Entreprises: de bonnes raisons de broyer du noir

La faiblesse de la demande mondiale et le surendettement des ménages canadiens continuent de faire pression sur le moral des dirigeants d'entreprises canadiennes qui étaient pourtant optimistes cet été relativement à leurs projets d'investissement et aux perspectives de voir leurs revenus augmenter.

La Banque du Canada a dévoilé hier les résultats d'une étude qu'elle réalise à chaque trimestre auprès des dirigeants d'une centaine d'entreprises du pays. Question de prendre le pouls de l'activité économique, la Banque centrale répertorie des entreprises dont l'activité combinée reflète la composition du produit intérieur brut canadien.

Son dernier coup de sonde nous apprend que les dirigeants d'entreprises canadiennes estiment qu'ils devront évoluer dans un environnement moins favorable au cours des 12 prochains moins.

Ce vent de pessimisme se traduira par une baisse des investissements qu'ils prévoient réaliser à court terme et par une utilisation plus intensive de leur équipement existant.

En juillet, 44% des chefs d'entreprise prévoyaient investir davantage au cours des 12 prochains mois, alors qu'ils ne sont plus maintenant que 37% à prévoir le faire. Inversement, 29% des dirigeants s'apprêtent à investir moins dans la prochaine année, alors qu'ils étaient seulement 19% à penser ainsi en juillet dernier.

C'est que ces dirigeants d'entreprise ont observé que leurs revenus avaient peu augmenté au cours des 12 derniers mois et ils n'anticipent pas d'amélioration sensible à ce chapitre au cours de la prochaine année.

La Banque du Canada attribue cette baisse d'enthousiasme des PDG canadiens au sujet de l'avenir à «la croissance lente de l'économie mondiale et [à] une incertitude concernant la demande».

Autrement dit, les entreprises manufacturières sont aux prises avec la faiblesse de la demande mondiale et les entreprises du secteur de la consommation doivent composer avec le surendettement des ménages canadiens.

La récession qui frappe l'Europe et qui se répercute sur la croissance économique en Chine n'ouvre guère de perspectives de croissance pour les entreprises manufacturières exportatrices.

Au cours des dernières années, beaucoup de producteurs canadiens se sont toutefois réorientés du côté des pays émergents pour compenser le manque à gagner de leurs clients traditionnels. S'il s'agit là d'une stratégie nécessaire et vitale même, elle ne peut pas donner de résultats instantanés.

Les entreprises du secteur de la consommation ont appris hier que Statistique Canada venait tout juste d'alourdir le poids relatif de la dette des ménages canadiens par rapport à leur revenu annuel.

En révisant son mode de calcul, Statistique Canada estime maintenant que le poids moyen de la dette des ménages représente 163,4% de leur revenu annuel plutôt que 152% (mon collègue Rudy Le Cours nous explique pourquoi dans ces pages).

Il n'en reste pas moins qu'il n'est pas très rassurant pour un commerçant d'apprendre que son client de demain traîne avec lui un ratio d'endettement parmi les plus élevés du monde.

Les dirigeants d'entreprises canadiennes ont donc de bonnes raisons de broyer du noir, mais ils ne doivent toutefois pas succomber aux seuls côtés sombres du contexte général.

On observe aux États-Unis - qui restent notre principal partenaire commercial - plusieurs signaux annonciateurs d'une embellie possible. Le marché immobilier reprend enfin un certain tonus, celui de l'emploi se redresse progressivement, les dépenses à la consommation du mois de septembre ont été surprenantes.

Les ménages canadiens sont peut-être surendettés, mais la valeur de leurs actifs est supérieure en moyenne à celles des ménages de plusieurs des pays comparables. Il faut bien se consoler quelque part...

44%

Proportion des chefs d'entreprise qui prévoyaient en juillet investir davantage au cours des 12 prochains mois, alors qu'ils ne sont plus maintenant que 37% à prévoir le faire.

29%

Part des dirigeants qui comptent investir moins dans leur entreprise dans la prochaine année, alors qu'ils étaient seulement 19% à penser ainsi en juillet dernier.

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