TransCanada enterre son controversé projet Énergie Est

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«À la suite d'une analyse approfondie des nouvelles exigences (...) nous ne poursuivrons pas les démarches», a fait savoir le président et chef de la direction de la société albertaine, Russ Girling, jeudi, par voie de communiqué.

Photo Daniel Acker, Archives Bloomberg

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Mylène Crête
La Presse Canadienne
OTTAWA

Les changements apportés au processus d'évaluation environnementale de l'Office national de l'énergie (ONÉ) ont eu raison du controversé projet d'oléoduc Énergie Est, que TransCanada vient d'enterrer.

Cette décision a encore une fois révélé les divisions au pays sur la question des oléoducs.

«À la suite d'une analyse approfondie des nouvelles exigences (...) nous ne poursuivrons pas les démarches», a fait savoir le président et chef de la direction de la société albertaine, Russ Girling, jeudi, par communiqué.

Au début du mois de septembre, l'organisme fédéral avait accepté d'interrompre l'évaluation du projet pour une période de 30 jours à la suite d'une demande déposée par l'entreprise énergétique établie à Calgary. Cette suspension du processus d'évaluation arrivait à échéance le 8 octobre.

L'ONÉ avait décidé en août d'élargir ce processus pour tenir compte de la production de gaz à effet de serre (GES) en amont et en aval du projet, donc non seulement durant la construction et l'exploitation de l'oléoduc, mais également pour les phases de production et de consommation du pétrole qui y circulerait.

En tirant un trait sur Énergie Est, TransCanada se retirera du processus d'examen environnemental du ministère québécois du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

La mise en service du projet, dont la facture était estimée à 15,7 milliards, était prévue pour 2020.

Ce tuyau d'environ 4600 kilomètres visait à acheminer quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux albertains jusqu'à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, en plus d'approvisionner les raffineries de Suncor à Montréal et de Valero à Lévis.

Le projet comprenait la transformation d'un gazoduc de 3000 kilomètres en oléoduc et la construction d'un nouvel oléoduc de 1600 kilomètres.

TransCanada met donc également fin au Réseau principal Est, qui aurait servi à approvisionner la grande région de Toronto en gaz naturel après la conversion du gazoduc.

La décision de TransCanada d'abandonner ces deux projets aura des répercussions sur sa performance financière, puisque l'entreprise prévoit inscrire une charge après impôt d'environ 1 milliard dans ses résultats du quatrième trimestre. L'entreprise a refusé les demandes d'entrevue.

La faute du gouvernement?

«C'est une triste journée pour le Canada aujourd'hui», a affirmé le député conservateur Gérard Deltell.

L'opposition conservatrice a accusé le gouvernement Trudeau de créer deux poids deux mesures en soumettant les projets de transport du pétrole de l'Alberta à des standards qui ne sont pas appliqués pour le pétrole importé de l'étranger.

«Le pétrole du Canada doit soumettre les émissions de GES qui vont être créées quand il est consommé, mais pas le pétrole du Venezuela, de l'Arabie saoudite et de l'Algérie», a dénoncé la chef adjointe du Parti conservateur, Lisa Raitt.

Elle a talonné le gouvernement à la période des questions en lui reprochant de mettre les intérêts étrangers devant ceux des Canadiens.

«15 000 personnes qui auraient pu avoir un emploi vont en payer le prix», a-t-elle soutenu.

«Les conditions du marché ont fondamentalement changé depuis le dépôt du projet», a rétorqué le premier ministre Justin Trudeau, en précisant que son gouvernement avait approuvé trois projets d'oléoducs depuis qu'il est au pouvoir.

Il s'agit de l'agrandissement du gazoduc NOVA Gas Transmission de TransCanada en Alberta, du remplacement de la Ligne 3 d'Enbridge qui s'étend de l'Alberta au Manitoba et du projet d'oléoduc TransMountain de Kinder Morgan, de l'Alberta à la Colombie-Britannique.

La Ligne 3 et TransMountain représentent des investissements de 11,6 milliards qui créeront des milliers d'emplois, a fait valoir le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr.

