Rachat de Nexen: le rapport de force Canada / É.-U. évolue

Le chef de la direction de Nexen, Kevin Reinhart,... (Photo Jeff Mcintosh, Archives La Presse Canadienne)

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Photo Jeff Mcintosh, Archives La Presse Canadienne

Le chef de la direction de Nexen, Kevin Reinhart, a donné son accord à la prise de contrôle de Nexen par la société d'État chinoise CNOOC.

(Montréal) L'offre d'achat de la pétrolière canadienne Nexen par la société d'État chinoise CNOOC «commence à changer la donne dans le rapport de force entre le Canada et les États-Unis quant au pétrole et aux sables bitumineux», estime l'analyste géopolitique de la Financière Banque Nationale, Pierre Fournier.

La prise de contrôle de 15,1 milliards US, si elle est approuvée par Ottawa, ferait la preuve que le Canada est sérieux quand il prétend qu'il peut vendre son pétrole sur d'autres marchés que celui des États-Unis, a expliqué M. Fournier à La Presse Affaires. «Au niveau géopolitique, c'est une façon de dire que si les Américains sont moins enthousiastes, on a des alternatives.»

Dans une note de recherche publiée hier, M. Fournier fait état de l'opposition croissante des environnementalistes américains et de certains États comme la Californie quant à l'utilisation du pétrole provenant des sables bitumineux.

Obama a aussi mis des bâtons dans les roues de l'industrie canadienne en rejetant une première version du projet d'oléoduc Keystone XL, censé relier l'Alberta au sud des États-Unis.

Nord de l'Alberta

Le premier ministre Stephen Harper avait alors répliqué que le Canada «allait continuer de travailler pour diversifier ses exportations d'énergie».

Nexen ne compte que pour 2,6% de la production des sables bitumineux, et le pétrole ne peut pas encore être acheminé vers la Chine. Par contre, la transaction Nexen fait maintenant de la Chine un investisseur évident pour un éventuel oléoduc du nord de l'Alberta jusqu'aux côtes de la Colombie-Britannique, afin d'acheminer le pétrole vers l'Asie.

Pour M. Fournier, il reste encore «des obstacles formidables» devant le projet d'Enbridge, promoteur du pipeline Northern Gateway. Un de ceux-là est l'exigence du gouvernement de Victoria, annoncée par la première ministre Christy Clark lundi, d'obtenir des redevances financières plus élevées pour la province.

Si le projet d'oléoduc se concrétise et que le Canada réussit effectivement à vendre du pétrole à la Chine, cela se ferait au détriment des Américains.

Le prix du pétrole canadien est constamment moindre que le prix du West Texas Intermediate, qui sert de référence pour le pétrole nord-américain. Celui-ci est également en retrait par rapport au prix du pétrole de la mer du Nord en raison de la suroffre de pétrole sur le continent nord-américain.

Or, si le Canada trouve d'autres débouchés que les seuls États-Unis pour le pétrole des sables bitumineux, en l'occurrence l'Asie, cela ferait augmenter les prix que devraient payer les Américains.

«Les Américains ne vont probablement pas aimer la transaction Nexen, soutient Pierre Fournier. Ils ne sont pas du tout enthousiasmés à l'idée que le Canada vende une partie de son pétrole à la Chine.»

«Cela va alimenter la rhétorique républicaine qui veut que de refuser Keystone XL fait le jeu de la Chine», note aussi Pierre-André Gagnon, chercheur en résidence à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.

La plupart des analystes et des observateurs s'attendent à ce que le gouvernement canadien approuve la transaction Nexen-CNOOC. En conférence de presse hier à Oshawa, le premier ministre Harper a toutefois déclaré qu'il ne fallait pas présumer de la décision d'Ottawa.

En point de presse à Montréal, le ministre de l'Industrie Christian Paradis a indiqué que c'était aux intervenants du dossier [les sociétés en cause] à montrer que la transaction était à l'avantage net du Canada. L'analyse de la transaction est en cours.

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