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L'industrie éolienne craint pour sa survie

La Presse
Si Hydro-Québec met fin à ses achats d'énergie éolienne, c'est toute cette filière d'avenir qui risque de disparaître, prévient Frédéric Côté, le directeur général du TechnoCentre éolien, un organisme à but non lucratif qui défend les intérêts de l'industrie.
«On a bâti en seulement 10 ans une industrie qui génère des millions en retombées économiques, plaide-t-il. C'est une réussite».
Née en Gaspésie grâce aux exigences de contenu local imposé par le gouvernement du Québec, l'industrie éolienne compte aujourd'hui 150 entreprises et 4000 emplois. Du nombre, 1200 sont en Gaspésie, les autres à Montréal et ailleurs au Québec.
L'industrie a beau être une réussite, elle ne peut pas encore voler de ses propres ailes, reconnaît Frédéric Côté. Elle a du travail jusqu'en 2015 avec les commandes en cours et se retrouvera alors devant rien sans l'appel d'offres d'Hydro-Québec pour 700 autres mégawatts.
Pourquoi acheter encore de l'électricité alors qu'Hydro aura des surplus jusqu'en 2023, au moins? «Ce n'est pas un ajout, mais le respect d'un engagement pris par le gouvernement», rétorque le porte-parole de l'industrie.
«On a fait venir des investisseurs en leur promettant 4000 mégawatts. Il faut respecter cet engagement, c'est la crédibilité du Québec qui est en cause», dit Frédéric Côté.
Hydro-Québec est déjà engagée par contrats d'une durée de 20 ans à acheter 3300 mégawatts à un prix moyen de plus de 10 cents le kilowattheure. Il reste donc 700 mégawatts à attribuer au moyen d'un autre appel d'offres pour atteindre la cible de 4000 mégawatts, soit 10% de la capacité de production d'Hydro.
Le gouvernement précédent s'était engagé à lancer cet appel d'offres et le gouvernement actuel s'apprête à confirmer cet engagement, semble-t-il, malgré des surplus d'électricité qui perdureront jusqu'en 2023, au moins, et qui coûtent une fortune à Hydro-Québec. La société d'État dépensera plus de 1 milliard par année au cours de prochaines années pour acheter de l'énergie de producteurs privés, surtout de source éolienne.
Acheter du temps
Ces énormes surplus contribuent à faire augmenter la facture d'électricité de tous les clients d'Hydro-Québec et de plus en plus de voix s'élèvent pour que la société d'État mette un terme à ses achats auprès de producteurs privés.
Ce serait une erreur, selon le président-directeur général de l'Association québécoise des énergies renouvelables, Jean-François Samray.
Nous avons des surplus, tant mieux, dit-il, nous pouvons les utiliser à de nouveaux usages. «Si le Québec veut réduire sa dépendance envers les produits pétroliers, il pourra le faire, explique-t-il. Il peut aussi en profiter pour alimenter de nouveaux clients dans le secteur minier et attirer de nouvelles industries, comme les centres de données».
C'est d'ailleurs une avenue que le gouvernement de Pauline Marois entend explorer. De Davos, où elle participe au Forum économique mondial, la première ministre a fait savoir qu'elle ne considère par les surplus d'électricité comme un problème, mais comme un atout pour attirer des investissements au Québec.
Le problème, c'est vrai, ce ne sont pas les surplus. C'est le fait qu'Hydro vend son électricité moins cher que le prix auquel elle l'achète aux producteurs privés. Par exemple, l'énergie éolienne lui coûte 10 cents le kilowattheure, alors que les grandes entreprises paient 4 cents le kilowattheure et que les consommateurs résidentiels paient 7 cents. Sur le marché américain, Hydro obtient actuellement environ 4 cents le kilowattheure pour son électricité.
Jean-François Samray estime que cet écart de prix n'est pas aussi important qu'on veut le laisser croire. «La stratégie derrière ça en est une de création d'emplois, soutient-il. Ça fait des décennies qu'on fait ça et les Québécois ont encore l'énergie la moins chère sur le continent».
Si le gouvernement du Québec décide d'aller de l'avant avec l'achat de 700 mégawatts d'énergie éolienne supplémentaire, l'industrie aura un sursis de quelques années. Mais elle risque de se retrouver devant le même mur une fois cette nouvelle vague de contrats terminée, quelque part en 2018.
Peut-être, convient le directeur général du TechnoCentre éolien, mais peut-être pas non plus. L'industrie a besoin de temps pour développer de nouveaux marchés, selon lui.
«On verra à ce moment-là, dit Frédéric Côté, mais je pense qu'on aura alors une filière qui sera présente sur les marchés d'exportation».
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