Alcoa donne des munitions aux grands consommateurs d'électricité

La volonté du gouvernement Marois d'augmenter le rendement... (Photo Phil Noble, Archives Reuters)

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La volonté du gouvernement Marois d'augmenter le rendement d'Hydro-Québec pourrait notamment se traduire par une hausse du tarif industriel d'électricité (tarif L), qui atteindrait 4,46 cents le kilowattheure.

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Julien Arsenault
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

La menace du producteur d'aluminium Alcoa de fermer des usines si ses tarifs d'électricité ne sont pas revus à la baisse donne des munitions aux grands consommateurs québécois d'électricité qui en ont contre les hausses prévues par Hydro-Québec.

L'Association québécoise des consommateurs industriels d'électricité, qui représente notamment des entreprises des secteurs de l'aluminium, des pâtes et papier et de la pétrochimie, se dit préoccupée par la situation de plusieurs de ses 51 membres.

La volonté du gouvernement Marois d'augmenter le rendement d'Hydro-Québec pourrait notamment se traduire par une hausse du tarif industriel d'électricité (tarif L), qui atteindrait 4,46 cents le kilowattheure.

Le directeur de l'Association, Luc Boulanger, a fait valoir mercredi que des investissements ont été retardés chez certains de ses membres parce que le contexte entourant ce tarif n'est pas favorable.

«Présentement, plusieurs de nos membres sont dans un mode stationnaire, affirme-t-il. Il y a des projets d'amélioration ou d'augmentation de production qui ne se feront pas.»

De son côté, le président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ), André Tremblay, estime que la facture annuelle d'électricité du secteur des pâtes et papiers, qui est actuellement d'environ 500 millions de dollars, pourrait grimper de 25% si la hausse entre en vigueur, en 2014.

M. Boulanger reproche également à Québec de courtiser les grands consommateurs d'électricité étrangers avec sa politique industrielle au détriment des grandes entreprises déjà implantées dans la province.

En s'engageant à investir au Québec, les entreprises pourront bénéficier d'un tarif réduit garanti pour 10 ans en vertu de la nouvelle mesure que veut mettre de l'avant le gouvernement Marois avec sa politique.

«Si le gouvernement veut faire de la promotion en baissant son tarif L, il devrait peut-être fermer la porte d'en arrière aussi, parce que ceux qui sont au Québec depuis longtemps vont songer à délocaliser leur production», déplore M. Boulanger.

«Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas là-dedans», ajoute le directeur de l'Association.

Le PDG du CIFQ croit également que les politiques du gouvernement péquiste devraient favoriser les entreprises déjà implantées.

«C'est beau d'utiliser des surplus pour aller chercher des nouvelles usines, mais est-ce qu'on ne devrait pas essayer de garder celles que nous avons?» demande M. Tremblay.

Pierre-Olivier Pineau, professeur aux Hautes études commerciales (HEC) et spécialiste des questions énergétiques, estime de son côté que les critiques des grands consommateurs québécois sont légitimes.

Il croit également que les augmentations de tarifs découlent d'une décision politique.

«Les augmentations de tarifs sont liées à une tentative du gouvernement d'augmenter la profitabilité d'Hydro-Québec afin de payer pour de la production d'énergie éolienne et renouvelable essentiellement destinée à du développement régional», explique M. Pineau.

Il estime également que la hausse prévue du tarif industriel d'Hydro-Québec risque de freiner l'investissement au sein des entreprises énergivores québécoises.

«Ce que le gouvernement fait au Québec, c'est de miner leur compétitivité sans que ça soit pour des raisons énergétiques, dit M. Pineau. L'industrie affirme qu'elle se retrouve à payer pour des choix politiques et que cette situation lui porte préjudice.»

Le professeur aux HEC, qui s'est dit surpris de la menace d'Alcoa, croit que le gouvernement Marois pourrait profiter de cette situation pour corriger le tir avec sa politique industrielle.

«L'industrie interprète les rabais accordés pour attirer des entreprises étrangères comme un affront, affirme M. Pineau. Les entreprises affirment que ça va mal pour elles et qu'il faut préserver ce qui est actuellement ici avant d'aller en chercher plus.»

M. Pineau estime que le gouvernement Marois aurait intérêt à effectuer un pas en arrière pour bonifier sa politique industrielle, qui a récemment été dévoilée.

«Il (le gouvernement) pourrait réviser son approche pour être plus cohérent, suggère-t-il. Il aurait l'air fou parce qu'il reviendrait en arrière sur des annonces déjà effectuées, mais ça serait pour le mieux parce que ça amènerait plus de cohérence.»

De son côté, le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, souligne que la politique industrielle du gouvernement Marois prend plus ou moins en considération les grands employeurs du Québec.

Il croit que les avantages offerts en ce qui a trait aux tarifs d'électricité favorisent davantage les petites et moyennes entreprises plutôt que les grands consommateurs d'électricité déjà présents dans la province.

«Si vous faites un clin d'oeil pour tenter de convaincre des entreprises de venir s'installer, c'est une chose, mais vous risquez de perdre vos grandes compagnies qui sont déjà ici», fait valoir M. Dorval.

La Fédération des chambres de commerce du Québec a également exhorté le gouvernement Marois à revoir sa décision de hausser son tarif L.

Elle estime que cette augmentation fait en sorte que le tarif industriel de la province n'est plus compétitif comparativement à celui de 2 cents du kWh offert dans certaines juridictions.

Selon la Fédération, la menace d'Alcoa démontre que le secteur de l'aluminium, vital pour l'économie du Québec, devient plus vulnérable.

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