Obama, le négociateur fiscal

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Barack Obama

Les Américains sont moins riches, moins égaux et moins nombreux à travailler qu'il y a quatre ans. Aux prises avec la pire récession en un demi-siècle, le président Barack Obama aura eu un premier mandat très difficile au plan économique. Durant son deuxième mandat qui s'amorce lundi avec son assermentation à Washington, Barack Obama devra s'attaquer à un enjeu économique crucial à long terme: l'état des finances publiques.

Lors de son deuxième mandat, le président Barack Obama ne devrait pas être aux prises avec la plus importante récession depuis la Deuxième guerre mondiale. Son principal défi économique est tout autre. Moins spectaculaire, mais plus important, font valoir les experts. Cette fois-ci, Barack Obama doit sauver les finances publiques américaines.

Par rapport à la taille de l'économie, la dette américaine n'a jamais été imposante depuis 1947. Le déficit du gouvernement fédéral américain est le plus élevé des pays du G8, toutes proportions gardées. Et Barack Obama ne retrouve coincé: son budget est contrôlé par le Congrès, notamment la Chambre des représentants à majorité républicaine.

«L'administration Obama a beaucoup de défis à faire face avant de pouvoir accomplir quoi que ce soit», dit l'économiste Jeffrey Frankel, professeur à l'Université Harvard et membre du Conseil des conseillers économiques sous l'administration Reagan et Clinton.

«L'économie reste en otage entre la Maison-Blanche et la Chambre. Personne ne semble vouloir lâcher le morceau», dit Francis Généreux, économiste au Mouvement Desjardins.

Pour éviter de toucher le «mur budgétaire» - une série de coupes budgétaires et de hausses d'impôt qui pourraient replonger le pays en récession -, les politiciens à Washington ont accouché d'une demi-solution en début d'année: des hausses d'impôt pour les contribuables gagnant plus de 400 000$, tandis que les coupes budgétaires de 131 milliards par année ont été retardées au 1er mars. La Maison-Blanche et le Congrès ont ainsi quelques semaines pour modifier leur entente de l'été 2011 sur les coupes budgétaires.

L'administration Obama a-t-elle obtenu une victoire en janvier, ou est-ce une trêve de courte durée? «Obama a obtenu moins de hausses d'impôt que ce qu'il voulait durant la campagne, mais il est quand même allé chercher quelque chose que les Républicains refusaient net au départ, dit l'économiste Francis Généreux. Mais comme le mur budgétaire n'a pas amené de grande entente fiscale, on a l'impression que le président Obama va être pris dans des débats qui n'en finiront plus avec le budget. En ce sens, sa réélection n'a rien réglé.»

De nouveaux épisodes pourraient s'ajouter à la saga des négociations fiscales au cours des prochains mois. En mars, le Congrès doit autoriser le budget du gouvernement ainsi qu'une nouvelle hausse du plafond de la dette pour que le gouvernement puisse légalement continuer à emprunter. Sans une nouvelle entente, des coupes importantes d'environ 130 milliards par année dans les dépenses militaires et gouvernementales entreront en vigueur. «Une minorité des républicains ne veulent pas augmenter le plafond de la dette parce qu'ils ne veulent pas augmenter la taille du gouvernement, dit l'économiste Jeffrey Frankel. Ils veulent réduire le déficit et la dette seulement en coupant dans les dépenses. Ils ne réalisent pas que c'est impossible. C'est une simple question d'arithmétique.»

Une question d'arithmétique dont l'importance ne fait que grandir. «Les Etats-Unis ont un sérieux problème fiscal à long terme, sur un horizon de 10 à 20 ans», dit l'économiste Jeffrey Frankel.

Quand il quittera la Maison-Blanche en 2016, Barack Obama ne parviendra vraisemblablement pas à éliminer le déficit, prévu pour 649 milliards ou 3,4% du PIB. Les États-Unis n'ont pas connu de budget équilibré depuis la première année de la présidence de George W. Bush, en 2001. «L'origine du problème, ce sont les baisses d'impôt de George W. Bush, en même temps que sa hausse rapide des dépenses, dit l'économiste Jeffrey Frankel. Une solution aurait été de revenir aux taux à l'époque de Bill Clinton - peut-être pas tout de suite, mais de façon progressive.»

L'administration Obama a choisi une autre voie: conserver les baisses d'impôt de George W. Bush pour les contribuables de moins de 400 000$, puis négocier le reste des coupes budgétaires avec le Congrès. «Il faut un petit peu de tout, dit Jeffrey Frankel. Obama le sait, les républicains plus responsables le savent aussi. Si seulement les républicains responsables peuvent arrêter d'être mis en otage par la franche plus radicale de leur parti....»

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