Rio Tinto Alcan: trois mois avant le retour à la normale

L'usine Rio Tinto Alcan à Alma.... (Photo: Archives La Presse)

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L'usine Rio Tinto Alcan à Alma.

Hélène Baril

Le retour à la normale sera long à Alma, où Rio Tinto Alcan estime qu'il faudra au moins trois mois avant que l'usine retrouve le niveau de production qui était le sien lors du lock-out décrété dans la nuit du 1er janvier 2012.

Pendant le conflit, l'usine a été exploitée par les cadres au tiers de sa capacité. Il s'agit d'une perte de 144 000 tonnes d'aluminium, a précisé hier la porte-parole de l'entreprise, Claudine Gagnon.

Pendant les six mois de lock-out, le prix de l'aluminium sur le marché a baissé de 7%, ce qui a réduit le manque à gagner de l'entreprise. Au prix moyen du marché pendant cette période de six mois, la perte de revenus de Rio Tinto atteint 288 millions de dollars.

Il ne s'agit toutefois pas d'une perte nette, puisque l'entreprise a réalisé des économies pendant cette période d'inactivité forcée.

Ainsi, les salaires des syndiqués qui n'ont pas été versés s'élèvent à quelque 55 millions, une somme qui équivaut à la moitié de la masse salariale annuelle de 110 millions des 780 syndiqués.

Rio Tinto Alcan a aussi pu revendre à profit à Hydro-Québec l'électricité qu'elle produit à un coût très bas au Saguenay. Pour les mois de janvier, février et mars, Hydro a inscrit une perte de 33 millions liée à ces achats d'électricité, qui sont venus grossir ses surplus. Pour la durée du conflit à Alma, on estime qu'Hydro a versé le double de cette somme à Rio Tinto Alcan, soit 66 millions, ce qui a réduit encore le coût du conflit.

Pendant le conflit, la direction de Rio Tinto Alcan a affirmé que la réduction de la production à l'usine d'Alma coûtait 1 million par jour, ce qui se traduirait par une facture totale de 180 millions.

Du côté du syndicat, on doute que le coût pour l'entreprise soit aussi élevé. «Il y a eu des pertes, c'est certain, mais pas les pertes qu'aurait subies une autre entreprise dans la même situation», a soutenu hier Dominic Lemieux, un porte-parole du Syndicat des travailleurs de l'aluminerie d'Alcan (STAA).

Ce qui a avantagé Rio Tinto Alcan, selon lui, c'est la revente à Hydro-Québec de grandes quantités d'énergie à 4,5 cents le kilowattheure alors que le coût de production de cette énergie tourne autour d'un cent le kilowattheure.

Gagnant, perdant

Aucune des deux parties impliquées n'a pu crier victoire à la suite de ce long conflit travail, qui s'est avéré couteux pour tout le monde. Les syndiqués n'ont pas obtenu le plancher d'emploi qu'ils réclamaient, mais ils ont réussi à limiter le recours à la sous-traitance à 10% du total des heures travaillées par les syndiqués.

«On est assuré d'avoir un minimum d'emplois de qualité», résume Dominic Lemieux.

Cette limite de 10% tient jusqu'à la fin du contrat de travail, en 2015 et devrait être augmentée à 15% par la suite.

De son côté, Rio Tinto Alcan ne croit pas que cette limite à la sous-traitance devienne la norme dans ses autres usines, au Québec ou ailleurs. «Chaque convention est négociée en fonction du contexte local», a dit sa porte-parole.

Rio Tinto Alcan, qui ne voulait rien savoir du plancher d'emplois réclamé par le syndicat et qui a tenu son bout, estime que le règlement intervenu à Alma lui permet de conserver la flexibilité et la compétitivité dont elle a besoin.

La fin du conflit à Alma a été saluée hier autant par la Centrale des syndicats du Québec, qui estime que les syndiqués d'Alma ont mené «une lutte exemplaire», que par la Fédération des chambres de commerce du Québec, qui a rappelé que le Québec compte peu de grandes entreprises capables d'investir et d'innover comme Rio Tinto Alcan.

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