Rio Tinto Alcan réclame une baisse de 30% du tarif L

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Pour continuer à investir au Québec, Rio Tinto Alcan réclame une réduction... (Photo Rio Tinto Alcan)

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Photo Rio Tinto Alcan

Hélène Baril

Pour continuer à investir au Québec, Rio Tinto Alcan réclame une réduction importante du tarif L, laquelle priverait Hydro-Québec de centaines de millions de dollars par année en profits.

«Hydro-Québec ferait peut-être moins d'argent, mais le gouvernement du Québec en ferait plus», explique Benoit Pepin, directeur, énergie Amérique du Nord de Rio Tinto Alcan, lors d'un entretien avec La Presse Affaires.

L'augmentation des investissements et les retombées économiques ainsi générées compenseraient la réduction des profits d'Hydro-Québec, dit-il. «Le gouvernement pourrait compter plus sur son secteur industriel et moins sur Hydro comme source de revenus, ce qui est plus sain.»

Aucun investissement dans l'augmentation de la capacité de production ne s'est réalisé au Québec depuis que le tarif industriel d'Hydro-Québec (tarif L) s'applique au secteur de l'aluminium, soulignent Benoit Pepin et Erik Ryan, qui est vice-président de Rio Tinto Alcan.

Dans le cadre de leur passage devant la Commission sur les enjeux énergétiques, la semaine prochaine, les dirigeants de Rio Tinto Alcan ont l'intention de faire valoir que le tarif L place leur entreprise dans une position insoutenable.

«Il faut briser le mythe tenace selon lequel le Québec offre des tarifs d'électricité extraordinaires. Ce n'est plus vrai», affirme le producteur d'aluminium dans son mémoire transmis à la Commission.

À cause de la baisse généralisée des prix de l'énergie, Québec se situe maintenant en queue de peloton avec son tarif L, soit dans le dernier quartile de l'industrie de l'aluminium. Ça veut dire que les trois quarts de la production mondiale d'aluminium se font avec de l'énergie moins chère que celle du Québec.

Rio Tinto Alcan soutient que le Québec a la marge de manoeuvre pour réduire le tarif L de son niveau actuel de 4,25 cents le kilowattheure à 2,85 cents le kilowattheure. C'est une baisse de plus de 30%.

Cette réduction est possible parce que le coût de la production des centrales d'Hydro-Québec, fixé à 2,79 cents il y a 12 ans, a été amorti depuis. Le coût de la dette a également baissé pour Hydro-Québec, si bien que le coût de ce qu'on appelle le bloc patrimonial est maintenant de 1,79 cent le kilowattheure.

À 2,85 cents le kilowattheure, le nouveau tarif L maintiendrait le rendement d'Hydro-Québec à son niveau actuel, soutient Rio Tinto Alcan.

Les propositions de Rio Tinto vont à l'encontre des orientations du gouvernement qui veut augmenter le rendement d'Hydro-Québec de 2%, à 9,2%, en plus de miser sur une augmentation des tarifs d'électricité de 3,4%, pour une hausse globale des tarifs de 5,4% à partir du 1er avril 2014.

Si cette hausse est acceptée, le tarif L passerait de 4,25 cents le kilowattheure à 4,46 cents le kilowattheure.

La réduction du tarif L à 2,85 cents le kilowattheure souhaitée par Rio Tinto Alcan ramènerait les alumineries québécoises dans le deuxième quartile du secteur dans le monde. Le gouvernement pourrait de plus aider l'industrie à atteindre le premier quartile, avec des réductions d'impôt ou d'autres outils qu'il a à sa disposition, suggère l'entreprise.

Pour continuer à croître, Rio Tinto Alcan estime qu'elle aura besoin de 625 mégawatts additionnels d'Hydro-Québec.

Le Québec a tout à gagner, selon ses dirigeants. Si les projets d'investissements ne se concrétisent pas, Hydro-Québec ne perdra rien. S'ils se concrétisent, l'économie québécoise sera plus solide.

Rio Tinto Alcan voudrait aussi savoir si elle pourra compter sur un approvisionnement suffisant en électricité quand le contrat de Churchill Falls prendra fin. En vertu de ce contrat, Hydro-Québec achète à bas prix presque toute l'énergie produite par cette centrale qui appartient à Terre-Neuve, soit 5000 mégawatts. C'est plus de 10% de la capacité totale d'Hydro-Québec.

Compte tenu des relations difficiles entre Québec et Terre-Neuve, cette énergie pourrait ne plus être disponible pour Hydro-Québec à la fin du contrat. «Cette entente vient à échéance en 2041, ce qui, dans l'échelle de temps de l'industrie de l'aluminium, est demain», souligne le mémoire de Rio Tinto Alcan.

Les investissements dans le secteur de l'aluminium sont importants et il faut des décennies pour rentabiliser des installations dont la durée de vie est d'au moins 50 ans, rappelle Rio Tinto Alcan.

Dans sa prochaine stratégie énergétique, le gouvernement «ne peut plus laisser planer le doute sur ses capacités d'alimenter le Québec et ses entreprises une fois passé cette date», souligne l'entreprise dans son mémoire.

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Bahreïn: 2,1 cents le kilowattheure

Islande: 2,8 cents le kilowattheure

Qatar: 2,8 cents le kilowattheure

Émirats arabes unis: 3,1 cents le kilowattheure

Australie: 3,3 cents le kilowattheure

Norvège: 3,8 cents le kilowattheure

Québec: 4,25 cents le kilowattheure

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7000 employés au total

1,5 million de tonnes d'aluminium par année

Cinq alumineries en propriété unique: Alma, Grande-Baie, Laterrière, Arvida et Shawinigan

Deux alumineries en propriété partagée: Alouette, à Sept-Îles, et ABI, à Bécancour

Six centrales hydroélectriques

Production: 2051 mégawatts ou 90% de ses besoins actuels

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- Centre technologique AP60

Phases 2 et 3 (+ 440 000 tonnes)

- Expansion à Alma (+ 200 000 tonnes)

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