Buffett et la Fed s'accordent sur les risques économiques

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Warren Buffett

Jean Gagnon., collaboration spéciale
La Presse

Jusqu'à hier, on croyait que le célèbre Warren Buffett demeurait confiant quant aux perspectives de l'économie américaine. De son côté, la Réserve fédérale (Fed) se voulait également rassurante, se contentant à sa dernière réunion le 19 et 20 juin de prolonger l'opération Twist. Elle s'est aussi abstenue de mettre en place un troisième programme d'assouplissement quantitatif comme plusieurs le réclamaient.

Mais autant le vénérable investisseur américain que la banque centrale semblent maintenant plus inquiets. Au cours d'une entrevue accordée à CNBC hier matin, Warren Buffett a dit qu'il estimait que la croissance de l'économie américaine avait ralenti à un point tel qu'elle était maintenant nulle. Depuis le début de l'année, et malgré les aléas de la crise européenne, il avait plusieurs fois réitéré sa confiance que la croissance se poursuivrait sans interruption.

L'Oracle d'Omaha, comme le surnomme ses admirateurs, croit également que la situation s'est dégradée rapidement en Europe au cours des dernières semaines. Il blâme le manque de leadership des autorités, se demandant même qui dirige là-bas.

À la Fed, la publication du compte rendu de la dernière réunion indique que, là aussi, l'inquiétude augmente. Bien qu'ils ne soient que 12 à voter sur les mesures à prendre pour atteindre les objectifs de plein emploi et d'inflation, on compte 19 participants aux réunions du Federal Open Market Committee (FOMC) d'où émanent les décisions concernant la politique monétaire. Ce sont les présidents et les gouverneurs des différentes réserves fédérales régionales. Chacun d'eux est appelé à émettre son opinion. Les comptes rendus des débats sont publiés trois semaines après la réunion.

Le compte rendu de la dernière réunion révèle que 15 participants croient que les risques concernant l'économie pointent vers un ralentissement comparativement à 8 au cours de la réunion précédente en avril. Quant au taux de chômage, 13 participants craignent maintenant qu'il monte, alors que 9 seulement étaient de cet avis en avril.

Bien que la Fed se soit contentée de prolonger l'opération Twist, qui consiste à acheter des obligations à long terme en échange d'obligations à court terme, on a aussi débattu au cours de la réunion de l'opportunité de mettre en place un troisième programme d'assouplissement quantitatif. Comme les chiffres de l'emploi pour le mois de juin ont été décevants, alors que seulement 80 000 nouveaux emplois ayant été créés, on peut croire que de plus en plus de participants au FOMC pourraient se rallier autour de cette mesure au cours de la prochaine réunion.

Une anxiété bien contenue

C'est peut-être pour cette raison que le degré d'anxiété sur les marchés n'est pas très élevé. En effet, bien que la Bourse américaine ait baissé au cours des six dernières séances, l'indice de volatilité VIX se situait à 18. Le VIX est la mesure de la volatilité de l'indice S&P 500. Plus il est élevé, plus il indique que l'anxiété chez les investisseurs est grande.

Depuis trois mois, le VIX a varié entre 16 et 28. C'est au début du mois de juin, au moment de l'élection grecque et alors que des banques espagnoles étaient en détresse, qu'il a atteint son niveau le plus élevé.

Les problèmes semblent toujours être les mêmes, soit la crise européenne, le ralentissement de l'économie chinoise et des pays émergents et la situation budgétaire américaine. Et c'est peut-être la raison pour laquelle le degré d'anxiété des investisseurs n'est pas plus élevé, explique Art Hogan, directeur résidant chez Lazard Capital Markets à New York.

«Nous sommes en zone neutre alors que les actions sont peu coûteuses, mais que personne ne veut acheter à cause de ces risques macro-économiques si bien publicisés», disait hier le stratège en entrevue à CNBC. Les investisseurs sont immunisés entre autres contre les nombreux départs et aussi nombreux ratés des plans de sortie de crise en Europe, selon lui.

Toutefois, on observe sur la scène financière qu'une trop grande complaisance conduit souvent à une forte correction. Rappelons qu'une situation similaire avait cours en juillet l'année dernière. Après quelques mois de variations entre 15 et 20 durant les mois précédents, le VIX a explosé à 40, et l'indice S&P 500 est passé de 1350 à 1100 en quelques semaines.

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