La bisbille s'amplifie dans les hôtels de Montréal

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Des employés ont manifesté hier devant le Holiday Inn Select du Quartier chinois à Montréal.

Les négociations s'enveniment dans le secteur hôtelier montréalais. Le Holiday Inn du quartier chinois a décrété un lock-out hier matin, au moment même où le syndicat représentant une vingtaine d'hôtels se dit prêt à adopter un crescendo de moyens de pression.

Le noeud du problème touche le plancher d'heures garanties. Plusieurs hôtels montréalais, qui négocient de façon simultanée le renouvellement de leurs conventions collectives, souhaitent faire passer de huit à quatre heures la durée minimale d'un quart de travail. Un recul inacceptable, selon la CSN, qui chapeaute la négociation.

«C'était sûr qu'en arrivant avec des demandes de recul, c'était voué à l'affrontement», a fait valoir à La Presse Affaires Michel Valiquette, porte-parole du secteur de l'hôtellerie à la Fédération du commerce CSN.

La centrale syndicale représente 5500 travailleurs de 35 hôtels québécois qui négocient ces jours-ci le renouvellement de leurs conventions collectives. Du nombre, 22 établissements se trouvent dans la région de Montréal.

Pour dénoncer le piétinement des pourparlers, les travailleurs de deux hôtels du centre-ville ont mené des grèves de quelques heures le week-end dernier. La grève du Holiday Inn Select Sinomonde s'est en fin de compte transformée en lock-out pour 92 syndiqués hier matin.

«Ce qui achoppe, c'est le huit heures garanti, a lancé Monique Gravel, présidente du syndicat local, pancarte à la main. C'est comme si on acceptait de travailler 20 heures par semaine dans les périodes tranquilles. C'est une coupe déguisée.»

De nombreux autocollants de la CSN recouvrent le Holiday Inn, dont certaines entrées ont été bloquées en raison du lock-out. Alain Crevier, directeur de l'établissement, n'a pu s'entretenir avec La Presse Affaires, hier après-midi. Il était occupé à «faire une chambre» au moment de notre passage, a-t-il fait savoir.

Le climat s'est aussi détérioré au Hyatt Regency, situé à quelques coins de rue. Selon la CSN, l'hôtel a mis ses 300 syndiqués en lock-out le 25 juillet dernier à la suite d'un moyen de pression jugé inacceptable - le port d'un foulard orange qui violait le code vestimentaire. L'employeur affirme plutôt que les travailleurs ont eux-mêmes choisi de déclencher la grève.

Quoi qu'il en soit, une enquête menée par le ministère du Travail indique que le Hyatt a contrevenu à certaines dispositions du Code du Travail. Au moins cinq cadres embauchés après le début des négociations et 20 autres employés «ont fait du travail des salariés en grève ou en lock-out», indique le rapport d'enquête obtenu par La Presse Affaires. Des briseurs de grève, dit la CSN.

Raymond Soumako, directeur général du Hyatt Regency, n'a pas voulu commenter la situation, hier. «Nous espérons trouver un terrain d'entente prochainement afin d'établir une nouvelle entente collective», a-t-il indiqué dans un bref courriel.

Industrie en difficulté?

La négociation simultanée des conventions collectives a permis d'améliorer de façon notable les conditions de travail dans les hôtels du Québec depuis 25 ans. Les préposés à l'entretien, qui gagnaient 10 cents de plus que le salaire horaire minimum à l'époque, font aujourd'hui «le double», a indiqué Michel Valiquette, de la CSN.

Or, l'industrie a changé, affirment les propriétaires d'hôtels. Dans un document commun, les trois principales associations québécoises soutiennent que les bénéfices ont reculé de 7% en moyenne depuis 10 ans, tandis que les coûts de main-d'oeuvre ont grimpé de 30% à 40%. Le mois de juillet aurait en outre été l'un des pires depuis 10 ans à Montréal, avec des recettes en baisse de 15%, avance-t-on.

«On demande aux employés syndiqués de négocier de bonne foi et de ne pas prendre les clients en otage», a dit Nicolas Korfage, porte-parole de l'Association des hôteliers du Québec.

Le syndicat et les employeurs ont une plateforme de discussion commune, mais les 35 conventions collectives (échues pour la plupart depuis le 30 juin) sont négociées individuellement dans chaque hôtel. Selon M. Korfage, les pourparlers progressent bien dans une majorité d'établissements.

La CSN, qui demande des augmentations salariales annuelles de 5% pendant trois ans et une hausse de 2% de la contribution patronale au régime de retraite, souhaite en arriver à un règlement «le plus vite possible». Pour le moment, toutefois, la négociation piétine dans plusieurs hôtels, soutient Michel Valiquette.

«Je ne peux pas dévoiler la stratégie, mais c'est sûr qu'à court terme, il y aura d'autres actions», a prévenu le syndicaliste hier.

Quinze hôtels ont en main des mandats de grève de 48 heures, et plusieurs autres votes se tiendront dans les prochains jours.

Quelques chiffres

35 - Hôtels en négociations au Québec

22 - Situés dans le Grand Montréal

5500 - Travailleurs syndiqués visés

-15% - Baisse des revenus hôteliers en juillet dans le Grand Montréal

Sources: CSN et Association des hôteliers du Grand Montréal

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