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Métaux sous-marins: la pêche est ouverte
À 1600 mètres sous la surface de la mer de Bismarck, entre les îles de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, de multiples cheminées s'extirpent du sol accidenté comme des stalagmites du fond d'une caverne, jusqu'à 15 mètres de haut. Dans ce paysage sans lumière évolue une faune d'animaux et d'organismes souvent uniques, dérangés seulement par la visite d'un robot téléguidé venu en éclaireur au nom de Nautilus Minerals. Car au tournant de 2014, si tout va comme prévu, la société de Vancouver raclera cette partie des fonds marins, lançant ainsi la première exploitation sous-marine de métaux.
«C'est une nouvelle frontière pour l'industrie minière», illustre Craig Miller, analyste chez Valeurs mobilières TD.
Le conseil d'administration de Nautilus a approuvé le projet, nommé Solwara 1 («eau salée», dans la langue locale), en novembre. Le gouvernement, qui devrait à terme prendre une participation de 30% dans le projet et payer une part équivalente des coûts, a accordé les permis environnementaux et le bail minier. Nautilus fait actuellement construire l'équipement adapté de la machinerie minière traditionnelle et du matériel du secteur pétrolier et gazier extracôtier.
Le projet devrait nécessiter un investissement initial de plus de 400 millions, mais le butin est attrayant. Les sulfures polymétalliques qui forment les cheminées hydrothermales dans la mer de Bismarck affichent des «teneurs exceptionnellement élevées» en cuivre (7,7%) et or (5,8%), souligne le président et chef de la direction de Nautilus, Stephen Rogers, en entrevue depuis le bureau d'opérations de Brisbane, en Australie.
Certes, le projet est d'une ampleur relativement modeste. Sur deux ans et demi à trois ans d'exploitation, elle tirera au plus 4 millions de tonnes de minerai, ce qui serait tout de même suffisant pour rapporter des revenus de 800 millions par année, aux prix actuels, selon M. Rogers. Par la suite, l'idée est de déplacer l'équipement pour aller miner d'autres secteurs de la mer de Bismarck. «De cette façon, soutient Stephen Rogers, même les plus petits gisements, qui seraient ignorés sur la terre ferme, peuvent être exploités de manière rentable.»
La prudence avant la ruée
Reste à voir si cela peut véritablement fonctionner. «Tout le monde regarde le projet de Nautilus, même si c'est un très petit projet, affirme le secrétaire général adjoint de l'Autorité internationale des fonds marins, Michael Lodge, joint au siège de l'organisme en Jamaïque. Si Nautilus peut prouver que la technologie fonctionne, les autres sociétés vont être davantage tentées de dépenser des millions pour développer des projets extracôtiers.»
La présence de grands joueurs dans l'actionnariat de Nautilus (NUS à la Bourse de Toronto) est un autre signe de l'intérêt de l'industrie. Le géant russe du fer Metalloinvest détient 21% des actions et AngloAmerican, 11,1%. Les sociétés canadiennes Teck Resources et Barrick Gold détiennent aussi des participations mineures, soutient Stephen Rogers.
Malgré l'appui de ces grands joueurs, l'entreprise est risquée. Il manque encore 75 millions pour boucler le financement, selon l'analyste Craig Miller. Le PDG de Nautilus confirme que dans le contexte économique actuel, les banques ne sont pas tentées de supporter un projet basé sur des technologies qui n'ont pas encore fait leurs preuves.
En plus des multiples sites d'exploration de la mer de Bismarck, Nautilus a des droits d'exploration sur 600 000 kilomètres carrés de territoire dans plusieurs pays de l'Océanie et dans le Pacifique-Est.
Notons que l'industrie diamantaire repêche des pierres dans l'Atlantique, le long des côtes du sud de l'Afrique. Comme les diamants ne sont pas des métaux, cela permet à Nautilus de prétendre au titre de première exploitation sous-marine de minéraux métalliques. D'autres petites sociétés minières à capital fermé explorent les fonds marins dans les eaux territoriales de Fidji et de la Nouvelle-Zélande, entre autres.
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