Une récession au Québec avec le président Trump?

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Avec un président Trump qui met fin à l'ALENA, le Québec plonge en récession, croit le Mouvement Desjardins.

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Hillary Clinton veut renégocier l'ALENA, tandis que Donald Trump parle carrément de mettre fin « au pire accord de libre-échange des États-Unis ». L'ALENA est-il en danger ? Non, peu importe le résultat électoral de ce soir, estiment les experts. Heureusement pour l'économie québécoise, car le scénario catastrophe évoqué par Donald Trump pourrait plonger le Québec en récession, croit le Mouvement Desjardins.

Renégocier ou quitter ?

La candidate démocrate veut « revoir » et « renégocier » l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), comme tous les traités de libre-échange des États-Unis. Mme Clinton a déjà eu de bons mots pour l'ALENA comme première dame des États-Unis, puis comme sénatrice de New York, mais elle a dit que l'ALENA avait été « une erreur » lors des primaires démocrates en 2007.

Le candidat républicain veut renégocier de fond en comble ou quitter l'ALENA, la « pire entente de libre-échange » des États-Unis. « Si nous n'avons pas une meilleure entente, nous nous retirerons », a-t-il dit.

Récession en vue ?

Si Donald Trump est élu à la Maison-Blanche et déchire l'ALENA, le Québec entrera-t-il en récession ? Oui, croit le Mouvement Desjardins. « Une récession canadienne serait envisageable », écrit Francis Généreux, économiste principal chez Desjardins, dans une note publiée au début de novembre. « L'effet pourrait être particulièrement important pour les provinces où la fabrication joue un plus grand rôle, comme le Québec et l'Ontario », écrit-il. « Tout irait trop vite pour que l'économie québécoise puisse s'ajuster », dit en entrevue Francis Généreux, qui prévoit un recul d'au moins 1 % du produit intérieur brut canadien durant six mois si les États-Unis mettent fin à l'ALENA. 

Décision finale au Congrès...

S'il est élu, Donald Trump ne peut pas déchirer seul l'ALENA, nuance Richard Ouellet, professeur en droit économique international à l'Université Laval. L'ALENA prévoit qu'un pays peut mettre fin au traité avec un préavis écrit de six mois. Le président américain est responsable des traités internationaux, mais il doit avoir l'appui du Congrès américain, notamment pour imposer de nouveaux tarifs commerciaux. « Il y a une incertitude sur cette question au sein des experts. Plusieurs éléments de l'ALENA supposent des changements législatifs qui demandent une loi du Congrès, dit Richard Ouellet. Quand les États-Unis ont adopté l'ALENA, ça avait pris une loi du Congrès. Ça devrait aussi en prendre une pour en sortir. »

... qui refuserait probablement

L'ancien ambassadeur du Canada à Washington Raymond Chrétien ne « voit pas » le Congrès américain mettre fin à l'ALENA, même sous une présidence Trump et un fort climat protectionniste. « On est vraiment dans les hypothèses, mais je ne vois pas le Congrès le faire. D'accord, le Congrès pourrait avoir une attitude très dure à l'égard du Partenariat transpacifique qui n'est toujours pas en vigueur, mais un vieil accord comme l'ALENA, je ne crois pas que ce soit possible. Je ne vois pas le Congrès remettre en question une entente en vigueur depuis 22 ans », dit M. Chrétien, ambassadeur à Washington de 1994 à 2000 et aujourd'hui associé et conseiller au cabinet d'avocats Fasken Martineau.

Comme avant

Hillary Clinton indique vouloir renégocier l'ALENA, mais l'ex-ambassadeur Raymond Chrétien ne croit pas qu'une administration Clinton passerait de la parole aux actes dans ce dossier. « Ça va continuer comme avant, dit M. Chrétien. Elle a fait ça pour Bernie Sanders [lors des primaires démocrates]. Il se pourrait fort qu'il n'y arrive rien, ou seulement des changements mineurs pour améliorer le transfert de travailleurs. L'élection de Mme Clinton est beaucoup moins préoccupante que celle de M. Trump pour l'ALENA. » L'ALENA est entré en vigueur sous l'administration de Bill Clinton, qui avait convaincu des élus démocrates au Congrès d'appuyer l'accord signé en décembre 1992 par le président américain George H.W. Bush - ce dernier venait d'être défait aux élections par Bill Clinton.

Hillary Clinton sur l'ALENA au fil des ans

1996: « Je pense que tout le monde est en faveur d'un libre-échange juste. Je pense que l'ALENA a prouvé sa valeur. » (discours devant des syndiqués alors que Mme Clinton est première dame des États-Unis)

2004: « Au final, l'ALENA a été bon pour l'État de New York et les États-Unis, mais il y a un certain nombre d'enjeux où nous n'avons pas négocié [de la bonne façon] avec notre ami du nord. » [durant une conférence téléphonique alors que Mme Clinton était sénatrice de l'État de New York]

2007: « L'ALENA a été une erreur au sens où il n'a pas livré ce que nous espérions, et c'est pourquoi je demande un arrêt [des traités de libre-échange]. »  - Durant un débat à CNN alors que Mme Clinton était candidate à l'investiture démocrate à la présidence.

Avec NPR et Politifact.com

L'exemple d'Obama

En 2007, le candidat démocrate à la présidence Barack Obama parlait aussi « d'amender l'ALENA » pour y inclure « des accords sur la main-d'oeuvre ». L'administration Obama n'a pas fait de modifications à l'ALENA. Une clause qui fait hésiter un gouvernement américain à rouvrir l'entente : le chapitre 6 garantissant l'exportation d'un pourcentage de la production canadienne de pétrole aux États-Unis. « C'est une clause qui rassure beaucoup les Américains. [...] sans cette clause, le Canada pourrait décider de tester les marchés internationaux », dit le professeur de droit Richard Ouellet.

Protectionnisme à la Clinton

S'il estime qu'une administration Clinton serait « probablement moins perturbatrice qu'une administration Trump en matière de libre-échange », l'économiste Charles St-Arnaud, de la firme Nomura, écrit qu'elle « aurait tout de même quelques impacts négatifs » pour l'économie canadienne. Mme Clinton serait « probablement moins pro-libre-échange que les présidents précédents », ce qui fait croire à Charles St-Arnaud qu'il y aurait une « hausse probable des frictions canado-américaines sur le libre-échange ». L'économiste de Nomura donne trois exemples : le bois d'oeuvre, l'aide gouvernementale à Bombardier et la gestion de l'offre des produits laitiers et de la volaille.

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