Zoë Yujnovich, PDG d'Iron Ore du Canada: la dame de fer

Zoë Yujnovich, PDG d'Iron Ore du Canada.... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Zoë Yujnovich, PDG d'Iron Ore du Canada.

La Presse

Zoë Yujnovich a pris la direction des activités d'Iron Ore du Canada il y a deux ans maintenant. On était en sortie de crise et le mandat de la nouvelle PDG de cette division de l'acier du géant Rio Tinto était clair: mener à bien un programme d'investissements de cinq ans en vue d'augmenter de 70% la production de minerai de fer de son gisement de Labrador City.

Un programme qui va bon train et dont la complétion des deux premières phases devrait permettre d'augmenter d'ici la fin de l'année de 5,3 millions de tonnes la production de concentré et de boulettes de fer à Labrador City.

La prochaine phase qui est en attente des résultats des études de faisabilité devrait ajouter 6 millions de tonnes de minerai de fer d'ici la fin de 2014. Avant le début de ce vaste projet d'expansion, Iron Ore produisait 16 millions de tonnes de minerai dans ses installations canadiennes.

«Le marché du fer est beaucoup plus stable depuis le début de 2012 malgré la nervosité permanente qui génère la situation européenne», observe Zoë Yujnovich.

«Les prix sont beaucoup moins volatils que l'an dernier alors que tout le monde appréhendait une forte baisse de la croissance économique mondiale. En octobre 2011, le prix du fer a chuté de 30% en l'espace de deux semaines. C'était un peu excessif», souligne la PDG.

Une Australienne expatriée

Zoë Yujnovich a toujours oeuvré chez Rio Tinto depuis qu'elle a décroché son diplôme d'ingénieur à l'Université de Melbourne, en Australie, son pays d'origine.

Mais son parcours professionnel l'a amenée à relever différents défis dans autant de pays où la multinationale exerce sa présence.

Après avoir travaillé durant quelques années dans le secteur de l'aluminium en Australie, Rio Tinto l'a dépêchée aux Etats-Unis pour superviser un projet de développement durable dans l'Utah. Elle profite de son séjour américain pour compléter un MBA.

En 2007, l'entreprise la désigne pour épauler le PDG Tom Albanese au siège social de la multinationale à Londres. Durant deux ans, elle secondera le grand patron de l'entreprise australo-britannique dans une série de dossiers complexes dont celui de l'acquisition de la multinationale montréalaise Alcan.

Enfin, en 2008, Rio Tinto la nomme PDG de sa division brésilienne à Sao Paulo où elle déménage avec le mandat de procéder à une importante expansion de l'usine d'aluminium qu'elle y opère. Une expansion de 2 milliards, rien de moins.

«Mon projet d'expansion s'est radicalement transformé. Il s'agissait d'une petite usine où l'on produisait 4 tonnes d'aluminium par année. On projetait de hausser à 15 millions notre production annuelle.

«Avec la crise financière et la chute de la demande mondiale de l'aluminium, la situation a changé du tout au tout. J'ai dû procéder à la fermeture de nos activités de production au Brésil. Ce n'était plus du tout le même mandat. Ça nous a pris un an pour réaliser la fermeture tout en essayant de réduire au minimum ses effets négatifs sur la communauté», relate Zoë Yujnovich.Le défi canadien

C'est au terme de ce mandat brésilien que Rio Tinto a confié la présidence d'Iron Ore du Canada (IOC) à Mme Yujnovich, poste qu'elle occupe à Montréal depuis le 1er janvier 2010.

Contrairement à son expérience brésilienne, l'expansion canadienne s'est vraiment mise en marche comme prévue. Ainsi, en 2010, IOC a embauché 300 nouveaux travailleurs à Labrador City et à Sept-Îles. L'an dernier, 315 travailleurs additionnels ont été embauchés et l'expansion forcera la création de 300 nouveaux postes en 2012.

«Malgré les aléas du marché, on sait que la demande pour le fer va rester forte pour de nombreuses années encore. Aujourd'hui, la moitié de notre production est destinée à des projets d'infrastructures. La demande n'est plus dictée par les produits de consommation. Elle est donc moins sujette aux baisses de la consommation», explique Zoë Yujnovich.

IOC exporte 33% de sa production en Chine, 33% en Europe et 33% en Amérique. Même s'il faut compter 45 jours pour livrer le minerai en Chine contre huit jours seulement pour le fer australien, les Chinois sont friands de notre minerai en raison de sa grande pureté.

«Le fer que produit Iron Ore est un produit haut de gamme, on a un avantage concurrentiel de taille», souligne la PDG.

Plan Nord

Même si Iron Ore n'exploite pas de gisement de fer au Québec et que ses activités à Sept-Îles touchent essentiellement le transport du minerai de la mine de Labrador City vers les marchés d'exportation, l'entreprise va tout de même profiter des retombées du Plan Nord.

«Le chemin de fer que l'on a construit et que l'on opère au Nord de Sept-Îles pour acheminer notre production de Labrador City dessert également les autres producteurs miniers plus au Nord, à Wabush, Schefferville ou Bloom Lake.

«Il faut pratiquement doubler notre capacité de transport pour la faire passer de 33 millions de tonnes à 55 millions de tonnes, ce sont des investissements importants qui vont permettre d'acheminer tout le minerai du Nord vers Sept-Îles», indique Zoë Yujnovich.

Une fois que le programme d'expansion de cinq ans aura été complétée, est-ce que la jeune PDG envisage de devenir première ministre du Canada?

«Beaucoup de gens me posent la question, répond-elle en riant. Brian Mulroney a vraiment marqué les 50 ans d'histoire d'Iron Ore du Canada. Mais non, je ne pense pas devenir première ministre du Canada.»

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