Il a défendu le processus d'évaluation environnementale plus rigoureux mis sur pied en janvier.

«Quelle est la suite logique à votre question, que nous devrions évaluer des projets de ressources naturelles au Canada de la même façon qu'ils le sont au Venezuela? Je ne crois pas», a-t-il répondu à un journaliste.

«Notre rôle est d'encadrer le mouvement des ressources naturelles d'un bout à l'autre du pays et ça doit être fait de façon responsable et juste aux yeux des Canadiens», a-t-il ajouté.

Inutile de blâmer le gouvernement puisque TransCanada avait déjà l'intention d'abandonner Énergie Est, selon le député libéral Randy Boissonneault.

«Le 29 mai, j'ai eu une rencontre avec le ministre (de l'Infrastructure Amarjeet) Sohi et Russ Girling, le pdg (de TransCanada), qui nous a dit que si Keystone XL était approuvé, il ne serait pas question de construire Énergie Est», a révélé l'élu albertain.

L'attaché de presse du ministre Sohi a confirmé cette information en précisant que M. Girling avait également fait référence à la construction du pipeline TransMountain de Kinder Morgan.

Le chef parlementaire du Nouveau Parti démocratique (NPD), Guy Caron, a souligné qu'il n'y avait pas d'acceptabilité sociale pour ce projet d'oléoduc un peu partout au pays, mais particulièrement dans la région de Rimouski où est située sa circonscription.

«C'est une décision d'affaires de la part de TransCanada, a-t-il dit sans se réjouir. Je pense que la raison principale est qu'ils ont vu clairement qu'il n'y avait pas d'acceptabilité sociale pour le projet.»

TransCanada avait fini par abandonner son projet de port pétrolier à Cacouna en 2015 après des mois de controverse. L'emplacement choisi se trouvait en plein coeur de la zone de reproduction des bélugas, une espèce en voie de disparition.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, s'est réjouie de la décision et a souligné dans un communiqué que «transporter du bitume dilué dans la nature vierge et l'exporter dans des raffineries étrangères est un mauvais modèle d'affaires.»

Déception en Alberta

La décision de TransCanada fait des mécontents en Alberta et au Nouveau-Brunswick. Les premiers ministres de ces deux provinces ont exprimé leur déception jeudi.

Rachel Notley et Brian Gallant comptaient sur le projet Énergie Est pour créer de nouveaux emplois dans leur province respective.

«Nous comprenons qu'il y a un ensemble de facteurs que toute entreprise responsable aurait considéré. Néamoins, c'est un dénouement regrettable pour les Canadiens», a déclaré la première ministre albertaine.

«C'est désastreux pour notre communauté», a réagi le député conservateur de Fort McMurray-Cold Lake, David Yurdiga. Il craint que la décision envoie un mauvais signal aux investisseurs.

«Je suis déçu par cette décision, mais nous sommes ici pour soutenir les familles et les travailleurs albertains», a dit le ministre Sohi, qui représente la circonscription d'Edmonton Mill Woods.

Le projet d'oléoduc Énergie Est a soulevé son lot de controverses depuis son dépôt à l'ONÉ en 2014. Environnementalistes, municipalités et communautés autochtones ont déploré le manque de transparence de son promoteur.

Ils ont à maintes reprises exprimé des craintes sur les fuites potentielles de pétrole dans l'environnement et ont dénoncé un processus d'évaluation qu'ils jugeaient biaisé.

Les audiences de l'ONÉ avaient été suspendues par le gouvernement Trudeau il y a un peu plus d'un an après ce que certains ont appelé «l'affaire Charest».

Une rencontre privée entre l'ex-premier ministre québécois Jean Charest, alors consultant pour TransCanada, et les membres du comité chargé d'évaluer Énergie Est avait été mise au jour par le National Observer.

Les trois membres du comité avaient dû se récuser alors que fusaient les allégations de conflit d'intérêts. Un nouveau comité avait été formé quelques mois plus tard.

Le gouvernement Trudeau effectue une révision des processus d'évaluation environnementale - largement modifiés par les conservateurs - pour restaurer la confiance du public.




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