Après une série noire, la Fed soutient le rebond des Bourses

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La Fed devrait chercher un compromis délicat entre des indications propres à rassurer les investisseurs du monde entier, et une formulation qui soit acceptable pour les ennemis de l'inflation.

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    Hugues Honoré

La Bourse de New York et les places américaines ont signé un spectaculaire rebond mardi dans un climat de tension extrême, confirmant le timide rebond des Bourses européennes, à la suite des commentaires de la banque centrale américaine.

Wall Street a accéléré ses gains à un rythme effréné peu avant sa clôture, pour envoyer le Dow Jones en hausse de 3,98% et le Nasdaq de 5,29%. La Bourse de Toronto a repris 3,75%, Sao Paolo 5%, et Buenos Aires 4,58% après en avoir lâché plus de 10%.

La Réserve fédérale a annoncé qu'elle allait garder son taux d'intérêt directeur près de zéro «au moins jusque mi-2013» et qu'elle envisageait de nouvelles mesures de relance pour aider l'économie. C'est la première fois que l'institution prend un engagement aussi précis.

La réaction initiale du marché avait été négative. La Fed a en effet reconnu que ces annonces étaient justifiées par une croissance «considérablement plus lente» qu'attendu et des risques qui «se sont accrus».

«La Fed se rapproche de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire, malgré des dissensions (au sein du comité, ndlr). Un relance supplémentaire, toutefois, ne signifie pas forcément un nouveau programme à grande échelle de rachat d'actifs», observe Harm Bandholz, d'UniCredit Research.

Ian Shepherdson, de High Frequency Economics, prévenait de son côté que «la barre est de fait très haute, compte tenu de la forte résistance sur le Capitole de la part de parlementaires républicains, ndlr et au sein des branches régionales de la Fed».

Le détail des mesures considérées n'a pas été fourni.

De Séoul à Paris en passant par Londres, les places financières avaient soufflé le chaud et le froid toute la journée, affolées par des craintes d'une nouvelle récession aux États-Unis et d'une contagion de la crise de la dette en zone euro à l'Espagne et à l'Italie.

Au plus fort de la chute mardi, les marchés européens ont dévissé de 4% à  6%, se rapprochant d'un krach boursier, considéré comme une chute brutale des Bourses d'au moins 20% en quelques jours ou de 10% sur une journée. Sur une semaine, Paris avait perdu plus de 13%, Londres un peu plus de 15% et Francfort près de 19%.

«C'est une panique générale», confiait Chris Weston, de chez IG Markets à Melbourne.

Mais à la mi-séance en Europe, les investisseurs ont subitement arrêté de liquider leurs titres, convaincus que la banque centrale américaine annoncerait des mesures pour relancer la machine économique.

«Les investisseurs réalisent que les cours des actions sont aberrants et rachètent timidement quelques titres», rapporte Renaud Murail, gérant d'actions chez Barclays Bourse.

La tâche est délicate pour la Fed, qui va devoir jouer les équilibristes.

Comment en effet injecter des liquidités dans le système financier pour soutenir la croissance et éviter que les banques ne ferment le robinet du crédit, alors que les agences de notation fustigent le niveau trop élevé des déficits américains?

Les Etats-Unis ne disposent plus de «munitions politiques» pour relancer la croissance parce qu'ils sont engagés dans une austérité fiscale, a lancé, pessimiste, l'économiste Nouriel Roubini.

Nombre de Bourses du Vieux Continent ont retrouvé des couleurs mardi: en clôture Paris a gagné 1,63%, Londres 1,89%, tandis que Francfort terminait à l'équilibre (-0,10%).

Madrid a fini en baisse de 0,36% et Milan en hausse de 0,52%. Les gouvernements des deux pays restent soumis à la pression des investisseurs et des agences de notation, malgré la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de racheter, sur le marché de gré à gré, leur dette publique. Les taux auxquels les deux pays empruntent ont beaucoup baissé.

«Dans des phases de tension extrême il est courant de voir de tels mouvements de montagnes russes», a commenté Renaud Murail, gérant d'actions chez Barclays Bourse.

En Asie, qui a ouvert directement dans le sillage de la lourde chute enregistrée à Wall Street lundi, on a également frôlé la catastrophe. La Bourse de Séoul a plongé de 10% en séance avant de finalement clôturer sur une note moins dramatique à -3,64%, son plus bas niveau depuis septembre 2010.

Hong Kong a fini à -5,66% et Tokyo a cédé 1,68%. Seule Bourse à surnager, Sydney a gagné 1,2%, soutenue par «une chasse aux bonnes affaires».

Signe de la nervosité, les investisseurs se ruaient vers les placements financiers considérés comme sûrs. L'or a ainsi atteint un plus haut à 1780,10 dollars américains l'once.

Le franc suisse a touché un nouveau record face à l'euro et au dollar, respectivement à 1,0094 franc et 0,7091 franc. La monnaie européenne a tout de même nettement progressé face au dollar, affecté par les annonces de la Fed. Il remontait à 1,4368 dollar vers 16h50.

Les prix du pétrole se sont repliés, dans un marché inquiet de voir la banque centrale américaine confirmer ses propres craintes sur l'état de la croissance et donc d'un éventuel impact sur la demande en énergie.

Depuis la crise financière de 2008, les investisseurs, particuliers comme professionnels (fonds d'investissements...), n'hésitent plus à liquider leurs titres à la moindre alerte afin de protéger leur mise de départ, selon des analystes.

Ils sont allergiques aux signes d'essoufflement de la croissance américaine, surtout après la dégradation historique de la note de crédit de la première puissance économique mondiale vendredi soir.

La zone euro ne parvient pas non plus à convaincre les investisseurs de sa volonté d'éviter une contagion de la crise de la dette publique qui menace d'emporter l'Italie et l'Espagne.

Les responsables européens se sont pourtant une nouvelle fois efforcés de rassurer.

La ministre espagnole de l'Economie, Elena Salgado, a affirmé que l'Espagne était «très loin d'avoir besoin» d'un plan de sauvetage.

L'Allemagne a proposé la création d'un «conseil de stabilité» pour accompagner les pays de la zone euro dans leurs réformes. Cette instance distribuerait aussi les bons et les mauvais points aux Etats membres.

Des difficultés financières de l'Italie et de l'Espagne, troisième et quatrième économies de la zone euro, précipiteraient l'implosion de l'euro, estiment les économistes.

Mais l'Allemagne et la France, les deux piliers politiques de l'Union monétaire européenne, s'opposent sur une augmentation de la taille du Fonds d'aide européen (FESF) en cas d'appel au secours de Rome ou de Madrid.

Créé en 2010 pour venir en aide à la Grèce, à l'Irlande puis au Portugal, le FESF est actuellement doté de 750 milliards d'euros, mais avec une capacité effective de prêts de seulement 440 milliards d'euros, insuffisante pour sauver l'Italie.

Les pays endettés doivent adopter des politiques «monétaires et budgétaires concrètes et responsables» afin de rétablir la confiance des marchés, a réclamé mardi le Premier ministre chinois Wen Jiabao.

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