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L'éviction d'un locataire: jour de sortie
Photo: Ivanoh Demers, La Presse
Les locataires condamnés à l'éviction par la Régie du logement ne veulent pas quitter leur appartement. Règle générale, toutes leurs possessions sont encore bien en place quand l'huissier vient sonner à leur porte avec les déménageurs.
La vaisselle dans les armoires de cuisine. Les médicaments dans la salle de bains. Les sous-vêtements et articles intimes dans les tiroirs de la chambre à coucher. Tout, sans exception, doit être emballé et sorti de l'appartement à la vitesse grand V.
Chaque jour, les 14 employés de Mario Savard empaquettent la vie entière de locataires évincés de leurs logements, la plupart du temps pour non-paiement de loyer. Son entreprise de déménagement ne fait que ça, à Montréal et dans les environs. Entre sept et huit expulsions par quart de travail.
Les locataires condamnés à l'éviction par la Régie du logement ne veulent pas quitter leur appartement. Règle générale, toutes leurs possessions sont encore bien en place quand l'huissier vient sonner à leur porte avec les déménageurs. La réception est moins que chaleureuse.
«Une personne sur 10 est agressive et essaie de frapper l'huissier, dit Mario Savard, qui a fondé son entreprise de déménagement il y a 15 ans. Quand ça devient trop intense, on appelle les policiers.»
En trois petites heures, une équipe de trois hommes est capable d'emballer tout le contenu d'un logement de quatre pièces et de sortir les boîtes dans la rue, comme La Presse Affaires a pu le constater. La municipalité se charge d'entreposer les objets des locataires évincés pour une période de trois à six mois, le temps qu'ils trouvent -ou pas- un nouveau logis.
Les employés de Mario Savard en ont vu de toutes les couleurs au fil des expulsions. Des animaux momifiés, des montagnes d'excréments, des piqueries, des plantations de cannabis. «Depuis huit ans que je fais ce travail, j'ai trouvé deux cadavres», raconte sans émotion un déménageur en emballant de la vaisselle dans un appartement saccagé de l'arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil.
Hors de contrôle
Les huissiers savent qu'ils seront mal reçus en cognant à la porte d'un futur expulsé. «C'est une question de logique: la personne, on l'agresse, on lui enlève son toit», souligne Louis-Raymond Maranda, président de la Chambre des huissiers de justice du Québec.
Parfois, les choses deviennent vraiment hors de contrôle. M. Maranda relate des cas d'attaques à l'arme blanche, à la machette, des bousculades. «Mais s'il fallait porter plainte pour chaque menace de mort, on serait toujours en cour!»
La Chambre essaie de sensibiliser ses membres au «drame social» que représente l'éviction. Les huissiers sont aussi invités à rediriger les locataires vers les ressources d'aide disponibles.
L'éviction constitue le dernier recours des propriétaires aux prises avec un mauvais payeur et elle se fait souvent au terme de longues et coûteuses procédures devant la Régie du logement, voire la Cour supérieure. La chambre civile de la Cour du Québec a émis 4288 brefs d'expulsion l'an dernier. Cela se compare à 4465 en 2008.
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