Alcan perd des plumes, mais garde son plan

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Tom Albanese

(Montréal) Avec une nouvelle radiation de plus de 10 milliards de dollars annoncée hier, la valeur des actifs de Rio Tinto Alcan (RTA) n'est plus que l'ombre du prix payé par Rio Tinto pour Alcan en 2007. Mais au siège mondial de RTA, à Montréal, on assure poursuivre les projets en cours tout en mettant l'accent sur les réductions de coûts d'exploitation, dans un contexte de marché très difficile pour l'aluminium.

Non seulement le géant minier Rio Tinto radiera-t-il un total de 14 milliards pour les secteurs de l'aluminium et du charbon, mais le pdg, Tom Albanese, celui-là même qui avait mené l'acquisition d'Alcan pour 38 milliards en 2007, s'est vu montrer la porte de sortie.

Depuis l'acquisition de la société montréalaise, c'est la troisième fois que Rio Tinto déprécie la valeur des actifs d'Alcan, pour un total d'environ 30 milliards en radiations.

«Cela démontre que Rio Tinto a payé beaucoup trop cher», observe Louis Hébert, professeur en gestion stratégique à HEC Montréal.

Le secteur aluminium de Rio Tinto est largement composé des anciens actifs d'Alcan, mais comprend aussi des installations regroupées sous Pacific Aluminum, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Les radiations supplémentaires annoncées hier dans l'aluminium (entre 10 et 11 milliards) étaient attendues depuis des avertissements lancés par Rio Tinto au cours d'une présentation aux investisseurs, en novembre.

Certains analystes, comme Abhi Shukla, de la Société Générale, vont plus loin et n'accordent à peu près plus de valeur à toute la division aluminium, dans un contexte de marché défavorable.

Après le plongeon de la crise financière, le prix du métal s'est relevé un peu en 2010 et 2011, mais il est retombé depuis autour de 2000$US la tonne. La hausse du dollar canadien ne favorise pas les alumineries d'Alcan au Canada.

Louis Hébert, de HEC Montréal, remarque aussi que des producteurs d'aluminium émergent un peu partout sur la planète, que ce soit en Chine ou en Arabie saoudite. Au lieu de se stabiliser et de se consolider, l'offre d'aluminium gonfle, mais la demande est volatile. Cela rogne les profits des producteurs.

La Société Générale s'attend à ce que l'aluminium génère 17% des revenus de Rio Tinto en 2013, mais seulement 5% de son bénéfice avant impôts, amortissements et intérêts.

«Je pense que la nouvelle direction pourrait plus rapidement corriger les erreurs du passé et fermer les installations quand ce sera approprié de le faire», a indiqué à La Presse Affaires l'analyste Abhi Shukla. Des fermetures importantes ne sont pas à exclure. Mais selon M. Shukla, elles viseraient plus probablement les actifs de Pacific Aluminum, déficitaires.

Alcan encore «solide»

Selon Louis Hébert, Alcan reste «une entreprise solide en soi dans le secteur de l'aluminium.Si Alcan était une entreprise indépendante, elle survivrait. Il reste quand même quelques inquiétudes parce que le marché n'est pas aussi attrayant qu'on le voudrait».

Selon le porte-parole de Rio Tinto Alcan, Bryan Tucker, la filiale poursuivra sa stratégie de réduction de coûts, déjà entamée. Il souligne que les principaux projets d'investissement d'Alcan au Québec (l'implantation de la nouvelle technologie AP-60 à l'usine Arvida et la construction d'une nouvelle centrale à Shipshaw) sont terminés.

Dans la dernière année, Alcan a toutefois réduit la cadence de l'expansion de Kitimat, en Colombie-Britannique, pour ne pas trop rogner sur les liquidités.

Le nouveau grand patron de Rio Tinto, Sam Walsh, dirigeait jusqu'à jeudi la division de minerai de fer de l'entreprise, qui génère les trois quarts des bénéfices de l'entreprise.

Les analystes et observateurs s'attendent à un style de gestion plus prudent que celui de Tom Albanese. M. Albanese avait engagé l'entreprise dans une série de coûteuses acquisitions, dont celle d'Alcan, qu'il a traînée comme un boulet jusqu'à son départ, jeudi.

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