détails près, exactement le même type de fraude.

Le modus operandi est toujours le même. Sur des sites comme Craigslist ou Kijiji, le criminel affiche un appartement en apparence impeccable, à un prix souvent en deçà de la valeur marchande. Le supposé propriétaire prétend habiter à l'extérieur du pays pour une quelconque raison. Après quelques échanges de courriels, il demande un dépôt de sécurité équivalent à un ou deux mois de loyer, transférable par Western Union.

Les fameux M. et Mme Djimon - un nom sans doute fictif - sont très actifs sur les sites de Kijiji à Montréal et à Québec. Et très insistants, comme La Presse Affaires a pu le constater lors de nombreux échanges par courriel et au téléphone (voir encadré ci-contre).

L'homme domicilié au Bénin affiche plusieurs annonces par jour, avec des photos convaincantes et une description précise des propriétés. Il répond vite à ses messages. L'idée est de tendre le plus de perches possible en attendant qu'un poisson morde à l'hameçon.

Quels sont les recours?

Malheureusement pour les victimes, les recours sont quasi inexistants une fois que des sommes ont été envoyées à l'étranger. Le CAC encourage les gens à porter plainte, mais Daniel Williams souligne que les enquêtes sont loin d'être faciles, puisqu'elles doivent se faire dans le pays où l'argent a été détourné (par exemple, le Bénin).

«Aussi, les suspects donnent toujours de fausses identités lorsqu'ils vont chercher l'argent chez Western Union, et ils fonctionnent avec des téléphones portables à puces achetés avec de fausses informations, explique M. Williams. Le taux de succès est très bas...»

La morale de l'affaire, c'est qu'il vaut mieux prévenir que guérir. Le porte-parole du CAC rappelle qu'on devrait toujours rencontrer le propriétaire face à face avant de signer un bail. Si un supposé proprio demande un transfert d'argent par Western Union, cela devrait constituer un «drapeau rouge» ultime, ajoute-t-il.

France Émond, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec, recommande pour sa part de vérifier l'identité du propriétaire au rôle foncier dès qu'une demande de sa part apparaît louche. «Et la seule chose que le propriétaire peut exiger, c'est un mois de loyer à la signature du bail. C'est seulement à la signature, et c'est un mois maximum.»

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EN CHIFFRES

DE 3700 À 19 000

Nombre estimé de victimes d'une fraude locative en 2012 au Canada.

DE 1% À 5%

Pourcentage des victimes qui portent plainte.

925$

Somme moyenne des fraudes réalisées l'an dernier au Canada.

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