Graphite: le Québec, terre de promesses

Benoît Gascon, chef de la direction de Mason Graphite.... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Benoît Gascon, chef de la direction de Mason Graphite. L'entreprise devrait faire sous peu son entrée en Bourse.

Benoît Gascon en connaît long sur le graphite. Il travaille dans le secteur depuis 20 ans et a été pendant 6 ans le patron de la mine Lac-des-Îles, à 20 kilomètres au sud de Mont-Laurier, seule exploitation de graphite en Amérique du Nord. Il dirige aujourd'hui l'une des très nombreuses sociétés qui cherchent à lancer de nouvelles mines. Et c'est au Québec, une des cibles de la ruée, qu'il compte y arriver.

Le prix du minéral industriel, de plus en plus reconnu, a doublé depuis deux ans. Le nombre de projets s'est multiplié et selon le site spécialisé The Gold Report, 71% d'entre eux sont situés au Canada.

Ce qui distingue le projet de M. Gascon des autres est la richesse du gisement, avance-t-il. Non loin de la centrale Manic-5, le gisement de Lac Guéret compte sur l'une des teneurs les plus élevées du monde, à plus de 20% de graphite - trois fois plus que la teneur à Lac-des-Îles.

Mason Graphite, dont M. Gascon est le chef de la direction, a acheté la propriété de Lac Guéret à Cliffs Natural Resources en avril dernier, pour 15 millions.

Le projet a un échéancier serré. Mason, dirigée de Montréal, a déjà foré plus de 12 000 mètres et prépare un nouveau calcul de ressources. «Les travaux progressent bien, explique Benoît Gascon. La roche plus molle, en raison des teneurs élevées, permet d'accélérer les forages et les laboratoires d'analyse sont moins occupés actuellement» en raison des difficultés de financement dans l'exploration minière.

L'évaluation économique préliminaire (EEP), qui fournira une première estimation du niveau de rentabilité du projet, devrait être publiée avant Noël. Mason Graphite, actuellement soutenue par la firme d'investissement Forbes&Manhattan, devrait faire son entrée dans les prochains jours à la Bourse de croissance TSX à la faveur d'une prise de contrôle inversée. La société ne cherchera pas tout de suite à émettre de nouvelles actions. «Nous avons obtenu 20 millions de façon privée en avril et c'est suffisant pour ce qu'on est en train de faire actuellement», précise M. Gascon.

Focus Graphite, d'Ottawa, est aussi dans la course à la production. Elle dévoilera d'ici la fin octobre l'EEP de Lac Knife, près de Fermont, un autre projet à teneur élevée. «Notre prochaine étape est de conclure des ententes d'approvisionnement avec des clients et compléter le financement pour la mine et les usines de traitement, l'une à Fermont et l'autre à Varennes», explique le président et chef de la direction de Focus Graphite, Gary Economo.

Batteries et graphène

Mason et Focus pourraient donc rejoindre Timcal Canada. Cette filiale du géant français Imerys produit jusqu'à 25 000 tonnes de graphite à la mine de Lac-des-Îles, en activité depuis 1989, et transforme une partie de la production dans son usine de Terrebonne. Seule mine en Amérique du Nord, tout porte à croire qu'elle sera rejointe avant longtemps avec ce récent bond des prix qui générera une nouvelle concurrence.

Déjà, la tendance des prix était à la hausse depuis longtemps, observe Benoît Gascon. «Il n'y a pas eu d'augmentation de l'offre depuis 1990», note-t-il.

La demande, elle, ne diminue pas. La construction et l'urbanisation continuent en Chine et en Inde, et les aciéristes sont encore les plus grands utilisateurs d'acier (39% du marché). Et si le marché des véhicules électriques prend une réelle expansion, le graphite, composante essentielle des batteries lithium-ion, devrait en profiter.

C'est ce qu'anticipe Gary Economo, président et chef de la direction de Focus Graphite. Focus a conclu une entente avec Hydro-Québec pour utiliser deux technologies nées à l'institut de recherche de la société d'État (IREC), à Varennes: l'une pour purifier le graphite à un niveau suffisant pour les batteries, l'autre pour fabriquer les anodes, une partie des piles.

M. Economo mise aussi sur le graphène, nouvelle application potentielle du graphite, mais dont le développement reste à parfaire. Focus détient 40% de Graphoid, une entreprise spécialisée dans le graphène.

Au 31 décembre, la Caisse de dépôt et placement du Québec détenait environ 1 million en actions de Focus Graphite (FMS au TSX Croissance). SIDEX, un fonds parrainé par le ministère des Finances et le Fonds de solidarité FTQ, a investi 300 000$ pour le projet Lac-Knife.

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