Rosneft et ExxonMobil  à l'assaut de l'Arctique

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SERGEI KARPUKHIN

Le PDG d'ExxonMobil Stephen Green et le PDG de Rosneft Igor Sechin signes des documents sous le regard du président russe Vladimir Poutine à Moscou le 13 février 2013.

Germain Moyon et Eleonore Dermy
Agence France-Presse
Moscou

Liés par un pacte renforcé dans l'Arctique, le russe Rosneft (RNFTF) et l'américain ExxonMobil (XOM), deux des plus gros groupes pétroliers de la planète, musclent leurs efforts en vue d'extraire des hydrocarbures de cette région inhospitalière aux ressources très convoitées.

Les deux partenaires ont signé mercredi à Moscou, dans la résidence du président Vladimir Poutine, une extension de leur alliance stratégique conclue en 2011. Celle-ci prévoyait l'exploration conjointe de l'Arctique russe, mais seulement sur trois blocs.

Le nouvel accord prévoit l'exploration conjointe de sept nouveaux blocs d'une superficie totale de 600 000 km2, plus grande que le territoire français, dans la mer de Tchoukotka, de Kara et de Laptev.

Ces sites font partie des douze licences d'exploration reçues par Rosneft début février. Ils «font partie de ceux considérés comme les plus prometteurs en termes de ressources pétrolières et gazières, mais aussi les moins étudiés dans le monde», a relevé Rosneft.

Zone inhospitalière de plus de six millions de kilomètres carrés qui s'étend de la Norvège à l'Alaska, le plateau continental russe demande des investissements massifs pour pouvoir être exploité. Les perspectives de production à grande échelle restent très lointaines, dans plus de dix ans.

Le but de Rosneft et ExxonMobil «est d'accélérer le développement de la production sur le plateau continental», relève Ildar Davletchine, analyste de Renaissance Capital.

«Il est évident que le potentiel est très important (en termes de ressources, NDLR), mais pour Rosneft, il est difficile à exploiter du point de vue financier et technologique sans partenaire», poursuit l'expert, interrogé par l'AFP.

Édifié dans des circonstances controversées sur les ruines de Ioukos, le groupe de l'oligarque emprisonné Mikhaïl Khodorkovski, Rosneft contrôle environ un cinquième de la production pétrolière russe. Il est en passe de devenir le premier producteur de brut de la planète coté en Bourse avec le rachat de son concurrent TNK-BP.

Mais selon les analystes, le groupe, dirigé par Igor Setchine, un proche de Vladimir Poutine, ne détient ni l'avance technologique de ses concurrents occidentaux, ni leurs ressources financières. ExxonMobil a dégagé en 2012 un bénéfice quasi inégalé de près de 45 milliards de dollars, quatre fois plus que Rosneft.

Avec l'accord de mercredi, ExxonMobil multiplie par six la superficie qu'il va pouvoir explorer dans l'Arctique russe et s'affirme comme le premier partenaire étranger sur la zone.

En échange, Rosneft obtient la possibilité d'acquérir 25% dans Point Thomson, d'importants champs gaziers dans la région de North Slope, au nord de l'Alaska.

«Le partenariat va permettre à Rosneft de recevoir une expérience technologique pour le développement du plateau continental et, plus important, minimiser les risques liés à l'exploration de ces gisements complexes», jugent les analystes d'Alfa Bank.

ExxonMobil va payer cher, en assurant dans un premier temps la plupart des coûts d'exploration, pour des résultats encore incertains. Certains experts mettent en doute les promesses qu'offre la zone en énergie, d'autant qu'entre temps, les producteurs ont eu accès à des ressources moins éloignées, par exemple avec le gaz de schiste.

Pour tenter sa chance, le groupe dispose de faibles marges de manoeuvre. Les licences d'exploitation de l'Arctique sont actuellement réservées aux géants publics Rosneft et Gazprom, les autres sociétés ne pouvant intervenir que comme partenaires.

Le gouvernement russe s'est dit prêt à autoriser certains groupes privés à diriger des projets, tout en excluant les entreprises étrangères de cette possible ouverture.

Pour les autorités russes, l'enjeu est également de taille. Le pays a vu sa production d'or noir augmenter de plus de 40% depuis le début des années 2000, se hissant en tête des producteurs mondiaux avec l'Arabie Saoudite. Mais il a besoin de nouvelles ressources pour continuer d'alimenter le budget fédéral, très dépendant des hydrocarbures.

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