Alumine: Orbite au bord de la faillite

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Détentrice d'une technologie écologique et révolutionnaire d'extraction de l'alumine, Orbite en est peut-être à ses derniers tours de piste.

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Chouchou des spéculateurs québécois il y a quelques années, détentrice d'une technologie écologique et révolutionnaire d'extraction de l'alumine, Orbite en est peut-être à ses derniers tours de piste. Après avoir suspendu les activités de son usine de Cap-Chat vendredi dernier, l'entreprise a annoncé hier qu'elle se plaçait sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité. Petite histoire de grandes promesses.

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En 2005, Orbite met la main sur un gisement d'argile alumineuse, celui de Grande-Vallée, en Gaspésie.

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La construction d'une usine-pilote à Cap-Chat, qui devait confirmer la rentabilité du procédé d'extraction de l'alumine, allait bon train en octobre 2010.

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AOÛT 2005

LA RUÉE VERS L'ARGILE

Entreprise active depuis 1983 dans le secteur aurifère, Orbite met la main sur un gisement d'argile alumineuse, celui de Grande-Vallée, en Gaspésie. L'alumine contenue dans cette argile, une fois extraite, est une composante de base de la fabrication de l'aluminium. On estimait à l'époque que la production mondiale d'aluminium était d'environ 37 millions de tonnes. Or, il faut deux tonnes d'alumine pour chaque tonne d'aluminium produite. Quant à sa forme la plus raffinée, dite «  de haute pureté », elle entre dans la composition des écrans à cristaux liquides, de saphirs synthétiques, de la fibre optique et des ampoules DEL.

OCTOBRE 2010

LES PREMIERS SUCCÈS

Le brevet pour la méthode d'extraction de l'alumine à partir de l'argile est approuvé aux États-Unis. L'aventure d'Exploration Orbite, son nom à l'époque, peut officiellement commencer. L'action, qui stagnait sous les 0,20 $ jusque-là, commence une ascension constante. La construction d'une usine-pilote à Cap-Chat, qui devrait confirmer la rentabilité du procédé d'extraction de l'alumine, va bon train, et l'aluminerie Alouette a suffisamment d'intérêt dans le projet pour y injecter 1 million.

2011

UNE ANNÉE AU SOMMET

L'usine-pilote de Cap-Chat produit sa première tonne d'alumine de haute pureté en février 2011 et, dès le mois d'avril suivant, l'action d'Orbite atteint son sommet historique de 5,69 $. La valeur boursière de l'entreprise frôle les 700 millions, l'action est parmi les cinq titres les plus négociés à la Bourse de Toronto, elle attire quantité de petits épargnants et 15 investisseurs institutionnels. En novembre de cette année-là, la firme Genivar effectue une évaluation économique préliminaire établissant une valeur de 7,7 milliards sur 25 ans pour une éventuelle usine d'alumine métallurgique, pour un investissement de 500 millions. Toujours cette année-là, Orbite annonce un autre beau coup technologique : on a réussi à extraire de façon prometteuse de l'alumine à partir de boues rouges, ces résidus de l'extraction de bauxite très polluants.

2013

LA DÉBÂCLE COMMENCE

Théoriquement, si on suit la valeur de l'action d'Orbite, la situation est contrôlée jusqu'au 8 février 2013. C'est à partir de ce jour que son cours commence à chuter, passant de 2,61 $ pour descendre sous 0,30 $, un cap sous lequel il restera bloqué jusqu'à ce jour. Cette brusque chute est par ailleurs si inexpliquée que l'Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières déclenche une enquête. Si la cause exacte demeure mystérieuse, les mauvaises nouvelles déboulent par la suite. En avril, on annonce des retards et des dépassements de coûts pour l'usine de Cap-Chat. Quant au projet de grande usine d'alumine métallurgique, sa valeur théorique passe de 7,7 milliards à 1,8 milliard. L'ancien titre chouchou des investisseurs est maintenant descendu en flammes par les analystes, qui estiment le prix cible à moins de 0,90 $ et recommandent majoritairement la vente. À l'époque chef de l'exploitation, le président d'Orbite, Glenn Kelly, a reconnu qu'on «  a voulu aller trop vite  » et que le passage du laboratoire à la fabrication industrielle a été pénible. « Ils n'arrivent pas à livrer la marchandise et le marché n'est plus dupe  », conclut, lapidaire, un scientifique cité par La Presse.

2017

LA CONCLUSION

Depuis deux ans, dans l'indifférence des investisseurs en Bourse, Orbite a multiplié les ententes de financement et obtenu en outre 14 millions de Québec et d'Ottawa. Mais la production commerciale tant attendue, et promise depuis 2015 à l'usine de Cap-Chat, tarde. En janvier 2017, on apprend que les créanciers commencent sérieusement à s'impatienter, au point de retenir 3 millions en liquidités. Aucun contrat de vente n'a été signé, et l'objectif de produire au moins une tonne par jour d'alumine de haute pureté pendant trois jours consécutifs est toujours hors de portée. Le 31 mars dernier, dans un communiqué publié à 22 h, le couperet tombe : les activités de l'usine, qui employait 45 personnes, sont suspendues en raison d'un problème avec des éléments chauffants. On estime qu'il faudrait 8 millions et huit mois pour régler le problème. Hier, finalement, «  pour faciliter ses efforts pour renégocier ses emprunts  » et « lever les fonds nécessaires pour corriger les problèmes avec l'équipement  », Orbite s'est mise à l'abri de ses créanciers.




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