La désindustrialisation fait mal à Hydro-Québec

De 2010 à 2015, la consommation d'électricité des... (Photo Olivier Jean, Archives La Presse)

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De 2010 à 2015, la consommation d'électricité des entreprises industrielles bénéficiant du tarif de grande puissance a fléchi de 7 %.

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Les difficultés que connaissent le secteur des pâtes et papiers ainsi que les alumineries se font sentir chez Hydro-Québec. Inquiet, le gouvernement vient d'ordonner la tenue d'une consultation sur la compétitivité des tarifs industriels d'électricité.

La consommation en baisse

De 2010 à 2015, la consommation d'électricité des entreprises industrielles bénéficiant du tarif de grande puissance (tarif L) a fléchi de 7 %. Cela représente une perte de revenus de 26 millions de dollars pour Hydro-Québec, même en tenant compte des hausses de tarifs imposées au fil des ans. Selon la société d'État, la baisse est surtout attribuable au déclin du secteur des pâtes et papiers. Mais ce n'est pas tout : les clients qui ont conclu des contrats spéciaux à des prix encore plus avantageux, principalement des alumineries ainsi que Rio Tinto Fer et Titane, ont diminué encore plus leur consommation : le recul atteint 11 % sur cinq ans.

Des tarifs trop élevés ?

Luc Boulanger, directeur exécutif de l'Association québécoise des consommateurs industriels d'électricité (AQCIE), juge que les tarifs d'Hydro-Québec sont trop élevés. Selon lui, c'est l'une des raisons qui expliquent la baisse de la consommation industrielle. « Il y a eu une délocalisation de la production vers d'autres endroits », note-t-il. Le lobbyiste rappelle qu'au Québec, les consommateurs résidentiels ne paient que 87 % du coût réel de l'électricité, contre 107 % pour les grandes industries. « Le Québec est le seul endroit en Amérique du Nord où les industries subventionnent la consommation résidentielle », déplore-t-il.

Vers une grande consultation

Hydro-Québec soutient qu'à 3,8 cents US le kilowattheure en moyenne, ses tarifs industriels sont les plus concurrentiels en Amérique du Nord. Selon l'Edison Electric Institute, les tarifs industriels nord-américains s'élèvent en moyenne à 6,8 cents US le kWh et peuvent atteindre jusqu'à 18 cents US. L'AQCIE affirme toutefois que certains États offrent des tarifs de 3 cents US ou moins pour attirer des entreprises. Québec vient de demander à la Régie de l'énergie de se pencher sur le fait qu'« un certain effritement de la compétitivité des tarifs d'électricité industriels est constaté, lequel risque de miner la compétitivité de certains secteurs industriels québécois, particulièrement ceux soumis à la concurrence internationale ».

Des surplus plus importants

La baisse de la consommation industrielle d'électricité contribue à faire augmenter les surplus d'Hydro-Québec. Ceux-ci sont passés de 2,8 TWh en 2010 à 5,1 TWh en 2012 et à 11,9 TWh en 2015. La demande résidentielle, qui augmente de 2 ou 3 % par année, compense partiellement la baisse des ventes industrielles. Or, avec la construction de nouveaux parcs éoliens et centrales hydrauliques, la production d'électricité continue de croître. « En dépit des surplus, il n'y a pas de gaspillage d'électricité au Québec, assure toutefois un porte-parole d'Hydro-Québec, Marc-Antoine Pouliot. Les surplus sont valorisés sur les marchés d'exportation. »

Autres industries

Après plusieurs années de marasme, le secteur de la fabrication reprend lentement du poil de la bête au Québec. Le hic pour Hydro-Québec, c'est que les usines qui remplacent les scieries, les papetières et les alumineries sont beaucoup moins énergivores. Le gouvernement a bien tenté d'attirer des entreprises gourmandes avec divers incitatifs fiscaux et tarifaires, mais en raison notamment du ralentissement économique mondial, les investissements se sont faits rares et des projets d'envergure comme celui de l'usine d'urée à Bécancour ont été mis sur la glace. Hydro vient de lancer une offensive pour attirer des centres de données informatiques.

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