1200 milliards US pour sauver Wall Street

Les banques canadiennes ont reçu une aide secrète... (Photo Karen Bleier, Agence France-Presse)

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Photo Karen Bleier, Agence France-Presse

Les banques canadiennes ont reçu une aide secrète du président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke.

(Los Angeles) La Réserve fédérale américaine a secrètement prêté 1200 milliards US aux institutions de Wall Street entre 2007 et 2010, une mesure d'urgence qui leur a permis de survivre durant les jours sombres de la crise financière.

De grandes banques canadiennes ont aussi profité de cette bouée de sauvetage: à l'insu du public et des investisseurs, elles ont reçu une injection de 27 milliards US, au moment où leur capitalisation boursière frôlait l'abîme.

Ainsi, la Banque Royale du Canada, la plus grande banque au pays, a reçu 6,9 milliards US de la Fed. Au plus fort de la crise, en mars 2009, ce prêt représentait 22% de la capitalisation boursière du géant bancaire canadien.

Ces données ont été révélées hier par Bloomberg News, qui a analysé 29 000 pages de documents de la Fed jamais rendus publics auparavant. Bloomberg a pu retracer quelque 21 000 prêts, dont la valeur collective est de 1200 milliards US, soit bien delà des 700 milliards US du programme officiel TARP, largement rendu public et approuvé par le Congrès américain.

Les institutions les plus visées par le programme de la Réserve fédérale étaient les gros joueurs de Wall Street. Morgan Stanley a ainsi reçu 107 milliards US en prêts, ce qui représentait à l'époque 770% de sa capitalisation boursière. Citigroup a reçu 100 milliards US, et Bank of America, 91 milliards US.

Les banques canadiennes ont bien réussi au lendemain de la crise de 2008-2009. Cela leur a valu une aura d'infaillibilité et l'estime d'experts internationaux. Il semblerait aujourd'hui qu'elles doivent une fière chandelle à Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale des États-Unis.

À la Banque Scotia, les prêts de la Fed totalisaient 9,5 milliards US en janvier 2009. À cette époque, cette injection d'argent représentait 40% de la capitalisation boursière de Scotia, selon les données de Bloomberg, obtenues grâce à la loi américaine d'accès à l'information.

Des prêts ont également été octroyés à Banque TD (6,6 milliards), CIBC (2,2 milliards), et à la Banque de Montréal (1,8 milliard). Les banques ont graduellement remboursé la Réserve fédérale à la fin de 2009 et en 2010, au moment où leur valeur boursière s'était améliorée. Les 27 milliards en prêts ont été accordés aux banques canadiennes au moment où les patrons des banques rassuraient leurs clients et investisseurs sur la qualité de leur situation financière.

»La crise est finie»

En point de presse à Montréal, le 18 juin 2009, le président du conseil et PDG de la Banque Royale du Canada, Gordon Nixon, se montrait rassurant. «Je crois que la crise financière est finie, si l'on définit cela comme une crise», a-t-il dit.

Au même moment, la Banque Royale devait encore rembourser près de 6 milliards US à la Réserve fédérale américaine, un montant qui correspondait au quart de sa capitalisation boursière du moment.

Hier, Raymond Chouinard, directeur des relations publiques à la RBC, n'a pas voulu réagir aux données de Bloomberg.

«Nous ne pouvons commenter ce que vous nous demandez de commenter, car nous sommes dans la période silencieuse, nos résultats financiers vont paraître à la fin de cette semaine», a dit M. Chouinard à La Presse.

Ann DeRabbie, directrice des communications à Banque Scotia a eu ce commentaire: «Les banques centrales au Canada, en Angleterre, dans l'Union européenne, en Suisse et aux États-Unis ont offert des mesures destinées à améliorer la liquidité à court terme des marchés financiers. Des banques partout dans le monde, dont au Canada, ont participé à ces mesures.»

Au plus fort de la crise, la Fed a pu fournir une dose sans précédent de capital aux plus grandes institutions financières du monde, et ce, sans avoir à demander l'imprimatur du Congrès. En février 2009, alors que les prêts accordés par la Fed atteignaient leur zénith, les banques canadiennes ont dévoilé des bénéfices supérieurs aux prévisions des analystes.

Gavin Graham, directeur à la division de gestion des actifs de la Banque de Montréal, y avait vu un signe positif. «Cela démontre la force des banques canadiennes», avait-il dit.

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