Le Québec assis sur l'or noir

Les réserves de pétrole de l'île d'Anticosti se trouvent... (Photo Armand Trottier, archives La Presse)

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Photo Armand Trottier, archives La Presse

Les réserves de pétrole de l'île d'Anticosti se trouvent dans l'une des plus grandes réserves naturelles du Québec. La prospection a toutefois lieu sur la côte sud de l'île, loin des secteurs plus connus comme la chute Vauréal.

Hélène Baril

(Montréal) L'exploitation de nos réserves pétrolières pourrait enrichir le Québec de 400 milliards, selon l'Institut économique de Montréal.

Même si les Québécois veulent se débarrasser du pétrole, ils en consomment toujours plus. S'ils acceptaient d'exploiter leurs propres hydrocarbures plutôt que les importer, ils s'enrichiraient considérablement.

Nos ressources valent au moins 400 milliards, estime Germain Belzile, professeur de HEC, dans une étude réalisée pour l'Institut économique de Montréal.

Trop de gens, au Québec, pensent qu'on est sur le point de se débarrasser du pétrole, explique-t-il au cours d'un entretien avec La Presse Affaires. Or, rien n'est plus faux, selon lui.

La consommation est en hausse presque partout dans le monde. «Depuis 20 ans, la consommation de pétrole du Québec a augmenté de 4%. Et la part du pétrole dans le bilan énergétique du Québec a à peine diminué pendant cette période, passant de 41% à 39%.»

Le secteur des transports est responsable de la dépendance au pétrole, au Québec et ailleurs. Et même si les voitures électriques et hybrides se répandent, ce n'est pas à la veille de changer.

Germain Belzile cite l'Agence internationale de l'énergie, qui prévoit que le pétrole sera encore la plus importante source d'énergie primaire dans le monde en 2035.

«Du pétrole, il y en aura encore dans 50 ou 100 ans», soutient le professeur. Il souligne que le charbon existe toujours, même si on prédit sa disparition depuis que le pétrole l'a remplacé comme source principale d'énergie, il y a 100 ans.

Comme c'est le cas avec le charbon, la part du pétrole diminuera avec le temps au profit d'autres sources d'énergie, plus vertes.

«En attendant, le pétrole reste incontournable», dit Germain Belzile, le Québec aurait tort de se priver de cette richesse.

Une richesse qui peut être estimée à 400 milliards, a-t-il calculé, en se basant sur les estimations des entreprises qui font de l'exploration pétrolière, et sur l'hypothèse relativement prudente qu'un dixième des réserves identifiées serait économiquement récupérable à un prix de 100$ le baril. Cette somme inclut les profits, les redevances, les salaires et les impôts générés par l'industrie.

Selon lui, «on peut être hypocrite et se péter les bretelles en disant qu'on pollue pas, et continuer de consommer du pétrole importé», ou décider d'exploiter notre ressource pour contribuer à régler nos problèmes de pauvreté, de dette et de fiscalité élevée.

Les provinces qui le font sont plus riches, souligne-t-il. «En 2010, les trois provinces ayant le produit intérieur brut par habitant le plus élevé étaient l'Alberta à 70 826$, la Saskatchewan à 60 877$ et Terre-Neuve à 55 140$.»

Au Québec, la même année, le PIB par habitant était sensiblement plus bas que dans ces trois provinces, à 40 395$.

«Même les plus pauvres bénéficient de la richesse pétrolière», soutient le professeur. Le revenu disponible des 20% des Québécois les moins riches était de 13 500$ en 2009, comparativement à 17 700$ pour les moins riches en Alberta, illustre-t-il. C'est une différence de 31%.

La solution verte

«On n'est pas en train de dire faisons les cow-boys et exploitons nos ressources n'importe comment», dit le chercheur associé à l'Institut économique de Montréal. Il faut développer notre industrie pétrolière seulement si on peut le faire de façon rentable en respectant la réglementation.

Ce qu'il ne faut pas faire, à son avis, «c'est mettre une croix là-dessus en partant en se disant qu'on n'en a pas besoin».

Les solutions de rechange sont coûteuses, et le resteront encore longtemps, croit-il. L'Espagne et l'Allemagne l'ont appris à leurs dépens et ont dû réduire les subventions coûteuses qui avaient pour but de réduire rapidement leur dépendance aux énergies fossiles.

Le développement des énergies renouvelables entraîne lui aussi des retombées économiques importantes, mais son coût est très élevé. En Espagne, par exemple, «chaque emploi vert créé depuis 2000 a coûté plus de 500 000 euros en subventions au gouvernement», rapporte Germain Belzile.

Seuls les pays très riches peuvent se permettre ce luxe-là, croit-il. Et encore. «Les États-Unis subventionnent les acheteurs de voitures électriques et hybrides parce qu'il y en a très peu, explique-t-il. Si leur nombre augmentait, ça coûterait trop cher.»

«Tant qu'il sera plus économique que les énergies renouvelables et qu'il nous rendra des services essentiels, le pétrole demeurera une ressource incontournable, au Québec et ailleurs dans le monde. Quelqu'un, quelque part devra le transformer. «

Si le Québec produisait le pétrole qu'il consomme plutôt que de l'importer, sa balance commerciale s'en porterait mieux. C'est vrai, convient le professeur, mais ce n'est pas une bonne raison pour développer cette industrie.

«On pourrait aussi produire des bananes, dans des serres, ce qui réduirait également le déficit commercial. Mais ça coûterait plus cher que d'en importer», explique-t-il.

Le développement d'une industrie pétrolière au Québec a un sens uniquement si le pétrole produit ne coûte pas plus cher que le pétrole importé. «Il n'y a aucune raison de croire que l'industrie pétrolière du Québec serait moins rentable que celle de l'Alberta.»

Le professeur ne veut pas laisser croire que le pétrole québécois résoudra tous les problèmes. C'est seulement un outil de plus pour améliorer notre niveau de vie, croit-il.

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