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Gaz de schiste: loin du pactole espéré
Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve
Jean-Thomas Bernard, professeur à l'Université Laval et spécialiste en énergie.
«Je suis certain que le ministre des Finances ne lèvera pas le nez sur 56 millions, mais ce n'est pas ça qui va changer la face des finances publiques», a commenté l'auteur de ce calcul, Jean-Thomas Bernard, professeur à l'Université Laval et spécialiste en énergie.
Invité au congrès annuel de l'Association pétrolière et gazière du Québec, le professeur base son calcul sur une production gazière équivalente à la consommation actuelle du Québec et un taux de redevances de 15%, soit un peu plus que l'actuel 12,5%.
Selon lui, il sera extrêmement difficile pour le gouvernement du Québec d'augmenter beaucoup le niveau de ses redevances, s'il ne veut pas que l'industrie aille investir ailleurs. Le prix du gaz devrait en outre rester bas, en raison de la production croissante de gaz de schiste en Amérique du Nord, ce qui influencera à la baisse les redevances liées au prix du marché.
Les estimations de Jean-Thomas Bernard rejoignent celles de la firme Secor, qui prévoit des retombées de 120 millions par année pour le Québec, ce qui inclut les retombées fiscales et les redevances.
Cette étude a été faite «dans les règles de l'art» et Secor n'a pas fait preuve de «jovialisme extrême», estime le professeur.
«On va faire du cash», a déjà dit à la télévision la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, au sujet des retombées de la production de gaz de schiste.
Il ne faudrait toutefois pas avoir des attentes trop élevées, selon Jean-Thomas Bernard.
«On peut penser à 56 millions en redevances et à 1000 ou 1500 emplois bien rémunérés. Ça restera modeste», estime-t-il.
Le principal impact de l'industrie du gaz de schiste pour le Québec sera négatif, selon lui. En augmentant l'offre de gaz, l'industrie du gaz de schiste contribue à maintenir les prix nord-américains bas, ce qui nuit à la rentabilité des exportations d'Hydro-Québec.
Que le Québec produise ou non du gaz de schiste, la rentabilité des exportations d'électricité, dont le prix est lié à celui du gaz, sera donc affectée. «C'est une mauvaise nouvelle pour les nouveaux projets hydroélectriques que le gouvernement comptait lancer», croit le professeur.
La rentabilité des exportations a déjà commencé à baisser, a souligné Jean-Thomas.
Remplacer quoi?
De son côté, le porte-parole d'Équiterre, Steven Guilbault, est venu dire que son organisme était favorable à l'industrie du gaz naturel, à condition que ce type d'énergie remplace des sources plus polluantes, ce qui n'est pas le cas au Québec.
«Dans la plupart des États, le gaz naturel peut remplacer avantageusement d'autres carburants, comme le charbon et le pétrole. Au Québec, c'est beaucoup moins évident», a dit Steven Guilbault.
Le potentiel de remplacement est très limité au Québec, selon lui. Le gaz peut remplacer le charbon, qui ne compte que pour 0,9% dans le bilan énergétique québécois.
Le secteur industriel brûle encore du mazout lourd, mais de moins en moins. Le secteur industriel dans son ensemble a déjà réduit et même dépassé les objectifs de réduction de gaz à effet de serre de Kyoto, a-t-il illustré.
«Nous ne voyons pas comment le gaz de schiste peut jouer un rôle utile au Québec.»
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