Faillite de Sears: un grand vide en région

D'un bout à l'autre du pays, on dénombre... (Photo Andrew Vaughan, La Presse canadienne)

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D'un bout à l'autre du pays, on dénombre encore 500 comptoirs de cueillette Sears, dont 87 au Québec, qui devront cesser leurs activités au cours des prochains mois.

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La faillite de Sears ne se fera pas uniquement ressentir dans les villes où se trouvent ses grands magasins. D'un bout à l'autre du pays, on dénombre encore 500 comptoirs de cueillette de commandes, dont 87 au Québec. Ce sont donc autant d'entrepreneurs qui seront privés d'une source de revenus. Gaspé perdra aussi son magasin-concession, le seul encore en activité dans la province.

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Le comptoir Sears de La Malbaie

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« Moi, je perds tout. Mon entreprise et mon fonds de pension, lance Dany Richard, propriétaire du magasin Sears de Gaspé depuis 2014. On savait que les chances de survie n'étaient pas grandes, mais c'est mon gagne-pain, alors c'est sûr que j'espérais. Mais là, c'est officiel, il va falloir que je trouve autre chose. »

Le commerce, qu'il a repris de son père, vend des meubles, des matelas et des électroménagers. Et il est rentable, ce qui explique sa survie. Ceux de Baie-Comeau, Port-Cartier et Sept-Îles, entre autres, ont fermé l'an dernier. Même que les affaires s'améliorent d'année en année, assure l'entrepreneur de 39 ans, qui vient de laisser partir ses huit employés.

À Baie-Comeau, Bianka Chassé a été forcée de fermer son magasin Sears l'an dernier. Elle en avait pris les commandes deux ans plus tôt, à 40 ans, et ne se voyait plus faire autre chose.

« Je pensais faire ça jusqu'à ma retraite, c'est sûr ! » - Bianka Chassé, ancienne propriétaire du Sears à Baie-Comeau

Après la fermeture, elle a continué à vendre des matelas et des douillettes dans son local. Et à exploiter le comptoir de cueillette Sears. Mais ça ne rapporte pratiquement plus rien. Et elle comptait là-dessus pour payer une partie du loyer.

« On me donne 4 % des ventes. Avant, je faisais entre 2000 et 3000 $ par mois. En décembre 2014, j'avais même fait entre 3000 et 4000 $. Mais en août, on m'a envoyé un chèque de 252 $, précise-t-elle. C'est fou comme ça a planté. C'est pas croyable ! »

CHANGEMENT MAL REÇU

Bianka Chassé attribue la baisse des ventes de Sears à deux facteurs : la fin du catalogue en papier (le dernier a été celui de Noël 2016) et la fin du financement sur 36 mois pour les meubles et les électroménagers, à la suite du changement du partenaire bancaire de Sears (de JP Morgan Chase à Scotia, en 2015).

« Les clients arrivaient et me demandaient si j'avais du financement sur 36 mois. Quand je disais non, ils partaient chez Gagnon Frères. C'était vraiment mal géré en haut. »

L'entrepreneure rapporte que lors de téléconférences avec la direction, les propriétaires de concessions « chialaient » à cause de la fin du financement. Dany Richard confirme que cette décision a eu un impact négatif sur les ventes.

« On avait le meilleur plan à un vrai taux de zéro. On pouvait même entrer les taxes, les accessoires et le plan de protection dans le montant financé. »

LE WEB N'A PAS COMPENSÉ LE CATALOGUE

La fin du catalogue a bien sûr nui considérablement aux points de cueillette. « Dès qu'ils sortaient un catalogue, les gens voyaient les nouveautés et j'avais un petit boom », relate Bianka Chassé.

« Depuis qu'il n'y a plus de catalogue, ça ne vaut plus la peine [d'avoir un comptoir] », croit Marie-Noëlle Fillion, qui a installé le sien à l'intérieur de sa boutique de décoration de La Malbaie. Même si ça rapportait peu depuis un certain temps, « ça faisait de l'achalandage dans mon commerce ».

« Les gens venaient chercher leur catalogue, leurs commandes, faire des retours. Ça rentrait, ça sortait, ça bougeait plus. » - Marie-Noëlle Fillion, qui a installé un comptoir de cueillette à l'intérieur de sa boutique de décoration de La Malbaie

Les « grosses années », le comptoir de Dany Gagnon (à l'intérieur de son magasin de Gaspé) recevait 600 colis par semaine, se rappelle-t-il. Aujourd'hui, c'est plutôt entre 20 et 30. Comme Mmes Fillion et Chassé, il constate que les ventes en ligne n'ont pas compensé la popularité du catalogue, peut-être en raison de l'âge de la clientèle, « mais il fallait du changement ».

« Les madames de plus de 60 ans qui s'habillent chez Sears sont bien déçues... » conclut Marie-Noëlle Fillion.

«Il y a cinq ans, Sears comptait 285 magasins-concession au pays. En juin dernier, il n'en restait plus que 69.

Depuis cinq ans, le nombre de comptoirs Sears est passé de 1700 à 500 au pays.

Depuis la fin du catalogue, le comptoir Sears de La Malbaie reçoit 3 ou 4 colis par semaine, plutôt que 90.»





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