Uranium: au tour de Québec de trancher

Carottes de forage au camp Matoush, le projet... (Photo: Hugo-Sebastien Aubert, La Presse)

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Photo: Hugo-Sebastien Aubert, La Presse

Carottes de forage au camp Matoush, le projet d'exploration d'uranium le plus avancé au Québec.

Plus que jamais, la balle est dans le camp du gouvernement du Québec dans le controversé dossier de l'uranium.

La société Ressources Strateco, qui veut développer la première mine d'uranium du Québec, a obtenu aujourd'hui son permis de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) pour procéder à des travaux d'exploration souterraine. Ottawa ayant déjà donné son feu vert, ne reste plus qu'au ministère du Développement durable, de l'Environnement de la Faune et des Parcs (MDDEFP) à donner son accord à ce projet. Or, les Cris de Mistissini s'opposent farouchement au projet appelé Matoush, qui se développe sur leur territoire traditionnel.

Le MDDEFP attendait la décision de la CCSN avant de trancher. En vertu de la Convention de la Baie-James et du Nord Québécois, la décision revient officiellement au sous-ministre de l'Environnement. «Strateco s'attend maintenant à recevoir le certificat d'autorisation devant être émis [par Québec], qui permettra de débuter le début des travaux de la rampe d'exploration», a affirmé la société dans un communiqué.

À Québec, le nouveau gouvernement est en train de se faire une tête. «Le plan de match est actuellement en discussion entre le ministre de l'Environnement Daniel Breton et la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet», indique l'attachée de presse de M. Breton, Danielle Rioux. En entretien avec La Presse Affaires, à la fin septembre, la ministre Ouellet avait indiqué que le gouvernement étudiait «très sérieusement» la possibilité de lancer une étude globale sur toute la filière de l'uranium, via le Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Une question d'acceptabilité sociale

La CSSN avait tenu des audiences publiques à Chibougamau et Mistissini en juin. Dans la communauté crie, l'opposition avait été manifeste. La grande majorité des mémoires déposés et des témoignages entendus exprimaient un refus du projet.

Le conseil de la Nation crie de Mistissini et le Grand Conseil des Cris s'opposent non seulement au projet, mais demandent un «moratoire permanent» sur l'exploration et l'exploitation de l'uranium. Les Cris sont maintenant prêts à livrer bataille sur cette question.

Or, au moment des audiences, la CCSN avait averti que son mandat ne lui permettait pas de tenir compte des questions d'acceptabilité sociale dans sa décision, plutôt basée sur des considérations techniques et la protection de la santé et de l'environnement.

Or, les aspects sociaux seront une composante déterminante de la décision de Québec, a précisé un fonctionnaire du MDDEFP lors des audiences de juin.

Permis pour l'exploration seulement

Dans son communiqué publié aujourd'hui, la CCSN indique que «Strateco est en mesure d'exercer les activités autorisées par le permis et que Strateco prendra les mesures appropriées pour protéger l'environnement, pour préserver la santé et la sécurité des personnes, pour assurer la sécurité nationale ainsi que les mesures nécessaires au respect des engagements internationaux du Canada».

Le permis ne concerne que les travaux d'exploration avancée, incluant la construction d'une rampe souterraine. Si la société voulait par la suite exploiter une mine, il lui faudrait demander un autre permis.

La CCSN précise que Strateco ne pourra entreprendre la construction de la rampe avant que «la Commission soit convaincue que toutes les données de référence aquatiques aient été obtenues et analysées». Strateco entend fournir ces données d'ici la fin du mois.

Selon le porte-parole de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, Ugo Lapointe, la question de l'acceptabilité sociale aurait dû être incluse dans le mandat de la CCSN. Il déplore aussi qu'en vertu du projet «d'exploration avancée» présenté à la CCSN, la question des déchets radioactifs d'une éventuelle mine n'ait pas été évaluée. «Honnêtement, tout ce qu'il manquera pour une mine, c'est une usine de traitement. C'est du saucissonnage de projet. La CCSN aurait dû considérer l'ensemble du projet.»

M. Lapointe s'attend à une décision négative de Québec, considérant l'absence d'appui au projet chez les Cris.

Le titre de Strateco (RSC) a perdu près des deux tiers de sa valeur depuis février. Il se négocie à 0,22 $ à la Bourse de Toronto.

Le projet Matoush fait partie des projets miniers associés au Plan Nord. Si le projet va de l'avant, il bénéficiera de la construction de la route des monts Otish, pour laquelle le gouvernement vient d'annoncer d'importants dépassements de coûts.

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