Faillite de Sears: des pertes historiques pour des fournisseurs québécois

Sears doit notamment 772 704 $ au fabricant de meubles... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse)

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Sears doit notamment 772 704 $ au fabricant de meubles Elran.

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Quelque 340 entreprises québécoises figurent sur la liste des créanciers de Sears Canada, qui s'étend sur 39 pages et compte 2000 noms. La majorité des fournisseurs s'en tirent avec une perte de moins de 100 000 $. Mais que ce soit dans le secteur du meuble, des valises, des vêtements ou du linge de maison, certaines PME devront composer avec la pire perte de leur histoire.

C'est le cas du fabricant de meubles Elran, à Pointe-Claire, qui vend ses fauteuils et ses canapés à Sears depuis 47 ans. « De notre histoire, c'est sûr que c'est la plus grosse créance, confie le vice-président exécutif Éric Abécassis, au bout du fil. Ce n'est pas plaisant, je dois l'avouer, mais il faut tourner la page. » Sears lui doit 772 704 $.

Voyant venir la débâcle de Sears, l'homme d'affaires a « mis chaque mois de l'argent de côté pour amortir le coup ». Même si le détaillant fait partie de ses cinq plus importants clients, il ne craint pas de voir ses ventes reculer ; le volume d'affaires sera simplement transféré vers d'autres détaillants, croit-il.

Même scénario du côté de l'usine de Meuble Idéal, spécialisée dans le mobilier de chambre à coucher. Là aussi la créance, de plus d'un million, sera la perte la plus importante jamais subie. « C'est sûr que ça demande une réflexion profonde », admet le directeur général, Marc Godbout. La PME de 120 employés, située à Saint-Charles-de-Bellechasse (dans Chaudière-Appalaches), est déjà à pied d'oeuvre pour trouver de nouveaux clients et maintenir ses ventes.

«Mais ce ne sera pas facile. Tout le monde va se débattre comme un diable dans l'eau bénite.»

Marc Godbout
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Tableau La Presse

La faillite de Sears force également VWV Enterprises à subir sa perte la plus élevée depuis sa fondation en 1977, nous a confirmé la haute direction. La PME de l'arrondissement de Saint-Laurent vend depuis des années des souliers de marques Betula et Hot Paws à Sears, qui est l'un de ses plus gros clients.

GRANDIR AVEC SEARS ET GRÂCE À SEARS

Fondée en 1952, Groupe Holiday (connu pour ses valises et sacs Swiss Gear, Atlantic et Roots) a carrément grandi avec Sears et grâce à Sears, raconte son président Raymond Durocher. La créance dépasse le million, mais des assurances couvrant les comptes débiteurs viendront amortir le choc.

Même si Sears est passée de plus gros client d'Holiday il y a 20 ans à un client ne faisant même pas partie du top 5, sa fermeture n'est pas négligeable pour autant.

«Ça fait mal. Au Canada, on n'arrête pas de perdre des clients. Il y a eu Zellers, et après Target, et là c'est Sears...»

Raymond Durocher

Il n'est pas seul à trouver que la source de clients potentiels tarit rapidement. « [La faillite de Sears] donne un grand coup parce qu'au Canada, il n'y a pas beaucoup de détaillants », dit le président des Promotions Atlantiques, Gilles Gosselin, qui préfère répartir son risque. Heureusement, il avait « une petite assurance » qui couvrira une partie de sa perte.

L'entreprise de Longueuil vendait ses articles de cuisine (Starfrit, The Rock et Lock & Lock) à Sears depuis environ 1975. Pendant les meilleures périodes, le détaillant lui achetait pour 7 à 8 millions de dollars de marchandise annuellement. C'est tombé à moins de 500 000 $ ces dernières années. Gilles Gosselin avait quand même espoir que Sears se relève. D'ailleurs, il a livré une commande pas plus tard que vendredi dernier ! « Ils nous payaient d'avance et on pensait juste qu'ils fermeraient certains magasins. C'est quand même une icône. »

« UN IMPACT CONSIDÉRABLE »

Pour le moment, l'entreprise québécoise devant composer avec la plus importante créance s'appelle Mode Maison Héritage (les montants pourraient encore varier). Peu connue du grand public, elle vend en gros de la literie depuis plus de 40 ans sous diverses marques dont Vellux, Martex, Gund. Les documents officiels font état d'un montant de plus de 1,7 million.

Son président, qui préfère taire son nom pour que sa famille ne subisse pas de préjudices à cause de cette créance, ne nie pas que « l'impact est considérable », puisque « la perte est plus élevée que prévu ». Mais heureusement, précise-t-il, il avait fait des provisions et il n'aura pas besoin de mettre à pied d'employés. L'homme d'affaires est surpris, lui aussi, par la fin si rapide des activités de Sears au Canada. Il s'attendait à ce que les magasins restent ouverts encore un an.

Le total des créances de Sears atteint 1,108 milliard.




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