Économie américaine: le paradoxe californien

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Les autorités californiennes tablent sur une reprise des marchés immobiliers, comme ici dans ce secteur de Vista.

(Los Angeles) L'an dernier, mon ami Sheldon, propriétaire d'un studio d'enregistrement à L.A., a eu tellement peu de clients qu'il hésitait avant d'aller manger un sandwich au resto près de chez lui.

«Cette année, je n'ai pris que cinq jours de congé depuis le 1er janvier, m'a-t-il confié récemment. Je suis épuisé, mais je suis heureux.»

S'il ne va pas au resto, c'est parce qu'il n'a pas le temps: un livreur lui apporte son repas chaque midi.

Si vous débarquez en Californie cet été, ne soyez pas surpris d'avoir du mal à identifier les effets de la crise économique. Les autoroutes à six voies débordent de voitures neuves. De nouveaux restaurants apparaissent chaque semaine. Des villas de Beverly Hills changent de main à prix d'or. Les hôtels sont bondés et refusent des clients.

Tout ça, dans un État au budget écorché, avec un taux chômage de 10,8%.

C'est le paradoxe californien: tandis que les grands centres urbains redémarrent après la crise, les régions périphériques, dépendantes du boom immobilier des années 2000, sont toujours au point mort.

Villes insolvables et sociétés en expansion

La semaine dernière, la ville de Stockton, dans le centre de l'État, est devenue la plus grande ville aux États-Unis à déclarer faillite. La ville de 300 000 habitants avait entrepris des projets d'expansion importants au moment où tout le monde était persuadé que l'immobilier était une valeur sure. Aujourd'hui, elle doit plus de 700 millions US à ses créanciers, et entend couper dans les régimes de pension de ses employés.

Parallèlement, à quelques heures de route de là, Twitter, le géant des réseaux sociaux dont la valeur est évaluée à 8 milliards US, vient d'emménager dans un immeuble historique situé dans le quartier Tenderloin de San Francisco, jusqu'ici occupé par des vendeurs de cracks et des magasins de prêteurs sur gages. L'entreprise compte quintupler son nombre d'employés d'ici 2014.

Les exemples de cette dichotomie sont nombreux. À la Ville de San Jose, on a licencié des centaines de policiers et de pompiers au cours des dernières années. Cette semaine, on a appris que la ville, située près de la Silicon Valley, allait recevoir un bureau fédéral des brevets, une première dans l'Ouest américain. En 2010, plus de 30 800 demandes de brevet sont venues de Californie, soit 25% des demandes totales aux États-Unis. Le mois dernier, Apple a déposé à elle seule 10 demandes de brevet, et Google et Intel ne sont pas loin derrière.

La situation paradoxale de l'État va perdurer encore en 2013 et 2014, selon les experts. Au-delà, la croissance devrait reprendre de plus belle façon.

Ed Leamer, économiste à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), a récemment dit que la situation de l'État devrait s'améliorer, mais très tranquillement.

«Les problèmes actuels ne vont pas se dissiper demain matin. Toutefois, le marché immobilier se remet sur pied, ce qui promet de la croissance dans les années à venir, même si les consommateurs et le gouvernement sont plus frugaux.»

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TAUX DE CHÔMAGE AUX É.-U.

Les cinq pires États

Nevada 12,3%

Rhode Island 11%

Californie 10,9%

Caroline-du-Nord 9,9%

Mississippi 9,5%

Les cinq États en meilleure posture

Dakota-du-Nord 3,1%

Nebraska 4,1%

Dakota-du-Sud 4,3%

Vermont 4,9%

New Hampshire 5,2%

moyenne 8,3%

Source: Marchés capitaux BMO

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