Énergie Est: pas de port pétrolier au Québec

TransCanada a mis sur la glace le port... (PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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TransCanada a mis sur la glace le port de Cacouna, en décembre, après un rapport fédéral qui désignait le béluga du Saint-Laurent comme une espèce «en voie de disparition».

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(Québec) Le projet Énergie Est de TransCanada ne prévoit plus la construction d'un port pétrolier au Québec, a appris La Presse. Elle envisage dorénavant de transporter directement le pétrole à Saint John au Nouveau-Brunswick.

La société albertaine demandera par ailleurs cette semaine un délai d'un à deux mois pour présenter la version finale de son projet, délai qui amène le gouvernement Couillard à demander le report des audiences de l'Office national de l'énergie.

Selon nos informations, des émissaires de TransCanada ont fait part au gouvernement Couillard de l'intention de la société de «reconfigurer de façon importante» le projet, la semaine dernière.

TransCanada a envisagé de déplacer le port de Cacouna à Lévis, à Baie-des-Sables, près de Matane, à Bécancour ou au Nouveau-Brunswick. Mais lors de ses derniers échanges avec Québec, la société de Calgary a clairement laissé entendre qu'il n'envisageait pas d'autre site québécois pour son port.

Coincée, l'entreprise peine à présenter un plan qui respecte ses engagements auprès de ses fournisseurs.

TransCanada s'était engagée à annoncer son projet d'ici la fin du trimestre, soit hier. Mais elle attendrait demain pour faire savoir qu'elle aura besoin de davantage de temps. En transportant directement le pétrole à Saint John, au Nouveau-Brunswick, elle utiliserait une infrastructure existante exploitée par Irving.

Le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, n'a pas confirmé nos informations, hier. «On va publier davantage d'informations d'ici la fin de cette semaine», a-t-il indiqué.

Moins de retombées

Le gouvernement Couillard a fixé sept conditions à son appui à Énergie Est. Le projet doit notamment générer des retombées économiques et fiscales «pour tout le Québec». L'absence d'un port pose donc un problème de taille pour TransCanada: sans cette infrastructure, censée recevoir 175 pétroliers par année, le projet Énergie Est créera moins d'emplois, une fois passée la phase de construction.

Déjà, la compagnie a mis en relief les autres retombées, bien moins avantageuses, liées au passage de l'oléoduc sur le territoire. La conduite traversera plus de 150 municipalités, ce qui permettra à celles-ci d'engranger des revenus de taxes foncières. En outre, on prévoit 11 stations de pompage qui feront de l'exploitant du projet un client important d'Hydro-Québec.

TransCanada a déjà eu des contacts «préliminaires» avec Valero à Lévis et Suncor à Montréal pour les alimenter en pétrole de l'Ouest, ce qui aiderait à réduire les prix. La compagnie de Lévis aurait avantage à diversifier ses sources d'approvisionnement. Ainsi, le pétrole albertain coûterait moins cher que celui transporté par bateau-citerne de l'étranger.

Sauf que ces deux raffineries commenceront à recevoir du brut albertain avec l'inversion du pipeline 9B d'Enbridge, qui devrait avoir lieu cet été.

Québec demande un report

Devant ces nouveaux délais, le gouvernement Couillard a demandé hier à l'Office national de l'énergie de reporter ses audiences sur l'oléoduc Énergie Est, a appris La Presse. Québec soutient en outre que le projet que TransCanada a déposé auprès de cet organisme fédéral ne correspond plus à la réalité.

Dans une lettre envoyée au président de l'organisme fédéral, le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, se dit préoccupé que le processus d'approbation du projet de 12 milliards se poursuive alors que la forme finale du projet de TransCanada reste inconnue.

«À cette étape, je tenais à souligner notre préoccupation concernant la poursuite de l'examen du projet par l'ONÉ, notamment dans le contexte où la documentation relative à la demande qui a déjà été déposée par le promoteur auprès de votre organisation ne serait plus à jour, a écrit le ministre. Par conséquent, un report des audiences pourrait contribuer à diminuer l'incertitude qui perdure à son égard.»

TransCanada a mis sur la glace le port de Cacouna, en décembre, après un rapport fédéral qui désignait le béluga du Saint-Laurent comme une espèce «en voie de disparition». Le projet se trouve en pleine zone de reproduction du mammifère marin.

Le premier ministre Philippe Couillard a envoyé un message clair à l'entreprise peu après: «Il m'apparaît difficile de continuer à prévoir un site de port pétrolier avec une information de cette sorte, avait-il dit. Maintenant, c'est au promoteur de décider d'aller vers des sites alternatifs.»

La société s'était donné jusqu'au 31 mars pour décider du sort de cet important volet du projet, un délai qui sera prolongé d'un ou deux mois.

La période d'inscription aux audiences publiques de l'ONÉ s'est terminée le 17 mars. Près de 2300 personnes et groupes ont demandé à y participer.

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