ePrix: beaucoup d'argent «qui pourrait être mieux investi»

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Plusieurs experts estiment que l'ePrix de Montréal - qui aura lieu les 29 et 30 juillet - ne créera pas d'engouement pour l'achat de voitures électriques.

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La Ville de Montréal dépensera de 16,5 à 26,5 millions pour organiser le premier ePrix de Formule électrique de Montréal, avec comme objectif avoué de faire la promotion des voitures électriques, a dit récemment le maire Denis Coderre. Or, c'est davantage d'argent public que les 15,7 millions que le gouvernement du Québec dépense par année en crédit d'impôt pour l'achat d'un véhicule électrique. Et le pari du maire est voué à l'échec, selon les experts en environnement consultés par La Presse.

«La Formule E, c'est plus qu'une course, c'est une mission, a indiqué Denis Coderre en conférence de presse le 4 avril. On parle de développement durable. On fait du bien à la planète. [...] [L'événement fait] partie d'une sensibilisation qui va permettre de démontrer à quel point Montréal est un leader en matière d'électrification. [...] le fait qu'on va aussi faire la promotion des voitures et taxis électriques, ceux et celles qui ont à coeur le développement durable, je pense que ça va envoyer un message.»

Les trois experts consultés par La Presse sont plutôt d'avis contraire. Selon eux, le ePrix de Montréal n'encouragera pas les Québécois à acheter davantage de véhicules électriques.

«Ça ne changera rien. Ce n'est pas là [le ePrix] que ça va susciter l'engouement, c'est quand les prix des véhicules électriques vont chuter», dit le professeur Normand Mousseau, directeur de l'Institut de l'énergie Trottier à l'Université de Montréal.

«Ça ne contribue pas à la transition énergétique, c'est un écran de fumée pour faire croire qu'on agit», affirme Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire en gestion du secteur de l'énergie.

«Si l'objectif principal de la Ville est de promouvoir les véhicules électriques, ce n'est alors probablement pas de l'argent bien dépensé», dit Nicholas Rivers, professeur en politiques publiques et directeur de l'Institut de l'environnement à l'Université d'Ottawa.

La Ville dépensera assurément 16,5 millions et a prévu une caution de 10 millions pour couvrir les déficits d'exploitation de l'organisme sans but lucratif qui organise l'événement, qui prévoit faire des déficits pendant les deux premières années de l'ePrix.

Une question de prix plutôt que de notoriété

Le professeur en gouvernance Michel Magnan estime aussi que l'ePrix de Montréal - qui aura lieu les 29 et 30 juillet - ne créera pas d'engouement pour l'achat de voitures électriques. «Je ne suis pas au courant d'études qui font la démonstration d'un lien entre les deux. Tout le monde connaît l'existence des voitures électriques», dit Michel Magnan, professeur en gouvernance à l'Université Concordia et chercheur au groupe de recherche CIRANO. Selon lui, le prix élevé des voitures électriques est le principal frein à leur croissance. «Le gros point, c'est le prix», dit-il.

Michel Magnan croit que la première tranche de 24 millions investis initialement par la Ville de Montréal pour l'ePrix «pourrait être mieux investie».

«C'est important de poser des gestes symboliques, mais là c'est plus qu'un symbole, c'est 24 millions. Beaucoup d'autres gestes symboliques auraient eu des retombées plus directes sur les gaz à effet de serre et sur la qualité de vie des citoyens.»

« Je ne suis pas sûr qu'en organisant des courses, même de voitures électriques, on soit dans la bonne direction.»

Le professeur Normand Mousseau fait aussi valoir que le prix de la voiture électrique sera le facteur déterminant de sa popularité future. «Le prix d'entrée d'une Tesla a chuté de 80 000 $ il y a quatre ans à 35 000 $. On n'y est pas encore, mais il suffit de descendre d'un tiers pour être tout à fait concurrentiel», dit-il. Au Québec, les véhicules électriques représentent environ 1% des achats de véhicules neufs.

Stratégie de la Ville

Le cabinet du maire Coderre, qui n'était pas disponible pour accorder une entrevue, a indiqué par écrit à La Presse que l'ePrix de Montréal visait à atteindre deux objectifs généraux : «positionner Montréal parmi les villes de pointe en électrification et en transport intelligent» de façon à attirer des entreprises dans ce domaine, et aussi «faire la promotion [...] des transports électriques afin d'accroître le niveau d'éducation et d'accélérer la transition vers une mobilité plus durable».

Selon le cabinet du maire Coderre, l'ePrix «permettra donc de continuer notre implication dans ce virage important de l'électrification des transports». Montréal réalisera une étude «pour mesurer les retombées» de la première course de Formule E à Montréal.

«C'est du marketing pour avoir un effet d'entraînement. Au début, tu vas mettre pas mal plus d'argent que ce qui peut paraître raisonnable, mais tu dois créer le mouvement. Si tu veux créer le mouvement, il faut que tu fasses un coup d'éclat. Il faut investir plus au début», dit Sylvain Vincent, président du conseil d'administration de Montréal, c'est électrique (MEC), qui a confié à deux firmes (GP3R et evenko) le mandat de réaliser l'événement.

L'efficacité du crédit d'impôt pour les voitures électriques ne fait pas l'unanimité parmi les trois experts consultés par La Presse, mais ceux-ci sont tous d'avis que la présentation d'un ePrix est un investissement moins efficace que le crédit d'impôt pour favoriser l'achat de voitures électriques.

- Avec la collaboration de Pierre-André Normandin, La Presse




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